Pour la première fois l’ordination d’un évêque confirmé par le pape
Chine: Changements dans la politique religieuse en Chine ?
Pékin/Suwon, 21 juillet 1999 (APIC) Pour la première fois depuis la rupture dans les années 50 des relations diplomatiques entre Pékin et le Saint-Siège, les autorités communistes chinoises ont toléré sinon autorisé l’ordination d’un évêque appartenant à l’Eglise «officielle», mais confirmé par le pape. L’événement a eu lieu en mai dernier en Mandchourie, mais il vient seulement d’être connu à l’extérieur.
Selon le principe des «trois autonomies» de l’Eglise (direction, propagation de la foi et financement en mains chinoises), l’Eglise en Chine ne doit pas dépendre de l’étranger, les évêques sont par conséquent élus par leurs pairs chinois, et non nommés par Rome. L’Eglise catholique officielle, reconnue par les autorités, est plus ou moins chapeautée par l’Association patriotique des catholiques de Chine (APCC), une organisation contrôlée par le Parti communiste.
L’information a fait sensation dans les cercles qui observent la vie ecclésiale chinoise: le 9 mai dernier, avec l’accord du pape Jean Paul II, Mgr Damase Zhang Hanmin a été ordonné évêque à la cathédrale du Sacré-Cœur de Jilin, en Mandchourie, une ville située à quelque 1’300 km au Nord-Est de Pékin.
Lecture de la bulle papale en latin
Outre la foule, estimée à quelque 6’000 fidèles, 68 prêtres du diocèse de Jilin et d’autres diocèses chinois, ainsi que 140 religieuses, ont pris part à la cérémonie solennelle présidée par l’évêque «officiel» de Shenyang (anciennement Mukden), Mgr Jin Peixian, assisté de deux autres évêques «patriotiques», Mgr André Zhu Wenyu, évêque de Chifeng, et Antoine Li Du’an, évêque de Xi’an.
Au début de la cérémonie, la bulle papale écrite en latin a été lue, comme cela se passe pour une ordination épiscopale traditionnelle dans l’Eglise catholique romaine. Détail intéressant, le «parrain» du nouvel évêque – le Coréen Angelo Kim Nam-su, évêque émérite de Suwon, en Corée du Sud -, a participé à la messe d’ordination comme concélébrant, ce qui est d’ordinaire interdit aux étrangers, qui n’ont en principe pas le droit d’avoir des activités religieuses sur sol chinois. Agé de 73 ans, le nouvel évêque fut prêtre officiel de la paroisse de Qijiawopu, près de Changchun.
L’Eglise «patriotique chinoise» plus considérée comme schismatique
Certes, depuis longtemps l’Eglise «patriotique» chinoise n’est plus considérée comme «schismatique» et une majorité de ses évêques ont été discrètement reconnus par Rome. Mais le fait que Rome ait accepté de confirmer un évêque nommé par les instances de l’Eglise chinoise, et non directement par le pape et les responsables de la curie, n’est pas sans importance. Peut-être un nouvel indice de changement dans l’approche des relations entre Rome et la réalité ecclésiale chinoise.
L’on sait que certains responsables de l’Eglise patriotique chinoise plaident en faveur d’un concordat entre Pékin et le Saint-Siège, qui permettrait à la Chine, notamment en matière de nominations épiscopales, de ne pas brader sa souveraineté, dont elle est si jalouse, à une «puissance étrangère». Il est également intéressant de noter que c’est la première fois que les autorités chinoises tolèrent officiellement l’ordination d’un évêque agréé par le pape, même si elles acceptent depuis longtemps que l’on prie explicitement pour le pape durant les messes dites par les prêtres officiels. Pendant très longtemps, la nomination des évêques par Rome a été considérée comme une «immixtion dans les affaires intérieures de la Chine».
Une telle nouveauté démontrerait que le fossé a tendance à s’amenuiser entre l’Eglise catholique «patriotique» et l’Eglise «fidèle à Rome», appelée souvent «Eglise clandestine» (même si une telle Eglise n’a aucune chance de mener à long terme des activités religieuses souterraines sans être détectée, voire infiltrée par des services de sécurité omniprésents).
D’après les informations fournies par Mgr Angelo Kim Nam-su, ce sont les autorités régionales qui ont expressément demandé que la bulle papale soit lue au début de la cérémonie d’ordination de Mgr Zhang Hanmin, sinon «le peuple n’acceptera pas le nouvel évêque». Le Bureau des Affaires religieuses (gouvernemental) de Mandchourie a d’abord émis des réserves quant à la présence active durant la cérémonie d’un évêque «étranger». Mgr Zhang a pu dissiper les doutes des autorités en précisant que son «bienfaiteur» était un évêque retraité. A propos de la reconnaissance par Rome du nouvel évêque, les évêques chinois ont précisé dans une lettre commune qu’il s’agissait d’un geste particulier du pape à l’égard du diocèse de Jilin et de «toute l’Eglise de Chine».
Reconnaissance officielle d’un évêque clandestin
Quelques jours seulement après l’ordination épiscopale de Jilin, Mgr Nicolaus Shih Jing Xian, un évêque ordonné «clandestinement» et jusqu’ici non reconnu par les autorités, a été installé officiellement comme évêque de Shangqiu, sur la base d’une autorisation expresse du gouvernement provincial du Henan. Religieux augustin récollet âgé de 78 ans, Mgr Shih Jing Xian avait été secrètement ordonné évêque le 8 mai 1991. Il avait été emprisonné en 1958 et réhabilité en 1980. Il est intéressant de noter à son propos qu’il apparaît déjà dans l’Annuaire pontifical 1999 en tant que délégué épiscopal de Kweiteh-Shangqiu, alors que l’»Annuario» ne donne habituellement aucune indication sur le personnel des diocèses chinois.
Selon les observateurs, si ces événements signifient que quelque chose bouge au niveau de l’Eglise catholique chinoise, qui gagnerait ainsi un certain espace de liberté, cela ne présage encore rien des relations entre le Vatican et les autorités chinoises, Pékin exigeant toujours, en préalable à l’instauration de relations diplomatiques, la rupture des relations diplomatiques (déjà réduites à leur plus bas niveau) entre le Saint-Siège et Taïwan. (apic/kap/be)



