Les améliorations sont lentes à venir
Chine: Les droits des personnes handicapées ne sont pas vraiment reconnus en Chine
Pékin, 19 septembre 2008 (Apic) Selon une catholique engagée dans l’aide aux handicapés mentaux, les droits des personnes handicapées ne sont pas suffisamment reconnus en Chine.
Selon la fondatrice et présidente d’une des principales ONG chinoises venant en aide aux handicapés mentaux, les Jeux paralympiques, qui se sont déroulés à Pékin du 6 au 17 septembre, ont été l’occasion d’améliorer sensiblement la condition des handicapés en Chine, notamment en leur donnant une plus grande visibilité sociale, mais les droits des handicapés, en tant que personnes, ne sont pas encore suffisamment reconnus.
Meng Weina, la quarantaine dynamique, dirige Huiling (»Sagesse de l’âme»), une ONG fondée à Canton dans les années 1990 et aujourd’hui présente dans une dizaine de grandes villes, telles Pékin, Chongqing, Tianjin, Xi’an ou encore Hongkong. Selon elle, la société chinoise fait montre de moins de discrimination qu’autrefois à l’endroit des handicapés mentaux et les autorités ont pris des mesures afin de leur venir en aide. C’est bien évidemment une bonne chose, estime-t-elle, mais ces changements sont le fait d’« un sentiment d’empathie envers des êtres perçus comme vulnérables ».
La société chinoise, poursuit-elle, manque d’« un degré de conscience plus élevé » qui verrait les handicapés comme des personnes à part entière, dotés des droits fondamentaux de l’être humain.
La mentalité commune est qu’il « faut aider » ces personnes, mais qu’elles ne sont pas en mesure de prendre part de manière active à la vie de la société, explique encore Meng Weina, qui rappelle que la conviction qui l’a amenée à fonder Huiling est que « les personnes ayant un handicap ont les mêmes droits que les autres », qu’« elles doivent donc être acceptées et respectées » comme toute personne humaine.
Petit à petit, cependant, les choses évoluent, souligne-t-elle. Ainsi, depuis l’an dernier, dans certaines des plus grandes villes du pays, une allocation mensuelle de 300 yuans (30 euros) est versée aux handicapés de plus de 18 ans. Auparavant, des aides semblables existaient mais elles étaient versées uniquement aux parents ou aux tuteurs légaux des personnes handicapées. Dans le même ordre d’idée, un fonds pour l’emploi des handicapés a été créé il y a peu. Mais il arrive que des bénéficiaires de ce fonds soient enregistrés auprès d’une entreprise mais n’y travaillent pas ; « tout le sens de cette mesure, qui est d’encourager les handicapés à travailler au sein de la société et de participer à la vie normale, est ainsi perdu », explique Meng Weina, citée par Eglises d’Asie.
Franc-parler
La fondatrice de Huiling est connue en Chine pour son franc-parler. Financée à 75 % par des fonds venus de l’étranger, son ONG ne reçoit aucun subside des autorités chinoises. Forte de cette indépendance, Meng Weina n’hésite pas à faire appel aux médias pour faire passer ses vues sur le handicap et sa place dans la société – ce qui lui vaut une surveillance attentive de la police. Connue pour son combat, elle figurait parmi les quatre responsables d’ONG chinoises invités, le 9 septembre dernier, par Timothy Shriver, président de Special Olympics, une ONG internationale qui oeuvre à l’intégration des handicapés mentaux dans la société. A cette occasion, elle a redit son analyse du fait qu’au cours des trente années qui viennent de s’écouler en Chine, le sort des handicapés mentaux s’est amélioré sur un plan matériel mais pas sur un plan spirituel. Elle a cité le fait qu’il était rare que les parents d’enfants handicapés ou le personnel des institutions qui les accueillent aient conscience du fait que les handicapés puissent être consultés sur leur sort ou qu’ils puissent avoir une opinion sur leur condition.
Fondée à Canton sous la forme d’un simple foyer, Huiling s’est développée au point d’être une des institutions les plus en pointe dans l’accueil et la formation des handicapés adultes en Chine. (apic/eda/pr)



