Chili: L’archevêque de Santiago réclame la vérité sur les «disparus» de Pinochet
Pas de réconciliation sans reconnaissance des crimes commis
Santiago, 28 juillet 1999 (APIC) L’archevêque de Santiago, Mgr Francisco Javier Errazuriz Ossa, réclame la vérité sur les «disparus» après de coup d’Etat du général Augusto Pinochet, actuellement détenu en Angleterre sous l’accusation de génocide. Mais pour que la société chilienne se réconcilie avec elle-même, encore faut-il que les auteurs des atrocités commises sous la dictature militaire reconnaissent leurs fautes.
Mgr Errazuriz estime nécessaire, «pour réconcilier la société chilienne, d’arriver à connaître la vérité sur les détenus-disparus» durant le régime militaire de Pinochet entre 1973 et 1990. Le président chilien Eduardo Frei a lancé pour sa part un appel aux militaires qui détiennent des informations sur les cas de détenus disparus pour «qu’ils méditent sur les conséquences que provoque leur silence».
Tandis que le gouvernement chilien débat de la possibilité de jouer un rôle plus actif dans les enquêtes sur les «détenus-disparus» et que le pouvoir judiciaire ouvre la voie à de nouvelles inculpations pour les militaires responsables de «disparitions», Mgr Errazuriz souligne l’importance de créer au Chili «un climat de pardon, de convergence et d’ouverture», des deux côtés.
L’archevêque de Santiago s’adresse tant aux forces armées chiliennes qu’aux familles qui ont perdu les leurs, torturés et assassinés par les militaires qui ont renversé le régime démocratique en 1973. Il demande à chaque camp de céder quelque chose «pour arriver à un point de réconciliation», dans une société chilienne très divisée sur le sort à réserver aux anciens tortionnaires.
Mgr Errazuriz plaide pour le pardon, mais les militaires ne présentent pas d’excuses
Mgr Errazuriz demande aux familles des victimes de la répression de pardonner aux auteurs des «excès», tout en soulignant que «la vérité est un pas significatif auquel doit se joindre le pardon et la miséricorde». Certes, il estime qu’il ne faut pas oublier la justice, «pourtant de nombreuses fois, les chemins qui conduisent à la cohabitation et à la paix passent en partie par la justice, mais aussi en grande partie par le pardon et la miséricorde».
Mais pour que les victimes de la dictature pardonnent – personne d’autre ne peut le faire à leur place! – encore faudrait-il que les coupables des tortures, des assassinats et des «disparitions» reconnaissent leurs fautes et demandent eux-mêmes pardon. Or, insistent les organisations de défense de droit de l’homme et les familles de disparus, à l’instar du dictateur Pinochet, aujourd’hui «sénateur à vie», les militaires chiliens rejettent toute faute et affirment avec arrogance que les actes qu’ils ont commis étaient justifiés par la nécessité de préserver «la civilisation chrétienne» contre le communisme.
Les choses pourraient changer
Une partie privilégiée de la société chilienne, qui a tiré profit du modèle économique imposé par Pinochet, le considère comme un «sauveur». Mais, là aussi, les choses pourraient évoluer: le candidat à la présidence Joaquin Lavin, membre de l’opposition de droite, a demandé implicitement pardon pour les crimes du régime du général Pinochet, dont il fut un proche collaborateur. Joaquin Lavin, qui s’est rendu à Londres à la fin de l’année dernière pour apporter son soutien à son ami Pinochet, est selon les sondages le principal adversaire du leader socialiste Ricardo Lagos, candidat officiel pour succéder à l’actuel président démocrate-chrétien Eduardo Frei.
Ce dernier est soumis à de fortes pressions venant des Forces Armées. A travers les commandants en chef des trois armes et des carabiniers, elles ont présenté leur «inquiétude et leur malaise» lors d’un entretien privé avec le Ministre de la défense Edmundo Pérez Yoma. Les responsables militaires estiment que la réouverture de procès est une réinterprétation de la Loi d’Amnistie. Pas question pour eux de faire comparaître devant les tribunaux des dizaines de militaires à la retraite ou encore en activité pour des cas de violations des droits de l’homme.
En novembre dernier, le gouvernement chilien a tenté une stratégie pour faire face à la crise provoquée par la gestion des crimes de la dictature. Elle impliquait le commandant en chef de l’armée, le général Ricardo Izurieta, et l’archevêque de Santiago, Mgr Francisco Javier Errazuriz. Son intention était de créer une commission spéciale pour travailler à la réconciliation et trouver des solutions pour les cas de «disparus», mais cette gestion semble au point mort.
Menace sur une journaliste pour son «Livre noir de la justice chilienne»
La Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH) a exigé de l’Etat chilien qu’il prenne des mesures destinées à garantir la liberté d’expression à propos de l’interdiction de diffusion de l’ouvrage «Le Livre noir de la justice chilienne», écrit par la journaliste Alejandra Matus. La CIDH demande également que les autorités garantissent la sécurité et l’intégrité personnelle de l’auteur du livre, actuellement soumise à un procès soi-disant pour atteinte à la Loi de Sécurité Intérieure de l’Etat. Alejandra Matus est actuellement réfugiée aux Etats-Unis. (apic/efe/aci/tercera/be)



