«Ces grands projets répondent à l'idolâtrie de la croissance macro-économique»
Brésil: Un rapport de la CNBB dénonce l’exploitation minière et hydroélectrique en Amazonie
Boa Vista, 26 juin 2014 (Apic) Un rapport publié par une commission scientifique instituée par Mgr Roque Paloschi, évêque de Roraima, et soutenu par la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB), lance un nouveau cri d’alarme. Il dénonce la politique menée par l’Etat brésilien à propos de l’exploitation des ressources naturelles dans cette région de l’Amazonie située à l’extrême nord du pays, à la frontière avec le Venezuela et la Guyana.
Ce rapport, intitulé «Exploitations minières et hydroélectriques en terres indigènes», a été présenté lors d’une conférence de presse à Boa Vista, capitale de l’Etat du Roraima. Il dénonce les dizaines de chantiers, en cours ou en prévision, dans cette région septentrionale du Brésil. L’évêque de Roraima a souligné que ce rapport n’était pas un document générique sur l’environnement, mais bel et bien une étude qui met en cause des dizaines de projets de moyens et grands complexes hydroélectriques.
Ces projets vont modifier ou barrer le cours des rivières formant le bassin amazonien, a-t-il dénoncé. Le document n’hésite d’ailleurs pas à comparer la situation actuelle de l’Amazonie aux «politiques de développement mises en place dans les années 1970 par le régime militaire».
La CNBB se mobilise pour l’Amazonie
«Ce modèle économique n’est pas nouveau et a déjà démontré ses conséquences désastreuses en termes d’inégalités sociales et d’injustices environnementales, a insisté l’évêque de Roraima. Les bénéfices de telles activités profitent en effet à une infime minorité, alors que les préjudices, pour la plupart irréversibles, pèsent sur les épaules des communautés indigènes, paysannes, riberinhas (vivant sur le bord des cours d’eau, ndlr) et quilombolas (descendants des esclaves, ndlr)».
Lors de la conférence de presse, Mgr Roque Paloschi a également rappelé que le rapport, validé et publié sur le site internet de la CNBB, a été présenté à Mgr Claudio Hummes, archevêque émérite de São Paulo et président de la CNBB pour l’Amazonie, dans le cadre de son voyage dans la région amazonienne, au début du mois de juin. Selon l’évêque de Roraima, «la CNBB se veut à la pointe sur les problématiques environnementales et écologiques, qui constituent autant de thématiques sur lesquelles la pape François travaille actuellement».
Une région marquée par les conflits liés à la terre
C’est à ce titre d’ailleurs que la CNBB avait organisé, en octobre 2013, les premières Rencontres des Eglises d’Amazonie, auxquelles ont participé des centaines d’évêques. Objectif ? «Tracer les lignes d’action et d’implication de l’Eglise brésilienne dans cette région sensible, source de nombreux conflits liés à la terre entre grands propriétaires, peuples indigènes et paysans sans terre motivés à s’installer dans cette région dans le ‘mirage’ d’un avenir meilleur».
Un futur d’autant plus illusoire que, selon Mgr Roque Paloschi, «ces grands projets hydroélectriques et miniers ne sont pas pensés pour le bien des communautés locales. Ils répondent à des intérêts supérieurs de grandes entreprises nationales et multinationales et à l’idolâtrie de la croissance macro-économique que la myopie politique continue de suivre». (apic/jcg/be)




