Les forces vives de l’Eglise en Chine sont au féminin

Chine: Les religieuses jouent un rôle important dans l’Eglise

Josef Bossart / Traduction: Bernard Bovigny

Xi’an, 13 janvier 2005 (Apic) Soeur Wang arbore un grand sourire: Non, le travail des Soeurs de la Congrégation du Coeur de Jésus n’est pas soumis à l’autorité d’un prêtre, et les religieuses agissent en fonction des priorités qu’elles ont définies elles-mêmes. C’est la réponse qu’elle donne malicieusement à un visiteur, dans la Maison mère de la congrégation, à Xi’an. Les quelque 5’000 religieuses présentes en Chine jouent un rôle très important surtout dans le travail social de l’Eglise catholique, qui compte 12 millions de baptisés au total.

Soeur Wang porte habituellement un simple pantalon noir avec veston, tout comme ses consoeurs. C’est un vêtement pratique et qui est conforme aux habitudes dans le pays, affirme cette religieuse dans la trentaine. L’habit officiel de l’ordre, avec le voile, est surtout porté les dimanches et jours de fête.

La maison mère des soeurs du Coeur de Jésus est située juste à côté de la cathédrale de Xi’an, une cité de 7 millions d’habitants. L’histoire de cet édifice bâti il y a 120 ans, et récemment restauré, contient quelques pages riches en péripéties. Durant la révolution culturelle (1966-1976) il a été transformé en fabrique de montres.

Soeur Wang est responsable de la formation initiale et continue dans sa congrégation, fondée en 1923 par des missionnaires franciscains de France. Mais avec la prise de pouvoir des communistes en 1949, débute pour les Eglises et par là même pour les congrégations religieuses une période marquée par une très forte répression, qui se maintient avec quelques interruptions jusque vers la fin des années 70.

Avec l’ouverture de la Chine dans les années 80, la nouvelle implantation de communautés de religieuses redevient possible. Mais pour éviter une immixtion étrangère dans les affaires internes de la Chine, ces communautés ne doivent appartenir à aucune congrégation internationale, car leur direction générale se trouve à Rome, ou ailleurs dans le monde.

C’est la raison pour laquelle les communautés de religieuses sont soumises à l’évêque du lieu. Si les soeurs se rendent dans les paroisses, elles doivent se conformer aux indications des curés. Ces derniers ont malheureusement tendance à réduire les religieuses à un rôle de servantes, alors que les évêques utilisent plus volontiers leur argent pour construire des églises que pour la formation de base des religieuses, fait remarquer un connaisseur de la question.

Religieuses de Taiwan ou de Hongkong engagées pour la formation

Les soeurs sont surtout issues de familles paysannes pauvres, et s’appuient sur peu de formation scolaire. C’est la raison pour laquelle des religieuses cultivées issues de Taiwan ou de Hongkong ont été envoyées à plusieurs reprises dans tout le pays auprès de leurs consoeurs pour dispenser un enseignement de base en vue de leur rendre familières les bases de la foi et de la spiritualité. Dans des cas particuliers, certaines ont été envoyées en formation à l’étranger: Philippines, Europe, Etats- Unis, .

Soeur Wang raconte qu’il y a en Chine plus de 300 soeurs du Coeur de Jésus, ce qui en fait la plus grande congrégation du pays. Les religieuses de la communauté sont surtout actives dans les villages. Elles travaillent en paroisses, dans la transmission de la foi, mais dirigent également des jardins d’enfants, des dispensaires, des orphelinats ou des maisons de retraite. Une petite communauté est active dans le domaine du sida. Elle assure une information de base dans les villages et accompagne des malades du sida.

Pendant que les quelque 2’700 prêtres issus des Eglises officielle et non-officielle comptent toujours davantage sur une aide de l’étranger pour mener à bien leurs différents projets, les communautés de religieuses agissent encore avec une grande autonomie. Y compris au niveau financier: grâce en particulier à la conduite des jardins d’enfants et des dispensaires, elles arrivent à se suffire à elles-mêmes.

L’image d’une Eglise proche des hommes

Du fait qu’elles s’occupent avant tout d’enfants, de malades et de personnes âgées, elles transmettent l’image d’une Eglise proche des hommes. La plupart des novices ont été impressionnées par l’engagement des religieuses dans les paroisses et ont décidé pour cette raison d’emprunter ce chemin, explique Soeur Wang, affirmant que des candidates se présentent chaque année.

Le travail manuel est également présent dans la Maison mère des Soeurs du Coeur de Jésus à Xi’an. Soeur Wang fait visiter un petit atelier où sont fabriqués pour des paroisses, sur commande, des statues de Jésus grandeur nature en styrolène et des personnages de la crèche produits à partir de chablons. A l’étonnement des visiteurs européens, tous les personnages arborent des traits de visage typiquement occidentaux. Trois religieuses suivront prochainement une formation de sculptrice, annonce Soeur Wang.

Le chemin vers un art religieux implanté dans une tradition chinoise semble encore long du côté catholique. Alors que les représentations artistiques des évangéliques montrent des traits typiquement chinois, on trouve dans les églises catholiques du pays presque exclusivement des images pieuses, courantes dans les églises européennes au 19e siècle.

Cela s’explique par le fait que cette forme d’art pieux, qu’il ait des traits chinois ou non, a été strictement interdit durant la Révolution culturelle et n’a pu prendre place que dans le coeur de beaucoup de chrétiens chinois. Et il convient de ne pas oublier non plus que la plus grande partie de cet art a été importée par les missionnaires en Chine.

Indication aux rédactions: des photos peuvent être commandées à l’Apic: kipa@kipa-apic.ch

(apic/job/bb)

13 janvier 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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