Chine: L’Aide à l’Eglise en Détresse à la rencontre des chrétiens de «l’Eglise clandestine»
Témoignage sur le terrain
Köönigstein, 23 mars 1998 (APIC) Quelques collaborateurs de l’Aide à l’Eglise en Détresse (AED) sont récemment rentrés d’un voyage en Chine, où ils ont eu l’occasion de parler à des membres de l’Eglise clandestine. Cecilia Bromley-Martin, collaboratrice de l’AED en Angleterre, a été à ce point impressionnée par leurs témoignages qu’elle a livré ses impressions de voyage dans un article. Celui-ci a paru entre autres dans le «Daily Telegraph», un des journaux les plus importants en Angleterre. L’APIC publie son témoignage.
Sur la banquette arrière d’une vieille auto aux vitres occultées, en prenant soin d’avoir la tête couverte pour passer la douane et les petits villages, j’arrive enfin avec mes trois collègues dans une petite maison de campagne très isolée. Protégés par l’obscurité, nous entrons sans faire de bruit. Nous sommes attendus par le paysan, sa femme et l’évêque clandestin, âgé de 39 ans.
La clandestinité
Dans cette petite ferme toute simple que le paysan courageux à mis à sa disposition, l’évêque a ondé une communauté religieuse pour jeunes gens. L’endroit est si bien dissimulé que même les voisins n’en soupçonnent rien – et des visiteurs occidentaux pourraient représenter un sérieux danger. Mais le lendemain matin à 3h50, le visage couvert de châles et de chapeaux, la paysanne nous conduit silencieusement à travers les champs encore entièrement plongés dans la nuit noire et nous rassemble derrière une botte de foin, où nous entendons une voix lointaine. Arrivés dans les pièces basses et humides, on nous conduit à la chapelle où – déjà à 4 heures du matin – 20 jeunes gens sont réunis agenouillés, priant en silence. Ces étudiants ne sont que quelques-uns des centaines qui, en Chine, ont renoncé à leur sécurité financière, leur standing social et leur liberté pour devenir prêtres dans la clandestinité. Pour cela ils ont renoncé à tous leurs biens, dorment à douze dans un lit de béton et doivent se passer de chauffage pendant tout l’hiver, si ce n’est un petit poêle dans la chapelle.
Ils risquent chaque jour d’être découverts, arrêtés et persécutés. Leur maison est si secrète que, depuis deux ans qu’ils y habitent avec l’évêque, ils ne peuvent pas la quitter, malgré le manque de place. Malgré cela, le nombre de candidats augmente d’année en année.
60’000 conversions chaque année
Le nombre de catholiques en Chine est estimé à 12 millions, soit 1 % de la population. Pendant 45 ans, le régime communiste a essayé vainement de détruire l’Eglise. Il était défendu de célébrer la Sainte-Messe, la loyauté envers le pape était prohibée, des centaines de prêtres ont été incarcérés ou exécutés. Finalement, le gouvernement a proposé un compromis en fondant l’Association Patriotique, dont la tâche serait de surveiller une Eglise Catholique officielle, qui devrait rendre des comptes à l’Etat et non à Rome. De nombreux catholiques, épuisés par les années de peur et de répression, qui y ont vu la seule possibilité de vivre leur foi, ont adhéré à l’Eglise officielle. Mais pour d’innombrables fidèles, être en même temps catholiques et séparés du pape était incompatible. Ces catholiques se sont retirés dans la clandestinité.
On estime qu’en Chine le nombre de personnes qui se convertissent au catholicisme est de 60’000 par an, mais ceux qui se décident pour l’Eglise clandestine illégale choisissent une vie secrète et des dangers constants. Il est vrai que, en comparaison des années de la Révolution Culturelle, les attaques et les arrestations sont moins fréquentes de nos jours, mais les fidèles sont soumis à des chicaneries constantes. Leurs chapelles non officielles sont démolies et beaucoup de lieux de pèlerinage fermés ou profanés. Dans un cas précis, 10’000 pèlerins sont arrivés à un lieu de pèlerinage pour fêter l’Ascension du Christ: les autorités avaient fait répandre du purin sur tout le terrain, prétendant vouloir y planter des arbres (alors que ce n’était pas la saison). On leur conseilla d’employer de l’eau bénite pour éliminer le purin…
Une grande sérénité, malgré des risques énormes
Récemment, on a commémoré l’action «Attaquez !», destinée à diminuer ou contrôler le nombre de catholiques. Par centaines, des prêtres et des religieux sont constamment arrêtés. Les familles des victimes sont victimes de tracasseries et leurs maisons mises à sac. J’ai demandé aux séminaristes s’ils avaient peur, ils ont répondu non: «Le Christ a souffert et cela peut aussi nous arriver. Mais ce n’est rien de nouveau, et ça passe». Nous avons trouvé la même attitude chez tous les évêques, prêtres, religieuses et séminaristes clandestins que nous avons visités. Dans la maison d’une famille catholique, nous avons rencontré un évêque qui déménage tous les deux jours afin de se dérober aux autorités. Un autre a eu moins de chance. Depuis 1986, il a été incarcéré chaque année pour des périodes pouvant atteindre six mois, tout cela pour des peccadilles. Les autorités sont parfois aimables avec lui, d’autres fois elles sont dures, mais elles n’ont pu obtenir qu’il rejoigne à l’Eglise officielle.
Comme lui, la plupart des évêques ont passé les années 60 et 70 en prison ou dans des camps de travail; leurs belles cathédrales furent détruites ou aménagées en usines. La plupart des jeunes prêtres et religieuses ont déjà passé au moins un séjour en prison. A sa libération, après une peine de prison de 14 mois, un prêtre a raconté en souriant qu’on lui avait recommandé d’obéir au Gouvernement chinois et non au Vatican. «Dieu a créé également la Chine, vous devriez donc obéir au Gouvernement chinois», lui avait-on dit. Mais il n’a pas peur de retrouver en prison.
2000 ans de christianisme face à 50 de communisme
La persécution ne se limite pas aux prêtres et aux religieux: tous ceux qui nous ont conduits quelque part, nous ont donné un repas ou un logement ont pris un risque personnel grave. Un homme qui avait permis la célébration de messes clandestines dans sa ferme est toujours en prison, et il souffre d’hémiplégie. Dans une autre région, quatre maisons de catholiques portant des croix sur le toit ont été «confisquées»; trois ont été reconverties en écoles, une autre est occupée par l’administration locale. Les propriétaires n’ont reçu aucune indemnité.
Les fidèles chinois restent optimistes. Lorsqu’on soupçonne qu’une maison est sous écoute, on parle à voix basse, on fait de la musique pour recouvrir les voix. L’espoir exprimé par un évêque est clair: «Aujourd’hui, la situation est difficile pour l’Eglise, mais un jour il y aura plus de paix. Nous devons nous préparer en vue de ce jour.» C’est la foi de ces fidèles qui m’a tellement impressionnée. Beaucoup d’évêques affirment que seule la foi leur a permis de supporter les années de la faim, des lavages de cerveau et des tortures. Un prêtre a remarqué: «N’oubliez pas que la religion chrétienne existe déjà depuis 2000 ans et le communisme en Chine seulement depuis 50 ans !» (apic/cip/pr)




