Le P. Cervellera : une chance unique de rencontrer les Chinois

Chine et JO: Les arguments contre la Chine ne tiennent pas écrit Fides

Pékin, 13 juillet 2001 (APIC) A l’heure où à Moscou les délégués du mouvement olympique délibèrent pour l’attribution de la ville qui accueillera les JO en 2008, le chroniqueur de l’Agence missionnaire Fides à Rome, Bernard Cervellera, penche pour Pékin. Cela malgré les oppositions contre le Chine, qui arguent des droits de l’homme, malgré aussi les manifestants pro-tibétains. Les JO de 2008, estime le chroniqueur, peu d’heures avant le résultat, sont une chance unique de rencontrer les Chinois.

Tandis que le monde discute sur l’opportunité d’attribuer les Jeux Olympiques de 2008 à la Chine, les habitants de Pékin oscillent entre le scepticisme et le refus des Jeux», écrit Fides.

Ces derniers temps, les moyens d’information chinois ont beaucoup parlé des Jeux Olympiques, en cherchant à susciter l’intérêt des gens et leur accord. Une délégation chinoise dirigée par le vice-président, avec une suite de plus de 600 journalistes, se trouve à Moscou pour la cérémonie d’attribution. Mais la plus grande partie des Chinois sont indifférents, dans la capitale surtout, selon Fides. D’après un professeur de l’Université de Pékin, les J.O. sont une occasion de démontrer au monde la puissance chinoise. Des sources de Fides à Pékin confirment: «les gens du peuple ne prêtent pas grande attention aux théories nationalistes brandies par des hommes politiques et des intellectuels. Ils ont plus de sens pratique. La population se souvient de tout ce qu’elle a subi en 1990, pour les «Jeux Asiatiques»: augmentation des impôts, travaux forcés de restructuration de la ville, interruption des cours scolaires pour les étudiants, employés dans les préparatifs.

D’après la propagande officielle, les jeux n’auront que des effets positifs: création d’emplois, rénovation urbaine, amélioration des conditions de vie des citoyens. Mais les Pékinois sont sceptiques, car ils présument que les bénéfices iront une fois encore à la seule élite politique. «Avec les jeux Olympiques, explique un Pékinois, le centre historique de la ville sera restructuré. Les gens qui vivent depuis des générations dans ce quartier seront contraints d’aller se loger ailleurs… La culture, les coutumes, les traditions seront éliminées, mais cela ne compte pas pour les bureaucrates et pour les hommes politiques : pour eux, ce qui est important, c’est de remplir leur portefeuille».

Pressions

A quelques heures de la décision du Comité Olympique Internationale, prise vendredi 13 juillet à Moscou, les hommes politiques et les hommes d’affaires chinois (admis au sein du Parti à l’occasion des 80 ans de l’Organisation) font pression pour accueillir la kermesse olympique, occasion unique de faire des affaires et de la promotion de l’image de la Chine dans le monde. Pour leur part, les groupes de défense des droits de l’homme s’y opposent, en déclarant que le fait d’allumer la torche olympique sur la Place Tienanmen est une offense faite à l’humanité, et en rappelant les 1’700 exécutions capitales faites en Chine durant les trois derniers mois. D’après le directeur de la Commission chinoise pour les Jeux Olympiques, He Zhenliang, si la Chine obtenait les Jeux, ce serait une triple victoire: pour le sport, pour la Chine, et pour le monde. Pékin est avantagée en raison de la faiblesse des autres candidats en lice (Paris, Toronto, Istanbul, Osaka) et par la neutralité des Etats-Unis, analyse Fides. La Maison Blanche a pris en effet une position neutre sur l’attribution des jeux Olympiques. En l’absence d’un veto des Etats-Unis, Pékin a la voie ouverte, en raison aussi des pressions faites par les entrepreneurs américains: en plus de dix Compagnies chinoises d’articles sportifs, il y a déjà parmi les parrains sept multinationales américaines, qui ont l’occasion alléchante d’entrer dans un marché de 1 milliard et 200 millions de consommateurs potentiels.

Décision politique, loin du sport

Outre des raisons économiques, les Jeux Olympiques se teintent aussi de politique, note l’agence vaticane. D’après des sources officielles de Washington, citées par le «New York Times» du 11 juillet, une victoire de la Chine amènerait Pékin à ne pas se servir de la force militaire contre Taiwan et à respecter les droits de l’homme, écrit Fides. Selon cette agence, les J.O. pourraient marquer un rapprochement entre la Chine et Taiwan, «comme cela s’est produit pour les deux Corée, qui ont défilé sous un seul drapeau aux Jeux Olympiques de Sydney en 2000». Ces derniers mois, Pékin a proposé à Taiwan une collaboration en vue de l’accueil des jeux Olympiques, et le gouvernement de l’île a exprimé sa disponibilité.

Hypocrisie occidentale

«Le fait de sanctionner un pays pour atteinte aux droits de l’homme semble n’être valable que pour la Chine, explique le patron de Fides. Les derniers Jeux Olympiques remportés par l’Australie ont été confiés à un pays qui a mis à l’écart des millions d’aborigènes. Et puis, ne parlons pas des dessous-de-table payés par l’Australie pour se voir attribuer l’organisation des Jeux. Il en a été de même (et là encore des dessous-de-table) pour les Etats-Unis en ce qui concerne les Jeux Olympiques de Salt Lake City de 2002. Ceux qui parlent de moralité dans le sport et d’atteinte aux droits de l’homme devraient regarder ce que le sport est devenu: du business, rien que du business. Je crains qu’on ne veuille éliminer Pékin que pour favoriser d’autres villes et d’autres affaires».

Le P. Cervellera est bien conscient que Pékin n’est pas encore un pays démocratique. Son agence met à disposition continuellement une documentation sur les violations des droits humains et religieux. C’est vrai, dit-il, le gouvernement se servira de cette candidature comme d’une drogue, car les années à venir seront très difficiles pour la Chine. L’entrée au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce entraînera des crises parmi les paysans et les ouvriers touchés peut-être par la famine et sans aucun doute par les licenciements. Les J.O. permettront à Pékin d’apaiser et de manipuler les consciences. Mais le P.Cervellera ajoute: «C’est justement en raison de toutes ces tensions, existant depuis plusieurs mois déjà, qu’il est important de ne pas isoler un pays aussi grand et majestueux que la Chine et d’ouvrir toute voie possible de contact, même sportive. Sinon, cela donnera lieu à un isolement qui permettrait à la Chine d’étouffer totalement toute dissidence.

Troisième motif: «Garder une Chine ouverte grâce aux Jeux Olympiques est la voie par laquelle les Chinois pourront avoir des contacts avec le reste de la population mondiale sans le contrôle spasmodique de la police et de l’armée», écrit le directeur de Fides. Même si les mesures de sécurité sont amplifiées, l’avalanche des contacts dus aux Jeux Olympiques ne pourra pas être arrêtée. C’est un peu ce qui se passe avec Internet: malgré la censure et le contrôle que Pékin cherche à exercer, la toile s’infiltre toujours quelque part. D’habitude, les touristes occidentaux qui visitent la Chine s’arrêtent à leur hôtel 5 étoiles ou visitent l’armée en terre cuite, sans jamais rendre visite à la population. Les J.O. permettront aux touristes du reste du monde d’entrer en contact, non pas avec les «délégations» de Chinois mais avec les Chinois tout court : les ouvriers, les jeunes, les femmes, les employés, dont la franchise sur les thèmes politiques, le contrôle des naissances, la religion, l’économie est si différente de la rengaine gouvernementale.

JO et économie

Le P. Cervellera aimerait voir «tous ceux qui aujourd’hui jouent les âmes scandalisées à propos de l’oppression des droits de l’homme en Chine maintenir cette attitude demain aussi, jusqu’à 2008». Souvent, note-t-il, les informations sur les violences du gouvernement contre les dissidents, les évêques, les prêtres, les laïcs des différentes religions, rencontrent un Occident si froid et si calculateur. Mais tout le monde le sait: la politique «n’a rien à voir» avec l’économie. Par contre, avec les Jeux Olympiques, oui !» (apic/fides/mk/pr)

13 juillet 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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