Le dialogue inter-religieux diffère du prosélytisme
Caux: Chiara Lubich prône le respect mutuel entre les religions
Caux, 30 juillet 2003 (Apic) Dans une conférence publique donnée mardi soir à Caux, Chiara Lubich, 83 ans, fondatrice des Focolari, a appelé les religions du monde entier à plus d’estime réciproque. Pour y arriver, elle a proposé la voie du dialogue, du respect et de l’écoute mutuels qui a déjà donné à son mouvement des Focolari une renommée internationale.
Pour que les religions oeuvrent en faveur d’un monde uni et fraternel, Chiara Lubich propose le dialogue. Celui-ci doit se faire entre les confessions chrétiennes elles-mêmes mais aussi avec les autres religions. Sans oublier les non-croyants. Devant une foule importante, venue l’écouter dans la salle des conférences du Centre Initiatives et Changements, à Caux, la fondatrice du Mouvement des Focolari a fait part des expériences concrètes réalisées pour plus d’ouverture aux autres religions.
En 1991 par exemple, elle répond à une invitation de Nikkyo Niwano, fondateur du mouvement laïc bouddhiste «Rissho Kosei Kai», à Tokyo, au Japon. Ce fut une occasion de parler de sa foi en Jésus à plus de dix mille bouddhistes avec lesquels elle est dès lors restée en relation. «Mais j’entretiens les mêmes contacts avec des milliers de fidèles d’autres religions comme l’islam, l’hindouisme, les religions polythéistes d’Asie et d’Afrique pour lesquelles j’ai une grande admiration». Dans le monde, au moins 6500 musulmans se rencontrent régulièrement avec les membres du mouvement des Focolari, a-t-elle soutenu.
Déformations des religions
Pour l’Italienne, les actes terroristes et les guerres menées en guise de réponse sont «les symptômes d’un conflit de civilisations que les religions auraient provoqué et parfois exaspéré». Mais les extrémismes et les fanatismes «ne sont que des déformations des religions». Actuellement, une quarantaine de guerres sévissent dans le monde, or le Mal avec un M majuscule «ne se combat pas avec les moyens humains, diplomatiques ou politiques». Parmi les causes de la violence, elle a noté «la déchirure insupportable» d’un monde divisé entre pauvres et riches. Il faut «répandre le style de vie et l’idée de la fraternité universelle». «D’où, sinon des grandes traditions religieuses, s’est-elle demandée, peut partir une stratégie de fraternité, stratégie susceptible de marquer un tournant dans les relations internationales?»
Selon Chiara Lubich, le désir de Dieu, c’est que nous aimions, comme lui, sans aucune forme de discrimination. «Il n’est donc pas question de choisir entre le sympathique et l’antipathique, le beau et le laid, le blanc, le noir ou le jaune, l’Européen ou l’Américain, le chrétien ou le juif, le musulman ou l’hindou». La tâche devant les croyants de tous bords est immense, selon elle: «déplacer les montagnes de la haine et de la violence». Mais l’impossible devient possible à «ceux qui ont fait de l’amour mutuel, de la compréhension réciproque, et de l’unité, la dynamique essentielle de leur vie».
Lauréate du prix Templeton
Chiara Lubich a déclaré que malgré son attachement à la religion catholique, son mouvement reste ouvert aux adeptes d’autres grandes religions et idéologies. Dans ce cadre, l’ancienne enseignante du primaire a reçu, en 1977, le prix Templeton pour le progrès de la religion. Le jury, composé de représentants de diverses religions, venait de confirmer ainsi combien elle contribue au progrès spirituel de nombreuses personnes de croyances religieuses les plus diverses.
Intitulée «Le facteur religieux dans la société sécularisée», la conférence qui était placée dans le cadre d’un séminaire organisé par le Centre «Initiative et changement» s’est terminée par un débat. «En s’ouvrant aux autres religions, il faut accepter le dialogue et se faire petit», devait insister la présidente du mouvement des Focolari. Avant de conclure: «Le dialogue inter-religieux diffère du prosélytisme auquel veulent recourir certains responsable religieux». (apic/dn/pr)



