Suisse

Charles Morerod veut restaurer la confiance au sein de l'Evêché

Face aux accusations d’abus sexuels qui visent Paul Frochaux, le curé de la cathédrale de Fribourg, Charles Morerod veut restaurer la confiance. Dans la Feuille diocésaine du mois de mars, il demande aux prêtres qui ne retrouvent plus «la flamme initiale» de leur vocation de «partir». 

Alors qu’il annonçait le mois dernier vouloir instaurer un climat de méfiance, l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg en appelle ­maintenant à la confiance. Un revirement sur lequel il s’est expliqué dans un entretien accordé le 7 mars au quotidien La Liberté.

L’Association suisse des libres-penseurs soupçonnait l’évêque d’avoir été au courant des abus sexuels qu’auraient commis l’abbé Paul Frochaux en 1998 vis-à-vis d’un adolescent alors âgé de 17 ans, et de ne pas les avoir dénoncés. Le procureur général fribourgeois, Fabien ­Gasser, a estimé le 6 mars qu’il n’y avait «pas d’élément objectif» pour fonder ce soupçon. Charles Morerod, entré en fonction en 2011, ignorait l’existence d’un procès-verbal d’une rencontre à l’évêché entre le prêtre et sa présumée victime, en 1998 ou en 2001. «Rien n’indique que l’éventuelle victime du curé de la cathédrale de Fribourg ait été empêchée de s’adresser à la justice, qui plus est par l’évêque Charles Morerod»

Si Charles Morerod a parlé d’un climat de méfiance, explique-t-il, c’est parce que l’affaire du curé de la cathédrale a clairement entamé sa confiance et qu’il estime qu’on l’a trahi: «A plusieurs niveaux, on m’a trahi, menti ou caché des choses. A travers cette affaire, on m’a également rapporté des faits que j’ignorais». Deux enquêtes sont en cours contre Paul Frochaux, l’une pénale et l’autre canonique.

Les affaires récentes ont entraîné une troisième enquête, interne, sur la non-transmission d’informations, le manque de discernement et la disparition de documents. Le Ministère public n’est en revanche pas entré en matière sur la dénonciation de l’Association suisse des libres-penseur, qui estimait que Charles Morerod s’était rendu coupable d’entrave à l’action pénale.

«On ne peut pas lancer de chasse aux sorcières ou mettre un gendarme derrière chacun»

«Passé le choc des événements, je me suis dit qu’il allait être difficile de travailler dans un climat de méfiance. Il y a 800 personnes, prêtres ou laïcs, engagées dans des tâches pastorales dans ce diocèse: on ne peut pas lancer de chasse aux sorcières ou mettre un gendarme derrière chacun. Une société ne peut pas fonctionner sans confiance mutuelle. Donc oui, reprenons-nous, mettons fin aux mensonges et exhortons tout le monde à la confiance!»

Il a conseillé à deux prêtres de démissionner

Dans cet entretien, il appelle les prêtres qui ne respectent par leur vœu de célibat à se faire aider ou à partir. S’il dit ignorer combien ils sont parmi les 400 prêtres que compte le diocèse, il précise qu’il a conseillé à deux curés de démissionner: «Pour l’un, nous avons un peu accéléré sa mise à la retraite. Dans un autre cas, un prêtre avait une femme et quatre enfants dont le premier avait seize ans. Ce prêtre travaillait ici mais n’était pas du diocèse. Il a reconnu qu’il aurait dû l’avouer avant.»

«Si la flamme initiale n’est plus là, si on ne peut plus être fidèle à son engagement, cela peut être souhaitable pour tout le monde.»

Face aux difficultés des prêtres à se recycler, l’évêque se montre ferme: «Si la flamme initiale n’est plus là, si on ne peut plus être fidèle à son engagement, cela peut être souhaitable pour tout le monde. On ne doit pas rester prêtre uniquement parce qu’on sent qu’on ne saurait pas faire autre chose.»

Le mariage des prêtres n’est pas une solution

Alors que le pape François vient de réaffirmer la nécessité du célibat, Charles Morerod estime que le mariage des prêtres ne ­résoudrait pas les problèmes. «Quand je vois le rythme de vie des prêtres, qui doivent être disponibles presque tous les soirs et le week-end pour rencontrer leurs paroissiens, je me demande si c’est bien compatible avec une vie de famille.»

On ne peut vivre un célibat consacré que «dans l’enthousiasme de la foi», écrit Charles Morerod dans la Feuille diocésaine. Il arrive que «cet enthousiasme faiblisse et s’accompagne d’une double vie». La chasteté à vie est un engagement difficile, reconnaît-il: «Personne n’est attiré par la chasteté, en principe. Moi, je voulais fonder une famille. Cela me coûtait, il a fallu que je lutte pour l’accepter dans la foi.»  

Un réseau gay dans le diocèse?

Interpellé sur l’existence d’un réseau gay dans le clergé du diocèse, Charles Morerod affirme ignorer si c’est le cas: «S’il y en a un, on ne me le montre pas». Il explique toutefois avoir déjà eu l’occasion d’observer «des groupes (qui) communiquaient entre eux et cachaient des choses aux autres». L’évêque reconnaît qu’il peut y avoir une forme d’hypocrisie avec le discours de l’Eglise qui condamne l’homosexualité et que cette hypocrisie parasite son message religieux. Il condamne les groupes chrétiens qui cherchent à guérir les homosexuels:»Je pense que ces thérapies sont stupides. On ne soigne pas quelque chose qui est une tendance innée et pas du tout une maladie».

Selon lui, la vraie réponse est l’accueil: «Un groupe de discussion pour les homosexuels chrétiens est en train d’être mis en place à Genève pour tout le diocèse. Il faut permettre aux personnes d’échanger entre elles, sans les juger.» 

Démissionner?

«Si je m’aperçois qu’il n’est pas possible de restaurer la confiance, ou qu’elle n’existe plus, j’y réfléchirai. Je ne suis pas du genre à m’accrocher à mon siège.»

Interpellé sur sa propre envie de démissionner, Charles Morerod répond:»Si je m’aperçois qu’il n’est pas possible de restaurer la confiance, ou qu’elle n’existe plus, j’y réfléchirai. Je ne suis pas du genre à m’accrocher à mon siège. En même temps, tout ne dépend pas de moi: si je ne croyais pas à l’action de Dieu, j’arrêterais tout de suite.» (cath.ch/lalib/pc/cp)

Mgr Charles Morerod, qui estime avoir été «trahi» dans l’affaire du curé de la cathédrale, ne veut toutefois pas «lancer de chasse aux sorcières» | © Bernard Hallet
8 mars 2020 | 12:20
par Carole Pirker
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