Chine: La division entre «officiels» et «clandestins» reste toujours aussi vive

Mais les deux «camps» ne désespèrent pas de trouver l’unité

Pékin, 2 février 2004 (Apic) La division entre «officiels» et «clandestins» reste, dans certaines régions de Chine, toujours aussi vive. Selon une dépêche de l’agence Ucanews, reprise par Eglises d’Asie (EDA), en dépit d’un désir quasi général de communion parmi les catholiques, les décennies de division au sein de l’Eglise catholique de Chine initiée par les communistes chinois ont laissé des traces et continuent aujourd’hui de marquer profondément les communautés. Mais les deux camps ne désespèrent pas trouver un jour l’unité.

Interrogés par l’agence catholique d’information dont le bureau «Chine» est installé à Hong Kong, plusieurs évêques et prêtres à travers le pays ont donné leur sentiment quant à cette division et aux perspectives d’avenir.

Dans la province du Hebei, l’évêque «officiel» de Handan, Mgr Peter Chen Bailu, ressent de «l’angoisse» au sujet de la division de l’Eglise catholique de Chine en deux communautés. Agé de 90 ans, secrètement ordonné évêque en 1982, Mgr Peter Chen a rejoint la partie «officielle» de l’Eglise en 1998 avant de se retirer de la direction du diocèse de Handan en 1993.

Selon lui, les relations compliquées et changeantes entre les communautés «officielles» et «clandestines» ont formé le problème le plus difficile de son épiscopat. «Il y a beaucoup de malentendus entre les communautés catholiques «officielles» et «clandestines». Ils (les «clandestins») ne me comprennent pas. J’espère que nous pourrons nous réconcilier à l’avenir», déclare-t-il.

Au centre de la Chine, un autre évêque, qui a souhaité conserver l’anonymat et qui lui aussi a «fait surface» en passant des «clandestins» aux «officiels», fait part de sa même espérance en une unité future. Se rappelant que des «clandestins» l’avaient critiqué, lui et ses prêtres, lorsqu’ils étaient passés en 1999 du côté «officiel», cet évêque justifie son choix d’alors en expliquant qu’il était arrivé à la conclusion que le développement de l’Eglise locale serait facilitée s’il quittait la clandestinité. Il précise qu’à fin de démentir la suspicion des autorités civiles sur son geste, il n’entretient pas de contact avec la partie «clandestine» de l’Eglise.

Rares contacts

Dans la province du Jiangxi, le Père Liu Minjian, prêtre «officiel» du diocèse de Nanchang, dit ne dialoguer que rarement avec des fidèles de la partie «clandestine» de l’Eglise. Il précise que certains fidèles quittent l’église lorsqu’ils savent qu’il va venir. Pour certaines communautés, la réconciliation n’est pas possible à l’heure actuelle, explique-t-il.

Dans la province du Fujian, Mgr John Yang Shudao, âgé de 86 ans et évêque «clandestin» de Fuzhou, explique que la réconciliation aujourd’hui avec la partie «officielle» de l’Eglise équivaudrait à «trahir sa foi». Tant que l’Association patriotique existe, une telle démarche est très difficile, précise-t-il. Un de ses prêtres ajoute que la partie «officielle» de l’Eglise s’efforçait par le passé de protéger les communautés «clandestines» mais que ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Dans certaines communautés «clandestines», des consignes existent selon lesquelles les fidèles doivent absolument s’abstenir de recevoir les sacrements auprès du clergé «officiel». Par ailleurs, bon nombre de «clandestins», tel ce responsable laïc de Mongolie intérieure interrogé par Ucanews, ne comprennent pas, par exemple, que le Saint-Siège approuve la nomination de nouveaux évêques, souvent jeunes, au sein de la partie «officielle» de l’Eglise tandis que nombre d’évêques «clandestins» âgés et malades ne sont pas remplacés.

Sentiment d’injustice

Un sentiment d’injustice existe quand bien même «les clandestins sont toujours demeurés fidèles au Saint Père». Cité par Ucanews, un spécialiste de l’Eglise de Chine précise sur ce point que le Vatican peut effectivement rechigner à nommer évêques des prêtres «clandestins» simplement du fait que la formation d’une grande partie du clergé «clandestin», formé dans des séminaires de fortune sans grands moyens, est parfois jugée insuffisante.

Contrastant avec ces témoignages et sans nier la distance séparant les deux communautés catholiques, certains responsables des deux bords espèrent toutefois que la réconciliation est possible dans un proche avenir. En juillet dernier, Mgr Joseph Han Zhihai, évêque «clandestin» de Lanzhou, dans la province du Gansu, a écrit une lettre témoignant de son désir de communion, une lettre qui a été présentée deux mois plus tard lors d’un colloque en Belgique.

Dans ce texte intitulé «Lettre à mes amis», l’évêque, âgé de 39 ans, appelait ses pairs dans l’épiscopat, du côté «officiel» aussi bien que du côté «clandestin», à «libérer les catholiques chinois de l’ambiguïté créée par la division». Ailleurs, un évêque «clandestin» du centre du pays dit qu’il n’a pas de contact avec les «officiels» ni même avec les «clandestins» des diocèses qui l’entourent mais il croit que la réconciliation est un désir commun à tous les catholiques.

Pour certains catholiques, la réconciliation, dans les circonstances actuelles, ne passe pas par une fusion des deux parties de l’Eglise mais par une coexistence harmonieuse des communautés. Dans le nord-ouest du pays, un responsable laïc du nom de Wang dit qu’il faut commencer par «cesser de dire des choses qui heurtent l’unité de l’Eglise». PR

Encadré

Guangxi: à 101 ans, l’évêque de Nanning est toujours actif

Dans la province du Guangxi, Mgr Joseph Meng Ziwen, évêque de Nanning, est sans doute, à 101 ans passés, l’évêque le plus âgé de Chine. Prêtre et médecin, toujours avide d’apporter un soin aux âmes et aux corps de ses fidèles, il est issu de la minorité ethnique des Zhuang. Mgr Joseph Meng a passé le plus clair de sa vie comme curé de paroisse à évangéliser, apportant à ses paroissiens et aux non-catholiques un soin aussi bien spirituel que corporel, mettant à profit sa science de la médecine chinoise traditionnelle et sa connaissance des herbes médicinales. Aujourd’hui, en dépit de son grand âge, il tient à parcourir les routes de son diocèse plusieurs fois par an, considérant que l’évangélisation est une tâche prioritaire, qu’il est de son «devoir de soigner les gens, physiquement et spirituellement» et que les cahots des routes défoncées de la campagne sont «un bon exercice physique» pour lui.

Né le 19 mars 1902, jour de la saint Joseph, dans une famille non catholique à Hengling, Mgr Meng a été baptisé dans sa jeunesse. A l’âge de 15 ans, il partit à Nanning étudier le catéchisme durant trois ans avant de poursuivre durant huit ans sa scolarité au petit séminaire, alors appelé le Collège latin. En 1935, après six années de formation à la philosophie et à la théologie au grand séminaire de Penang, en Malaisie, il fut ordonné prêtre à Nanning. Deux ans plus tard, curé de paroisse, il commença à se servir de ses connaissances en herbes médicinales pour ouvrir un dispensaire attenant à son église et un autre attaché à l’école primaire du village où il était.

Après la prise du pouvoir par Mao, les choses se corsèrent. Très rapidement, les religieuses qui l’aidaient à gérer un dispensaire furent emprisonnées pour avoir soigné des «bandits», terme utilisé par les communistes pour désigner les soldats de l’armée nationaliste. Dix jours plus tard, ce fut son tour: arrêté à la pointe d’un fusil, il fut enfermé dans une petite cellule avec une centaine d’autres personnes puis envoyé en camp de travail. Prisonnier, se rappelle Mgr Meng, «je me sentais si seul et j’espérais que Dieu aurait pitié de moi».

Libéré en 1957, il prit en charge une église à Nanning où il ouvrit une petite clinique. Mais, en 1958, il était à nouveau arrêté. Au début des années 1960, la famine était partout, se rappelle-t-il. Certains tentaient de se nourrir de racines mais très nombreux étaient ceux qui mouraient. La situation empira encore lors de la Révolution culturelle (1966-1976). Finalement, usé par les années de camp et considéré comme trop âgé pour travailler utilement, Mgr Meng fut autorisé à retourner chez lui en 1970. La seule occupation qui lui fut alors autorisée était de collecter le contenu des pots de chambre dans les villages environnants en échange d’un peu de riz, la nourriture étant toujours rationnée à cette époque.

En 1884, un évêque «clandestin» du Gansu l’a secrètement ordonné évêque de Nanning. Approuvée par le pape, cette consécration n’a toutefois pas reçu l’assentiment des autorités chinoises, celles-ci ne le connaissant que comme curé de Guigang, paroisse du diocèse de Nanning, située à deux heures de route de la capitale provinciale. Sur place, les catholiques s’adressent à lui en usant de la formule respectueuse : «Vieux Père Meng» (apic/eda/ucan/pr)

2 février 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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