Suisse

Cath-Info en mode coronavirus

Pour le Centre catholique des médias de Suisse romande (Cath-Info), coronavirus ne rime pas avec désoeuvrement ou chômage. Les équipes de RTSreligion radio et télévision et de cath.ch restent à pied d’œuvre pour informer leur public. Mais cette crise marquera aussi la conception de leur travail de journalistes.

Carole Pirker occupe un poste de journaliste à 40% à cath.ch et 40% à RTSreligion | RTS

«Je n’ai aucune envie, ni aucune intention de me mettre en vacances ou entre parenthèses à cause du coronavirus et du confinement, témoigne Carole Pirker, journaliste à RTSreligion et cath.ch. Même si je ne suis pas dans l’info pure et immédiate, j’ai pris mieux conscience de mon rôle de journaliste. Dans la population en général, le confinement provoque un retour sur soi, un questionnement spirituel, voire existentiel. J’espère pouvoir contribuer à y répondre par ce que je donne à entendre, à lire ou à voir». Cet avis résume bien l’état d’esprit qui règne au sein du Centre catholique des médias dans cette curieuse période de coronavirus.

Cath-Info
Cath-Info est l’association qui porte le Centre catholique des médias de Suisse romande. Ce Centre regroupe les journalistes de cath.ch qui gèrent le site internet et font le travail d’agence de presse, et l’équipe radio et télévision qui produit les émissions de RTSreligion

«J’admire la souplesse de l’équipe qui a su s’adapter très vite. La crise n’a pas changé la forme de notre production, explique Bernard Hallet, rédacteur en chef de cath.ch. En tant que média numérique, nous n’avons pas les problèmes de la presse papier. En outre nous ne dépendons pas de la publicité. Aujourd’hui, c’est une vraie chance que nous ne devons pas galvauder. Vu la petite taille de notre équipe de cath.ch de six personnes, nous n’avons qu’un minimum de contraintes organisationnelles, administratives ou techniques. Avec un ordinateur portable, un téléphone et une connexion internet, nous pouvons travailler quasi-normalement. Nous nous rendons en alternance au bureau, à Lausanne, pour faire les quelques tâches que nous ne pouvons pas assurer à domicile. J’ai un peu l’impression d’un dimanche perpétuel (sachant que cath.ch travaille le dimanche!)

Rien ne remplace le terrain

Bernard Hallet, rédacteur en chef de cath.ch depuis le 1er octobre 2019 | © Jacques Berset

«Le défi est de continuer à se rendre sur le terrain, mais de façon virtuelle au moyen de dispositifs techniques plus ou moins complexes, commente Carole Pirker. Je téléguide pour ainsi dire les reportages via le téléphone portable de mes interlocuteurs. Les gens jouent volontiers le jeu et me prêtent leurs yeux. J’ai une impression de science-fiction. Je ne sais pas si c’est positif, mais c’est très intéressant», «On saute l’obstacle, mais on découvre tout de même des limites. Je délègue mon regard à la personne que j’interroge. Mais, même avec les meilleures intentions du monde, son regard n’est pas le mien. Elle n’aura pas mes réflexes de journaliste. Globalement le terrain me manque.»

«Dans nos émissions magazines, le reportage joue un rôle essentiel. Il se situe à l’interface entre la technique et l’humain. Tout notre travail est ancré dans le terrain, pour voir comment les gens vivent leur foi, renchérit Fabien Hunenberger, chef de l’équipe radio de RTSreligion. Le fait de devoir se tenir à distance est un handicap bien réel. Malgré les solutions techniques que nous avons pu mettre en place, il est plus difficile de restituer cette réalité du terrain.» 

Un défi aussi sur le fond

Fabien Hunenberger. Emissions religieuses.avril 2012

Technique et matériel, le défi remet aussi en cause la conception même du travail journalistique. «Dans cette crise sanitaire, nous journalistes, nous ne sommes plus de simples observateurs extérieurs, distants. Nous vivons les mêmes choses: le souci de nos proches, l’éloignement de nos parents ou nos amis, la crainte de l’avenir… Cela nous pousse à parler en ‘je’, à prendre le parti d’un ton personnel assuré, à oser laisser parler le cœur», relève Carole Pirker.

«Nous ne pouvons pas chausser des lunettes roses, mais nous essayons d’apporter quelque chose de constructif pour répondre à la crise, notamment en se faisant l’écho de nombreuses initiatives. Je trouve que nos Eglises locales ont su réagir très vite pour trouver des alternatives. Avec un minimum de moyens, elles ont fait preuve de créativité face à cette situation totalement inédite. Plus fondamentalement, la crise nous amène à revisiter la pratique religieuse, les sacrements et la vie de la communauté», retient le rédacteur en chef de cath.ch.

«J’ai été aussi frappée par les diverses expressions de reconnaissance envers nous les journalistes» poursuit Carole Pirker. On nous remercie pour notre travail et notre engagement. Plus fondamentalement, je crois important et même indispensable d’être là pour dire aux gens: «Nous ne vous abandonnerons pas «Assez naturellement, je m’oriente vers des sujets qui peuvent apporter quelques réponses à l’anxiété des gens. D’un journalisme de beau temps, nous avons dû passer à un journalisme de tempête.»

Garder les yeux ouverts aux autres réalités

Raphaël Zbinden, rédacteur de cath.ch | © Maurice Page

«Face au coronavirus, c’est un défi de chercher et de trouver ce que l’on peut apporter à la crise dans notre domaine spécifique de l’information religieuse, de parler de manière à la fois intelligente et originale, explique Raphaël Zbinden, rédacteur à cath.ch. J’évite aussi de me focaliser exclusivement sur la pandémie et de ne pas oublier les autres choses essentielles. Je crois que nous devons maintenir un équilibre y compris avec un aspect de détente et de divertissement.»

«Nous sommes face à une interrogation permanente: en fait-on trop ou pas assez? note de son côté Fabien Hunenberger. Nos auditeurs n’ont-ils pas aussi besoin de beauté, d’évasion, d’exotisme? La vie continue. Avec parfois des choses inattendues. L’histoire des prisonniers détenus pendant des mois ou des années sous la dictature argentine à la fin des années 1970 a ainsi trouvé un écho tout particulier chez les auditeurs confinés à la maison.»

«J’insiste aussi pour maintenir les yeux ouverts sur les autres détresses du monde: les personnes marginalisées, les exilés, les réfugiés, les pays en guerre. Il faut garder un certain sens des proportions. Globalement en Suisse nous restons privilégiés.»

Hausse de fréquentation

«Probablement grâce au confinement, la fréquentation du site cath.ch a connu une belle augmentation. Les gens se tournent vers nous pour trouver ou transmettre une info, se réjouit Bernard Hallet. Nous essayons d’être le média de référence pour l’information catholique en Suisse romande. Et je suis heureux de pouvoir rendre ce service.

Cette forte demande est aussi un signe très encourageant pour l’importance de rédactions et de médias indépendants et fiables qui vérifient et qui décryptent l’info. Face aux fake-news envahissant les réseaux sociaux, notre travail est d’autant plus apprécié».

Des individualistes qui travaillent en équipe

Même si les journalistes ont souvent un esprit assez individualiste, les productions sont le fruit d’un travail d’équipe. Cette ‘intelligence collective’ manque aujourd’hui à Fabien Hunenberger. «Pour nous journalistes le débat est essentiel au sein des équipes pour nous stimuler, parfois nous provoquer. Faire des réunions virtuelles sur internet est utile et pratique, mais on perd le visage de l’autre, même s’il apparaît sur un écran. L’immeuble de la radio est quasi désert. Aujourd’hui je n’ai rencontré personne, c’est étrange.»

Raphaël Zbinden déplore le manque de contact avec les collègues, mais retient aussi des aspects positifs: «Nous avons déjà une certaine expérience du télétravail, il n’a donc pas été très difficile de s’adapter. Cela présente même des avantages certains: pas de longs trajets pour se rendre au bureau à Lausanne, horaire plus flexible tôt le matin ou en fin de journée. Je quitte mon bureau, non pas pour prendre le train, mais lorsque ma femme m’appelle pour le repas avec nos enfants.»

«Quoi qu’il en soit, pour la suite, la crise va nous donner des pistes nouvelles sur notre manière de travailler, mais aussi sur le choix de nos sujets afin de rester au plus près des préoccupations des gens», conclut Bernard Hallet. (cath.ch/mp)  

Grégory Roth présentation messe radio et TV le 29 mars 2020 à l’église St-Paul, à Cologny GE | capture d’écran RTS

Messes et cultes
La diffusion des offices religieux en radio et en TV est une des missions de RTSreligion. En temps de suspension des célébrations publiques, la transmission des célébrations sur les ondes a pris un relief tout particulier, note Grégory Roth. Le producteur des messes radio n’a pas ménagé ses efforts pour s’adapter.
«Le confinement nous a surpris en plein dans la série des messes de carême transmises de la paroisse St-Paul de Cologny (GE). Nous avons dû répondre très rapidement à ce nouvel état de nécessité, souligne Grégory Roth. Nous avons pu décider de rester dans le lieu qui nous accueillait en adaptant le dispositif pour répondre aux ordonnances fédérales limitant les rassemblements à cinq personnes. Il a fallu tout remonter en mode réduit.

Retransmission en TV
«Comme producteur, j’ai dû faire du pilotage à distance. Ce qui a vite exigé plusieurs heures par jour pour coordonner les acteurs liturgiques, les techniciens radio, les présentateurs. Rapidement aussi la RTS, prenant à cœur son rôle de service public, a proposé de transmettre aussi en télévision les messes et les cultes radio. «Ce qui a encore complexifié les choses. Il s’agit de tout coordonner en respectant les distances … et les susceptibilités.»
Pour Grégory Roth, globalement, la crise a permis de développer de nouvelles potentialités et de découvrir de nouvelles choses. «Pour Pâques, par exemple, nous nous sommes retrouvés à Vérossaz, un petit village au-dessus de St-Maurice,où trois dames de la chorale ont dû reprendre les rôles de solistes, alors qu’elles n’avaient pas du tout l’habitude de le faire.»
Les chiffres d’audience ne sont pas encore publiés, mais on peut constater qu’elle a augmenté face aux nombreux retours reçus. «Un nouveau public s’est intéressé à suivre nos célébrations. La messe et le culte sont des programmes traditionnels très anciens sur la radio romande et quasi immuables. Mais, bon an mal an, nous constituons tout de même ‘la plus grande paroisse de Suisse romande’. Cela prend un sens tout particulier en ces temps de confinement.»

Rejoindre les gens là où ils sont
«Nous avons mis un accent particulier pour toucher et rejoindre les gens dans ce qu’ils vivent», insiste Grégory Roth. «Par exemple par le chant de la Prière patriotique d’Emile Jacques-Dalcroze. D’abord proposé par les protestants puis repris par les catholiques, ce cantique, que beaucoup considéraient comme franchement démodé, a retrouvé une actualité forte. Chanter ‘Mon Dieu protège mon pays’ n’est pas insignifiant.»
«Pour l’avenir, la découverte de nouvelles possibilités devrait nous permettre d’évoluer vers des formes de célébrations plus originales et plus pertinentes pour rejoindre les auditeurs et les téléspectateurs», conclut le producteur des messes radio.  MP

Pendant l'épidémie du coronavirus, les rédacteurs de cath.ch travaillent à domicile | © Maurice Page
15 avril 2020 | 17:00
par Maurice Page
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