Caricatures de Mahomet: la «Civiltà cattolica» appelle au réveil des musulmans modérés

Et l’Europe à la fermeté dans la défense de ses principes

Rome, 2 mars 2006 (Apic) La «Civiltà cattolica» a dénoncé «la manipulation» dont les musulmans ont été victimes dans l’affaire de la publication de caricatures du prophète Mahomet et appelé l’Europe à plus de fermeté sur ses principes et la défense de ses valeurs.

L’éditorial du bi-mensuel des Jésuites, relu par la Secrétairerie d’Etat du Saint-Siège, qui sera publié le 4 mars 2006 note en premier le laps de temps entre la publication de 12 caricatures de Mahomet dans un journal danois – «local et de faible niveau» – en septembre 2005 et les réactions violentes qui en ont résulté quatre mois plus tard est sans aucun doute dû «aux groupes musulmans fondamentalistes» qui ont eu «le temps pour organiser une protestation contre l’Occident, ou plus exactement, une sorte de «guerre sainte»«.

«D’un côté, écrit La «Civiltà Cattolica», on doit déplorer la publication de caricatures ’blasphématoires’, qui offensent le sentiment religieux des peuples de l’Islam», mais, «d’un autre côté, on ne peut accepter que l’on prenne quelques caricatures comme prétexte pour déchaîner une contestation violente contre l’Occident, non seulement verbale, mais aussi contre des personnes et des institutions».

Occident sans réaction face aux atteintes des minorités

Selon la revue, cette attitude radicale, ne correspond en rien «aux efforts faits par l’Occident pour intégrer ses immigrés musulmans» qui sont les premiers à souffrir des conséquences du terrorisme islamique. Ainsi, «l’Occident ne peut accepter d’un côté le fondamentalisme intégral islamique qui cultive dans les pays à majorité musulmane la haine contre l’Occident, ’matérialiste’, ’mécréant’ et ’corrompu’» source de «tous les maux dont souffre le monde islamique».

Pour autant, «si l’on doit demander à l’Occident d’éviter toute forme d’offense au sentiment religieux, on doit aussi demander à ceux qui se professent musulmans ’pacifistes’ et ’modérés’, qui affirment que l’islam est une ’religion de paix’, de s’opposer à toute forme de fondamentalisme et à tout ce qui crée ou favorise les divisions et les sentiments de haine entre les peuples de l’Occident et ceux de l’Islam, entre les chrétiens et l’Islam». En effet, les excès des fondamentalistes semblent «donner raison à ceux qui, en Europe, ne croient pas dans la possibilité que l’Islam accepte la démocratie et la tolérance religieuse et que le dialogue soit possible».

Conflit de civilisation

La «Civiltà cattolica» appelle ainsi l’Occident à plus de fermeté à l’encontre des violences islamistes et condamne «l’inertie et le mutisme de l’Europe».

«Malheureusement», regrette la revue des jésuites, l’Occident n’a pas réagi contre les «offenses à la liberté de conscience dont les minorités chrétiennes ont fait les frais». «On attendait certainement pas de l’Occident de défendre les chrétiens en tant que tel, mais il était de son devoir de défendre le principe de la liberté de conscience et de religion». Le bi-mensuel des jésuites insiste alors à nouveau sur «le principe de réciprocité» que Benoît XVI a développé le 20 février dernier devant le nouvel ambassadeur du Maroc près le Saint-Siège.

Selon la revue, les seuls à tirer profit de ce mutisme «sont, d’une part, les islamistes fondamentalistes radicaux et, d’autre part, les Européens anti-islamistes», insiste La «Civiltà cattolica». «Les premiers sont encouragés à poursuivre leur lutte, par des actions terroristes, sachant pouvoir compter sur le soutien d’une partie du monde islamique et sur l’inertie de l’Europe». Les seconds «se sentent confortés par ce qui est arrivé dans les pays musulmans, même modérés, pour déclarer que l’Europe se condamne au suicide si elle ne s’oppose pas fermement au monde islamique».

«Ils ne se rendent pas compte que nous sommes face à un ’conflit de civilisations’. Une perspective qui doit être vigoureusement repoussée avec un grand sens de la responsabilité», écrit La «Civiltà cattolica». «En réalité, conclut l’éditorial, on doit demander à l’Europe une plus grande confiance dans le bien fondé de ses propres principes» de liberté de conscience et religieuse et donc «plus de fermeté contre toute attaque contre ces principes». (apic/imedia/hy/pr)

2 mars 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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