«Ce miracle doit servir de leçon pour garantir leur sécurité et leur dignité»
Chili: 1er anniversaire du sauvetage des 33 mineurs de San José
Copiapo, 12 octobre 2011 (Apic) Le 14 octobre marquera le 1er anniversaire du sauvetage des 33 mineurs bloqués pendant plus de deux mois à 700 mètres de profondeur dans la mine de cuivre de San José, dans la région de l’Atacama, au nord du Chili.
L’occasion pour Mgr Gaspar Quintana, évêque de Copiapo, la ville la plus proche du puits, de revenir sur cet évènement qui a marqué l’opinion publique internationale. Mais pas vraiment changé les conditions de travail des mineurs chiliens.
Apic: Monseigneur, avez-vous des nouvelles des 33 mineurs, près d’un an après leur sauvetage de la mine de San José ?
Mgr Quintana: Très peu. Et, à vrai dire, surtout à travers les médias. Il faut dire que tout ce petit monde s’est dispersé dans la nature. Certains sont en voyage. D’autres sont retournés dans leur région d’origine, parfois très éloignée de Copiapo. D’autres sont revenus dans la région à la recherche d’un travail parce que la mine est la seule chose qu’ils savent faire. Une bonne partie est effectivement restée dans la région, mais ces hommes là ont choisi d’être très discrets. J’ai néanmoins pu en croiser certains lors des messes que j’ai célébrées. Mais globalement les contacts ont été peu fréquents.
Apic: Un an après, quel regard portez-vous sur cet évènement?
Mgr Quintana: En premier lieu, je remercie Dieu, car ce qui aurait pu être une tragédie, une douleur immense, s’est terminé par un sauvetage qui a soulagé la région, le pays et le monde entier. Mais ce qui attire aujourd’hui mon attention c’est de savoir quelles leçons doivent tirer le pays, le gouvernement, les entreprises, les travailleurs et leurs familles d’un tel évènement. Car cela touche directement la préoccupation pour la vie humaine, pour la dignité d’un homme à travailler avec un maximum de sécurité. Un mineur qui sort de chez lui pour aller à la mine doit pouvoir en effet revenir chez lui sans avoir mis sa vie en en danger. C’est un problème de justice sociale auquel sont confrontés des milliers d’hommes de ce pays.
Apic: Pourtant le président Sebastian Pinera s’était engagé, lors du sauvetage, à faire en sorte que les mineurs puissent travailler en toute sécurité. Qu’en est-il aujourd’hui?
Mgr Quintana: Le Chili est un pays qui compte de très nombreuses exploitations minières. Rien que dans la région de l’Atacama, il existe plus d’un millier de puits, souvent très petits, qui fonctionnent de manière quasi-artisanale, sans grand respect des normes de sécurité. Tout ou presque est lié au respect ou non des normes de sécurité par les propriétaires de ces puits. On a cependant pu noter un accroissement du nombre d’inspecteurs chargés par l’Etat de vérifier les normes de sécurité.
Apic: Avez-vous des nouvelles des quelque 200 autres mineurs de San José qui se sont retrouvés au chômage après la fermeture du puits?
Mgr Quintana: C’est un sujet qui fait problème à Copiapo. Car si l’entreprise a effectivement réglé les salaires qu’elle s’était engagée à verser, la grande majorité des mineurs n’ont toujours pas retrouvé de travail. Et ce, malgré le fait que les cours du cuivre sont très bons. Ce qui signifie que même la hausse du prix du cuivre n’a pas permis de résoudre la situation des dizaines de mineurs sans emploi. Ceci n’est pas seulement un problème économique. C’est un vrai problème d’éthique, car il existe des milliers de mineurs au Chili et à travers le monde qui continuent à mettre leur vie en danger, alors même que l’activité génère des bénéfices importants.
Apic: Quel climat existe au sein de la population à Copiapo, à quelques jours de l’anniversaire du sauvetage?
Mgr Quintana: Il n’y a pas d’effervescence particulière. Le 13 octobre, un mémorial sera inauguré à l’entrée du puits de la mine de San José, accompagné d’une cérémonie oecuménique. Le lendemain, une statue offerte par la Chine sera inaugurée sur la place centrale de la ville. En tout cas, il n’y a pas de «folklorisation» de ce sauvetage. Il y a, je sens, une volonté de se souvenir de ce moment, mais sans exagération. En fait, la véritable commémoration a eu lieu le 5 août dernier, date anniversaire de l’éboulement. Pour l’occasion, Notre Dame de la Candelaria, la patronne des mineurs, a été menée à l’entrée du puits et une messe a été célébrée en présence de milliers de personnes et des représentants de l’Etat.
Apic: Si vous deviez garder une image de ce sauvetage, quelle serait-elle?
Mgr Quintana: Elles sont nombreuses! Mais je pense notamment à Jeff Hart, l’ingénieur américain venu spécialement d’Afghanistan pour organiser le sauvetage. C’est intéressant de savoir qu’il était déjà diacre mais qu’en rentrant chez lui après le sauvetage, il a été nommé diacre permanent de l›Eglise catholique nord-américaine! Un éminent technicien qui, comme il l’a dit lui-même, n’aurait jamais pu sauver ces hommes sans la volonté de Dieu.
(apic/jcg/bb)



