Indonésie: Multiplication des attaques contre des lieux de culte chrétiens dans le pays
Catholiques et protestants indonésiens appellent Djakarta à agir
Djakarta, 3 février 2010 (Apic) Catholiques et protestants indonésiens appellent le président de la République indonésienne à agir face à la multiplication des attaques visant des lieux de culte chrétiens dans le pays.
Le nombre des attaques d’église augmente. Dix-huit églises catholiques et protestantes ont été visées depuis le 20 octobre 2009, date du début du second mandat du président Susilo Bambang Yudhoyono, commente pour Eglises d’Asie le Père Benny Susetyo, secrétaire exécutif de la Commission pour l’œcuménisme et les affaires interreligieuses de la Conférence des évêques catholiques d’Indonésie.
Citant le dernier incident en date, la destruction par le feu de deux temples protestants dans le district de Padang Lawas, à Sumatra-Nord, le 23 janvier dernier, ce responsable catholique met directement en cause le président de la République, lui reprochant, depuis sa réélection à la tête de l’Etat pour un nouveau quinquennat, de ne pas dénoncer avec vigueur ces actions criminelles ni de mobiliser l’administration pour arrêter les coupables.
Après une année 2007 où plus d’une centaine d’attaques contre des églises chrétiennes avaient été recensées, l’année 2008 et le début de l’année 2009 avaient été caractérisés par une nette baisse du nombre de ces incidents.
Aujourd’hui, souligne le Père Benny Susetyo, il semble que le président Yudhoyono laisse faire son ministre des Affaires religieuses, Suryadharma Ali, qui est aussi le dirigeant d’un parti musulman, le PPP (Partai Persatuan Pembangunan, Parti du développement uni). Membre de la coalition présidentielle, arrivé en sixième position lors des élections législatives d’avril 2009 avec 5,3 % des voix et 37 députés à la Chambre des représentants (qui compte 560 membres), ce parti figure parmi les partis musulmans dits «modérés».
Toutefois, selon le Père Benny Susetyo, cité par Eglises d’Asie, «la situation actuelle diffère des précédentes, lorsque le ministre des Affaires religieuses n’avait pas d’appartenance partisane revendiquée. Auparavant, les ministres pouvaient se concentrer sur leur mission». Désormais, dénonce-t-il, l’administration des Affaires religieuses est plus politisée qu’autrefois. De la même façon, les Forums interreligieux de communication (FKUB), structures qui, sur le terrain, sont sensées faciliter le contact entre les religions, fonctionnent peu ou mal, poursuit le prêtre catholique, qui met en cause leur mauvaise gestion tant au niveau national que local.
Le Rév. Gomar Gultom, secrétaire général de la Communion des Eglises protestantes, partage la même analyse. «J’ai le sentiment que (le président Yudhoyono) a laissé ces attaques se produire», explique-t-il à l’agence Ucanews. Durant les cent premiers jours de son deuxième mandat, Yudhoyono n’a pas diligenté de poursuites judiciaires contre les personnes qui ont été appréhendées dans le cadre d’attaques d’église. «Il est pourtant évident que ces actions constituent des violations des droits de l’homme», affirme-t-il.
Dans un pays où les musulmans sont très majoritaires (86,1 % de la population selon le recensement de 2000), les chrétiens (5,7 % de protestants et 3 % de catholiques) se heurtent régulièrement à de graves difficultés dès qu’ils désirent construire ou agrandir leurs lieux de culte. Outre une législation très contraignante en ce domaine, les chrétiens doivent faire face aux agissements de groupes radicaux musulmans qui n’hésitent pas à user de violence pour empêcher le bon fonctionnement des communautés chrétiennes. (apic/eda/pr)



