Des questions au sein de l’Eglise officielle

Chine: Après le décès du cardinal Ignatius Gong Pinmei

Rome/Pékin, 15 mars 2000 (APIC) La disparition dimanche aux Etats-Unis à l’âge de 98 ans du cardinal chinois Gong Pinmei continue de susciter l’émoi au sein de la communauté catholique clandestine de Chine, pour laquelle l’ancien évêque de Shanghai exilé à Stamford était resté un point de référence incontournable. Les catholiques non officiels – qui refusent toute allégeance à l’Association patriotique des catholiques de Chine (APCC) inféodée aux autorités de Pékin – considèrent le vieil évêque comme un «martyr du gouvernement communiste».

Les 10 millions de catholiques clandestins de Chine prendront sans doute leur courage en s’appuyant sur l’exemple du cardinal Pinmei. Comme le feront aussi les membres de l’Eglise «officielle», écrit Fides. L’Eglise de Tianjin, juste avoir appris la nouvelle de la mort du cardinal l’a immédiatement communiquée aux fidèles.

Quelques communauté ont célébré une messe pour le cardinal considéré «un criminel par le gouvernement». L’Eglise «officielle» affirme avoir célébré cette Eucharistie avec un grand risque, mais jusqu’à maintenant l’Association patriotique n’est pas intervenue.

Dans la diocèse de Shanghai, où le cardinal Gong Pinmei a été archevêque, Mgr Aloysius Jin Luxian, évêque reconnu par le gouvernement, a mis un bémol à l’importance de Pinmei dans le cœur de certains catholiques chinois en déclarant à l’UCA News que «sa morte n’intéresse pas notre diocèse. Il n’a pas fait beaucoup pour Shanghai après l’avoir quitté».

L’occasion d’un rapprochement?

Ce décès pourrait cependant être l’occasion d’un rapprochement entre l’Eglise clandestine et l’Eglise officielle en Chine populaire, selon les déclarations d’un prêtre chinois de l’Eglise officielle à l’agence missionnaire Fides.

Ce prêtre s’apprête à célébrer une messe pour le cardinal Pinmei, considéré comme un «guide spirituel» pour les fidèles chinois. Le cardinal défunt, très estimé dans toute l’Eglise, est un «martyr du communisme». Le gouvernement de Pékin par contre persiste à voir en lui «un criminel».

En effet, après l’ordination de cinq évêques le 6 janvier dernier à Pékin, de nombreux prêtres remettent en question leur adhésion à l’Association patriotique, écrit Fides, une agence qui dépend de la Congrégation pour l’Evangélisation des peuples. Le gouvernement répond aux critiques par de nouveaux contrôles.

Mais, note Fides, certains évêques ordonnés se sont eux-mêmes «repentis» d’avoir consenti à cette consécration illicite. L’évêque de Baoding, Su Changshan, qui, comme ses compagnons, a été isolé avant l’ordination, a avoué avoir été «abusé»: on lui avait dit que l’ordination était légitime.

Toujours selon Fides, Lu Xinping, de Nanjing, «pleure à cause de l’ordination». Fag Jianping, de Tangshan, qui avait été plus difficile à convaincre pour qu’il accepte l’ordination, «est en train de payer pour sa résistance». A Mingdong, Zhan Silu a été rejeté par sa communauté et «personne n’assiste à sa messe».

La réaction la plus violente du gouvernement s’exerce contre les 114 séminaristes du séminaire national de Pékin. Ceux-ci ont en effet refusé au dernier moment de participer à la cérémonie du 6 janvier, par un document qu’ils ont remis à leur recteur. Les signataires sont l’objet d’enquêtes de la part des autorités. Ils ont été avertis avant leurs vacances que s’ils veulent revenir au séminaire, ils doivent  » accepter la politique religieuse du gouvernement et obéir à l’Association patriotique». Un séminariste de Shashi (Hebei) qui a porté la lettre au recteur a été «pratiquement expulsé».

Effet boomerang

Cette réaction des séminaristes a ému dans les rangs de l’Eglise clandestine, souligne Fides. De fait le séminaire est le siège du secrétaire général de l’Association patriotique, Antoine Liu Bainian, qui cherche par tous les moyens à créer une Eglise autonome de Rome. L’ordination épiscopale de janvier a compromis ses efforts en provoquant une réaction opposée à celle qu’il escomptait.

Il a déçu l’Eglise officielle, où l’on remet en question le fonctionnement de l’Association patriotique. Depuis 1994, écrit encore Fides, Pékin cherche à détruire l’Eglise clandestine, en demandant aux évêques et aux prêtres d’entrer dans l’Association, et en éliminant les plus récalcitrants.

Certains évêques sur le point de céder y ont renoncé. Et l’Association patriotique qui avait prévu 11 autres ordinations épiscopales se retrouve dans une impasse: tous les candidats attendent l’approbation du pape. Le gouvernement, par les ordinations du 6 janvier, contrairement à son but, a perdu la face auprès des fidèles et du clergé de l’Association patriotique. (apic/cip-zn/mk/pr)

15 mars 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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