Afrique du Sud: Violences sur les migrants: les témoignages affluent
Ceux qui ont lutté pour leur liberté doivent maintenant lutter pour survivre
Le Cap, 22 juillet 2010 (Apic) «Certes, la Coupe du monde a conféré aux Sud-africains un sentiment de dignité et de fierté mais la route est encore longue», confie à l’Agence Misna Marjorie Jobson, directrice de l’organisation des droits de l’homme Khulumani Support Group. Le déficit du budget public du pays est près de six milliards d’euros. «Le paradoxe, observe-t-elle, c’est que 16 ans après la fin de l’apartheid, ceux qui avaient lutté pour leur liberté doivent maintenant lutter pour survivre».
Une déclaration faite alors que des immigrés originaires du Zimbabwe et du Mozambique ont subi lundi de nouvelles agressions dans le bidonville de Kya Sands, au nord de Johannesburg, après celles de mai 2008, où la chasse à l’étranger avait causé dans les quartiers pauvres plus de 60 victimes et des dizaines de milliers de déplacés.
Les attaques de lundi ont néanmoins provoqué cinq blessés et, en l’espace de 24 heures, la police a arrêté une dizaine de suspects et déployé sur place des unités anti-émeute.
«Les forces de l’ordre semblent prêtes à intervenir cette fois-ci – soutient Marjorie Jobson – mais il n’en reste pas moins que le risque d’une nouvelle vague de violences est réel». Selon l’ong Khulumani Support Group, engagée aux côtés des victimes de l’apartheid contre toutes les discriminations sociales, les risques ont augmenté depuis la fin de la Coupe du Monde de football.
De la même façon que cela s’était vérifié il y a deux ans, les chômeurs des bidonvilles pourraient s’en prendre aux immigrés, dont les principales communautés sont originaires du Zimbabwe, de la République Démocratique du Congo et de la Somalie. Marjorie Jobson précise que les Sud-africains peuvent compter sur une législation avancée en matière des droits de l’homme mais subissent les conséquences du financement insuffisant des politiques sociales.
«Le plus souvent – précise-t-elle – ce sont des propriétaires de commerces qui font éclater les violences car ils se sentent menacés par la concurrence des migrants, qui sont prêts à n’importe quoi pour survivre».
La crise économique des deux dernières années a par ailleurs fait augmenter en Afrique du Sud le taux de chômage qui frôle actuellement 25%. Selon un rapport de l’Organisation de coopération et développement économique (Ocde), ce même taux atteint 50% si l’on ne tient compte que des jeunes noirs. Certes, la Coupe du monde a permis de construire des infrastructures importantes, surtout dans le domaine des transports, mais elle a également porté le déficit du budget public à 61 milliards de rands, soit près de six milliards d’euros. «Le paradoxe, observe Marjorie Mme Jobson, c’est que 16 ans après la fin de l’apartheid, ceux qui avaient lutté pour leur liberté doivent maintenant lutter pour survivre».




