«Ce n’est plus la Jérusalem d’antan
Jérusalem: Noël en Terre sainte, avec le Père Musullam
Jérusalem, 24 décembre 2009 (Apic) Non, ce n’est plus la Jérusalem d’antan! L’Agence Misna à Rome ouvre sa page de Noël sur une réflexion sur la Terre sainte, conduite par le Père Manuel Musallam. Ses propos son empreints de tristesses. «Voir Jérusalem, comme j’a pu la voir m’a fait mal. Pour chaque nouvelle maison construite entre Jérusalem et Ramallah il y a autant de familles palestiniennes expulsées, contraintes d’abandonner des lieux où elles ont toujours vécu». La politique d’Israël. Là et ailleurs dans la région…
«Là où il y avait des champs, j’ai vu des colonies israéliennes, là où il y avait une rue, une localité, un lieu qui portait un nom arabe ce nom a été effacé, il n’existe plus que dans la mémoire de ceux qui ont connu ces lieux à une autre époque, remplacés par des termes étrangers qui me rappellent les violations commises par les européens aux Amériques»: à 20 ans de sa dernière visite à Jérusalem, le père Manuel Musallam est revenu mercredi pour une visite dans la ville sacrée des musulmans, des juifs et des chrétiens. Pour y constater nombre de changements.
Jusqu’à l’an dernier, il était curé à Gaza et la voix symbole de la résistance de la population palestinienne contre l’état de siège israélien de la bande de Gaza, qui en est désormais à sa troisième année.
Depuis, père Musallam est retourné vivre dans sa ville natale de Birzeit, en Cisjordanie, quelques mois après la fin de l’opération Plomb durci, qui a coûté la vie à plus de 1’400 palestiniens, pour la plupart des civils. «Voir Jérusalem comme je l’ai vue m’a fait mal. Pour chaque nouvelle maison construite entre Jérusalem et Ramallah il y a autant de familles palestiniennes expulsées, contraintes d’abandonner des lieux où elles ont toujours vécu.
Derrière chaque portion de terre envahie par le ciment se cachent les souffrances de ceux qui ont toujours cultivé cette terre», confie encore le père Musallam à Misna. Selon lui la situation semble s’être aggravée: «L’état de siège contre la bande de Gaza détériore progressivement les conditions de vie de la population. Il y a de quoi manger, mais seulement grâce aux aides d’organisations internationales. Il y a de quoi boire, mais l’eau est sale, polluée. Il y a des toits sous lesquels s’abriter mais il n’y a pas de nouveaux matériaux pour construire, bloqués à la frontière (…) et il n’y a pas de liberté de mouvement, de travail, on ne peut pas produire de richesses pour ne plus dépendre des autres», souligne encore l’interlocuteur.
Les paroles du prêtre sont voilées de tristesse; l’an dernier ce fut lui qui livra à Misna des témoignages poignants durant les terribles journées de l’opération Plomb durci: «Les enfants sont les premiers qui ont payé et continuent de payer le prix fort de cette situation. Ils ne jouent plus comme avant, n’étudient plus, sont distraits, profondément affectés, sans doute à vie, par les violences vécues il y a un an».
En attendant Noël, encore une fois en tant que pays occupé et inexistant aux yeux du monde, le père Musallam espère ne pas devoir revivre des scènes de guerre mais plutôt l’espoir pour un futur de paix qu’il entend cultiver encore plus qu’avant mais qui se heurte encore à un obstacle apparemment insurmontable: «Le problème n’est pas le Hamas, ni les divisions entre Palestiniens car tôt ou tard elles se résoudront, ce ne sont pas non plus les élections car elles auront lieu. Le problème ce sont les politiques aveugles qu’Israël continue de mener et qui annulent tout effort diplomatique, qui tentent d’éliminer la mémoire d’un peuple, minant jour après jour la volonté de paix et le désir d’un pays libre et indépendant», conclut l’interlocuteur de Misna. (apic/misna/gb/pr)



