«Cette loi anti-blasphème doit être abolie»

Pakistan : Chrétiens et musulmans unis pour dénoncer une fausse accusation de blasphème

Faisalabad, 7 novembre 2013 (Apic) Les faits se sont déroulés à Faisalabad, dans le Pendjab, une province pakistanaise dans laquelle vit la majorité de la population chrétienne. Une femme de 50 ans a été accusée par deux étudiants musulmans d’avoir brûlé des extraits du Coran dans son jardin. L’intervention rapide de militants chrétiens, appuyés par un leader religieux musulman, a permis la résolution pacifique de cette fausse accusation de blasphème, rapporte le 7 novembre 2013 Eglises d’Asie (EdA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris.

Asia Masih, 50 ans, venait de déménager la semaine précédente dans une maison louée de la Chamanzar Colony, à Faisalabad. Le deuxième jour de son arrivée, le 29 octobre, après avoir fait le ménage de l’appartement, elle avait brûlé quelques déchets dans le jardin. Deux étudiants musulmans, qui avaient observé la scène, avaient aperçu quelques pages écrites en arabe au milieu des ordures qui se consumaient et en avaient immédiatement conclu qu’il s’agissait d’extraits du Coran.

Quelques minutes plus tard, ils frappaient à la porte et accusaient la femme au titre des lois anti-blasphème qui ont cours au Pakistan, la menaçant de représailles immédiates. Terrifiée, Asia Masih avait fui auprès de membres de sa famille qui l’avaient cachée dans un endroit secret –où elle se trouve toujours -, dans l’attente que la vérité se fasse jour.

Intervention d’un leader musulman

Alertés, des militants chrétiens du Human Rights Defender Network, ont alors rapidement rassemblé les preuves de l’innocence d’Asia, puis sont allés trouver un leader musulman membre du ‘Comité pour la paix’ de Faisalabad. Ce dernier acceptant d’apporter son aide et sa caution morale pour «que soient analysées objectivement les faits», avait fini par conclure à l’innocence de la chrétienne accusée.

Par une déclaration officielle, ce haut responsable musulman avait révélé que les pages brûlées n’étaient pas celles du Coran mais d’un manuel scolaire en arabe. Il avait ensuite a tancé l’inconscience de ceux qui «lançaient des accusations graves», sans en vérifier la véracité et qui, loin de servir leur foi, ne faisaient que «propager la haine et la division».

«Cette loi anti-blasphème doit être abolie»

Iftikhar Ahmed, coordinateur de l’ONG South Asia Partnership -Pakistan s’est félicité «de ce que cette affaire délicate ait pu être résolue dans la paix», un rôle que les «leaders religieux devraient toujours avoir au sein de la société». Le même soulagement a été exprimé par le militant chrétien Naseem Anthony, qui a renouvelé son appel à amender les lois religieuses au Pakistan et à «restaurer une culture de tolérance envers toutes les confessions».

«Cette loi anti-blasphème doit être abolie, sinon amendée afin qu’elle ne soit plus utilisée à mauvais escient comme c’est le cas aujourd’hui», a affirmé pour sa part le 1er novembre dernier à Radio Vatican, Mgr Coutts, qui fut évêque de Faisalabad jusqu’en 2012, et a été témoin de nombreuses violences déclenchées dans cette région par de fausses accusations de blasphèmes portées contre les chrétiens. Aujourd’hui évêque de Karachi et à la tête de la conférence épiscopale du Pakistan, Mgr Coutts veut cependant rester confiant et souligne que «malgré la pression des groupes extrémistes, beaucoup de musulmans commencent à reconnaître la vérité». (apic/eda/cw)

7 novembre 2013 | 09:53
par webmaster@kath.ch
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