Chine: Lettre d’un évêque chinois «clandestins» à ses pairs dans l’épiscopat
Plaidoyer pour la réconciliation et l’unité dans l’Eglise de Chine
Pékin, 17 septembre 2003 (Apic) Un évêque «clandestin» appelle ses pairs dans l’épiscopat à la réconciliation des deux parties de l’Eglise catholique de Chine, indique «Eglises d’Asie», l’agence des Missions étrangères de Paris.
Dans une «Lettre à mes amis» datée du mois de juillet dernier, Mgr Joseph Han Zhihai, évêque «clandestin» de Lanzhou, diocèse catholique situé dans la province du Gansu, a exprimé en termes très clairs son désir de voir les deux parties de l’Eglise catholique en Chine, «clandestine» et «officielle» – proche du pouvoir -, enfin unies.
Le jeune évêque, âgé de 39 ans, estime qu’il est temps pour les catholiques chinois de répondre aux efforts du pape Jean Paul II qui, depuis vingt ans, appelle à l’unité de l’Eglise de Chine. Il demande à ses pairs dans l’épiscopat de «libérer les catholiques chinois de l’ambiguïté créée par la situation de division» qui est celle de l’Eglise de Chine aujourd’hui.
La lettre de Mgr Han, envoyée à un certain nombre d’évêques «clandestins» et «officiels», a été rendue publique lors d’un colloque organisé à l’Université de Louvain, en Belgique, du 1er au 4 septembre dernier. Mgr Han n’était pas présent à ce colloque qui a rassemblé une centaine de participants, «partenaires de la mission en Chine», venus principalement d’Europe et d’Asie.
Dommageable
Pour Mgr Han, l’Eglise en Chine souffre d’être divisée comme elle l’est depuis presque cinquante ans. Il rappelle que les catholiques qui ont accepté le contrôle du régime communiste sur leurs activités ont pu organiser au grand jour le culte catholique tandis que les autres ont préféré la communion avec le pape et sont entrés dans la clandestinité. Pour les clandestins, le harcèlement, voire la persécution, des autorités ont été constants jusqu’à ce jour.
Soulignant que la principale cause de division a toujours été la question de la nomination des évêques pour laquelle ni le Saint-Siège, ni Pékin n’acceptent d’ingérence de la part de l’autre, il remarque que la situation des uns et des autres n’est désormais plus tenable parce qu’elle est devenue ambiguë. Cette ambiguïté est née du fait que la plupart des évêques «officiels», approuvés donc par les autorités chinoises, ont été légitimés et reconnus en tant que tels par le pape. «Ils se trouvent donc en communion avec l’Eglise universelle. Ensemble avec les évêques non officiels, les évêques légitimes forment de loin la grande majorité des évêques chinois».
L’évêque de Lanzhou estime qu’il «est très dommageable pour notre Eglise de demeurer divisée en communautés ’officielles’ et ’non officielles’». Pour remédier à cette situation, Mgr Han écrit: «je ressens l’obligation de lancer cet appel à mes frères dans l’épiscopat : libérons les catholiques chinois de la situation ambiguë née de la division!»
L’eucharistie: lieu commun pour surmonter la division
Mgr Han considère enfin que l’eucharistie est le lieu commun où la division de l’Eglise pourra être surmontée. Il appelle en outre le clergé des deux parties de l’Eglise à poser des gestes concrets d’unité, et cite à ce propos les canaux informels de communication que certains membres du clergé ont établi dans son diocèse entre les deux communautés. Il met en avant le fait que, dans le diocèse voisin de Tianshui, des prêtres issus des deux communautés célèbrent désormais ensemble l’eucharistie.
Selon les observateurs, cette lettre, présentée au colloque de Louvain par le P. Jeroom Heyndrickx, directeur de la Fondation Verbiest, constitue un élément nouveau intéressant dans la mesure où un évêque chinois prend l’initiative d’appeler à l’unité à un moment où le dossier des relations sino-vaticanes paraît être dans une impasse.
«Impressionné»
Le cardinal Danneels, archevêque de Bruxelles, intervenant pour conclure le colloque, s’est pour sa part dit «véritablement impressionné» par la lettre de Mgr Han. Il a estimé que l’appel à l’unité de l’évêque chinois dépassait le cadre de la seule Eglise de Chine et pouvait être entendu par l’Eglise universelle.
Mgr Han a été ordonné prêtre en 1994 et a reçu l’ordination épiscopale en janvier 2003 des mains de Mgr Paul Xie Tingzhe, évêque du diocèse de Xinjiang. Mgr Han est le successeur de Mgr Philip Yang Libai, ordonné évêque de Lanzhou dans la clandestinité en 1981 et décédé en 1998. (apic/zn/eda/pr)



