Chine: Le pape a canonisé 120 «Chinois»...
…et Pékin fête cent ans d’une révolte antichrétienne
La Chine ravive la guerre des Boxers
De Frédéric Koller, pour «La Liberté»
Pékin, novembre 2000 (APIC) Le 1er octobre, le pape Jean-Paul II canonisait 120 martyrs «trop longtemps oubliés» des missions de Chine. La fête de sainte Thérèse de Lisieux, patronne des missions, justifiait amplement cette date aux yeux du Vatican. Il ne pouvait pourtant ignorer que ce même dimanche, le régime communiste fêtait le 51e anniversaire de sa fondation, le symbole de l’indépendance retrouvée après un siècle et demi d’agression coloniale et d’humiliation.
La réaction de Pékin ne s’est pas fait attendre. Le supplice subi par de nombreux missionnaires partis convertir la Chine durant le XIXe siècle a nourri l’imaginaire des catholiques. Mais pour Pékin, aujourd’hui encore, ces serviteurs de Dieu n’étaient rien d’autre que des démons, l’avant-garde du colonialisme et de l’impérialisme. Et cette canonisation démontre à ses yeux la volonté du Vatican de «s’immiscer dans les affaires intérieures» de la Chine.
Une faute non réparée
Il y a dix jours, une caricature du journal anglophone «China Daily» montrait un évêque, lunettes noires et allure de mafieux, décorant d’une croix un squelette tenant sous son bras une bible; celle-ci renfermait un couteau d’où s’écoulait du sang… Le ministère des Affaires étrangères chinois s’étonne de son côté qu’au moment où le Vatican accepte enfin de s’excuser pour les excès de l’Eglise sous l’inquisition et durant l’évangélisation du Nouveau-Monde, le pape sanctifie une autre «page sombre de son histoire».
Des 120 martyrs canonisés, 87 étaient des Chinois convertis, 33 des missionnaires. L’agence de presse officielle «Chine nouvelle» a décrit les «crimes» de trois d’entre eux: le Français Auguste Chapdelaine (1814-1856), l’Espagnol Franciscus de Capillas (1607-1648) et l’Italien Albericus Crescitelli (1863-1900). La simple évocation du nom chinois de ce dernier, Guo Xide, «suffit encore aujourd’hui à susciter la colère et un sentiment d’humiliation parmi la population de la région de Yanzibian dans la province du Shaanxi, dans le nord-ouest de la Chine», affirme «Chine nouvelle». L’Italien est accusé d’avoir exercé un droit de cuissage sur toutes les femmes qu’il mariait dans son église et de s’être enrichi par l’usure. Exacerbée, la population lui réglera son compte. Comme 32’000 chrétiens chinois et 200 autres missionnaires, Crescitelli est mort en 1900, massacré par le mouvement xénophobe des Boxers qui s’est emparé de la Chine cette année-là.
Au mauvais moment
Les Boxers? A l’heure où la Chine veut entrer dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et cherche à attirer des capitaux étrangers, Pékin aurait peut-être préféré passer sous silence le centième anniversaire de leur soulèvement. Mais la machine de propagande patriotique une fois lancée, le Parti communiste n’en est pas resté là. Son principal porte-voix, le «Quotidien du peuple», vient de publier l’analyse d’un professeur de l’Université de Pékin, Wang Shaoqiu: «L’appel à la justice des progressistes du monde entier pour soutenir les Boxers». Un article qui aurait pu être publié en 1901.
Le premier de ces «progressistes» n’est autre que Lénine. Le leader bolchevique – qui a toujours émis de forts doutes sur la capacité des Chinois à faire la révolution – s’est fendu d’un article sur «La guerre de Chine» publié par le journal «L’étoile de feu» en décembre 1900. Le révolutionnaire russe y défend le combat des Boxers contre «les menées du capitalisme européen qui se dissimule derrière les mensonges des missionnaires et la soi-disant civilisation occidentale pour piller la Chine».
Cette surenchère antipapiste, on s’en doute, n’apporte aucun éclaircissement sur la nature des massacres de chrétiens et l’origine des Boxers. Cette propagande n’est d’ailleurs pas prioritairement destinée à l’étranger. Le message est interne et ce patriotisme exacerbé sert l’intérêt du pouvoir en butte à un mécontentement de plus en plus visible. Toutes les associations religieuses officielles du pays (chrétien-nes, musulmanes, bouddhistes, taoïstes) ont été appelées à unir leurs voix pour dénoncer l’attitude de Rome. Une façon de vérifier la fidélité de leurs croyants à la ligne du Parti communiste.
La menace est ailleurs
Ce même dimanche 1er octobre, pourtant, la fête nationale a été gâchée par une menace autrement plus significative que les «martyrs» du pape. Des centaines d’adeptes de la secte Falungong, d’obédience bouddhistico-taoïste, ont à nouveau défié le pouvoir au coeur même de la capitale, sur la place Tian’anmen. D’abord débordés, les policiers en civil ont embarqué sans ménagement les manifestants. Le mouvement a été déclaré contre-révolutionnaire. Avec l’entrée dans le XXIe siècle, les communistes chinois savent néanmoins qu’ils devront compter sur une contestation religieuse de plus en plus forte. (apic/lib/fk/pr)




