Publication, en Australie, des interviews de six d’entre eux
Catholiques sous le coup d’une enquête de la part du Vatican
Sydney, 20 avril 2001 (APIC) Selon le théologien catholique australien Paul Collins, les droits de catholiques comme Hans Küng, Tissa Balasuriya, Lavinia Byrne, qui ont fait l’objet d’une enquête du Vatican, ont été enfreints.
Dans le livre qu’il vient de publier, il explique que son objectif est de pousser le Vatican à changer sa façon de traiter avec les ecclésiastiques et théologiens qui auraient commis, aux yeux de Rome, de prétendues «erreurs» doctrinales.
Les interviews de six catholiques ayant fait l’objet d’une enquête de la part de la Congrégation pour la doctrine de la foi du Vatican rapportent, indique l’auteur, des cas où la Congrégation aurait, semble-t-il, enfreint ses propres règlements ainsi que les principes des droits de la personne et la justice la plus élémentaire.
L’ouvrage précise que ceux qui font l’objet d’une enquête ne sont jamais informés de l’identité de leur accusateur ni du nom de celui qui est chargé de présenter leur cas. Ils sont rarement en contact direct avec la Congrégation, qui contacte leurs supérieurs ou les chefs de leur ordre religieux. Le livre fait état de cas où des religieux connus ont reçu l’interdiction d’enseigner, et d’un cas d’excommunication, sans un jugement équitable.
L’auteur de ce livre, «From Inquisition to Freedom», est l’Australien Paul Collins, qui avait fait les titres des journaux le mois dernier lorsqu’il a quitté la prêtrise, en partie à cause de l’enquête menée par le Vatican concernant un de ses récents livres.
Lavinia Byrne, écrivain britannique et ancienne religieuse interviewée par Paul Collins, raconte comment elle a quitté son ordre en janvier 2000 après que le Vatican lui eut ordonné d’accepter publiquement l’enseignement du Vatican sur la contraception et l’ordination des femmes.
Charles Curran, un spécialiste américain de l’éthique, explique comment la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF) lui a interdit d’enseigner la théologie catholique à l’Université catholique d’Amérique. Il lui était reproché d’avoir mis en question le «physicalisme» de l’approche du Vatican concernant la morale sexuelle, notamment la contraception. Pour Charles Curran, dans toute autre question morale – tel que tuer, ou dire des mensonges – l’Eglise prend en compte le contexte de l’action, et le rapport entre individus, pour décider de la moralité d’une action physique.
Déformés et dénaturés
La CDF a ouvert un dossier sur Charles Curran en 1966. Au milieu des années 80, le principal problème portait sur le droit de celui-ci de se dissocier de l’enseignement jugé non infaillible. Charles Curran a présenté un compromis selon lequel il accepterait de ne pas enseigner la moralité sexuelle, mais cette proposition a été ignorée. Après une rencontre «informelle» avec le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la CDF, la Congrégation a demandé à ce que Charles Curran ne soit pas autorisé à enseigner la théologie catholique. Or, les médias ont reçu cette information avant Charles Curran lui-même.
Dans une autre interview, Tissa Balasuriya, théologien sri-lankais et militant en faveur de la justice sociale, raconte en détails le processus ayant conduit à son excommunication en 1997, et qui a fait de lui le seul théologien à être excommunié depuis Vatican II.
Au centre de son conflit avec le Vatican se trouve la question de savoir si le catholicisme était la seule voie menant au salut. Pour Tissa Balasuriya, dans un contexte asiatique, cette croyance fonctionne comme une sorte de «colonialisme ecclésiastique», car il condamne apparemment des non-chrétiens à la damnation et demande aux convertis de se couper de leur culture. Même si Vatican II a admis la possibilité de salut à l’extérieur de l’Eglise, la CDF a critiqué l’approche de Tissa Balasuriya.
Selon celui-ci, ses écrits ont été déformés et dénaturés en raison de citations sélectives et des faiblesses de la traduction. La CDF lui a demandé de retirer publiquement ses déclarations. Les longues réponses de Tissa Balasuriya aux accusations de la CDF – la rédaction d’une réponse lui a même pris plus de sept mois – n’ont jamais reçu de réponse.
Marche arrière
Menacé d’excommunication, il a été prié de faire une profession de foi publique, rédigée par la CDF, ne reconnaissant pas la possibilité de salut à l’extérieur de l’Eglise, et soulignant spécifiquement que les femmes ne pouvaient pas être ordonnées. Tissa Balasuriya a refusé et accepté une déclaration de foi faite à l’origine par le pape Paul VI. Néanmoins, il lui a été signifié qu’il serait excommunié tant qu’il n’aurait pas signé le document de la CDF.
A la suite des nombreuses réactions internationales, le Vatican a tenté de présenter une forme de réconciliation, et finalement a annulé l’excommunication. Une déclaration a été négociée avec soin, selon laquelle Tissa Balasuriya n’a pas admis l’erreur, mais a exprimé ses regrets pour le mal causé par la perception d’erreur doctrinale dans ses écrits.
«Nous ne pouvons plus accepter des dénonciations secrètes, anonymes, déclare Tissa Balasuriya. Ceux qui accusent d’autres auprès de Rome doivent être soumis à des normes raisonnables d’enquête. S’ils diffament ou accusent quelqu’un à tort, ils devraient recevoir une punition. Un juge n’autorise pas de faux témoins dans les cas civils, mais au sein de l’Eglise ils se cachent derrière un masque de droiture et sainteté».
Deux Américains interviewés par l’auteur, soeur Jeannine Gramick et le Père Robert Nugent, ont été accusés de ne pas représenter correctement les enseignements de l’Eglise sur l’homosexualité, accusations qu’ils rejettent.
Jeannine Gramick et Robert Nugent déclarent avoir toujours affirmé que l’Eglise enseigne que les actes homosexuels sont erronés, mais aussi que l’Eglise interdit les abus et la discrimination envers les homosexuels.
Echoué sur un banc de «sable réactionnaire»
Hans Küng, dont on pourrait dire qu’il est parmi les théologiens les plus célèbres du monde et l’auteur de plus de 27 ouvrages importants, est très connu pour ses écrits sur l’oecuménisme, et le rôle de l’éthique et de la religion dans le monde moderne. Dans le livre de Paul Collins, Hans Küng s’étend sur les dix années de réunions secrètes et de pratiques injustes qui ont poussé la CDF à déclarer qu’il ne pouvait plus «être considéré comme un théologien catholique, ou agir comme tel dans un rôle d’enseignant». Hans Küng confie que cela a eu un effet libérateur.
Hans Küng demande la tenue d’un autre Concile – Vatican III – lorsqu’un nouveau pape sera élu. «Je suis convaincu que beaucoup de cardinaux – qui trouvaient que le pape Jean Paul II était un grand leader – seront très soulagés d’en choisir un nouveau. J’espère qu’ils admettront que la barque de saint Pierre s’est échouée sur un banc de sable réactionnaire». (apic/eni/pr)



