Séduire l’opinion mondiale pour obtenir l’organisation des jeux Olympiques?

Chine: signes discrets de rapprochement entre Pékin et le Vatican (230893)

Pékin, 23août(APIC) Les relations diplomatiques entre Pékin et le Vatican

pourraient être rétablies très prochainement si l’on en croit des rumeurs

qui paraissent ces jours dans la presse de langue chinoise de Hongkong. Un

certain nombre de signes semblent corroborer cette possibilité. Néanmoins

des divergences très importantes subsistent. Le moment de l’annonce de ce

rapprochement n’est peut-être pas totalement innocent. Certains y voient un

atout de plus de Pékin dans son effort de séduction pour obtenir l’organisation des Jeux Olympiques en l’an 2’000.

Des rumeurs de négociations entre la Chine et le Vatican font régulièrement surface dans la presse de Honkong, mais c’est la première fois qu’un

calendrier précis pour le rétablissement des liens est mentionné. Par ailleurs la source citée par le «Hongkong Economic Daily» est généralement

bien informée et on peut légitimement penser que c’est le gouvernement chinois, au plus haut niveau, qui a décidé de laisser filtrer cette information ou de permettre à la rumeur de prendre corps.

Améliorer l’image internationale de la Chine

L’intérêt de Pékin est évident: le gouvernement chinois pourrait ainsi

améliorer son image internationale en ce qui concerne les droits de l’homme, et augmenterait ses chances de se voir confier l’organisation des Jeux

Olympiques de l’an 2’000. Cette dernière décision doit être prise le 23

septembre par le Comité olympique international. On comprend mieux ainsi la

mention de «l’automne» pour une éventuelle normalisation des liens avec le

Vatican. «Comment ne pas craindre, affirme l’agence de presse «Eglises

d’Asie», que la diffusion discrète de cette nouvelle par Pékin – qu’elle

soit vraie ou fausse – n’ait d’autre but en fin de compte que de séduire

l’opinion mondiale dans l’espoir d’obtenir l’organisation des Jeux?»

Les spéculations concernant cet éventuel rapprochement ont commencé le

19 juin 1993 au moment du voyage de Jean Paul II à Macerata, en Italie,

lieu de naissance de Matteo Ricci (1552-1610), célébre missionnaire jésuite

en Chine. Le pape en avait profité pour exprimer «son désir profond de se

rendre en Chine» et son espoir qu’il n’aurait pas à attendre trop longtemps

pour accomplir son souhait.

Négociations secrètes?

Le 5 juillet, le «Hongkong Economic Daily» révélait que le jour même où

le pape faisait sa déclaration, un haut fonctionnaire du gouvernement chinois avait invité un haut dignitaire du Vatican à se rendre en Chine pour y

rencontrer les catholiques. De manière plus significative, l’article du

journal de Hongkong estimait que le Vatican et le gouvernement chinois

étaient engagés dans des négociations secrètes destinées à normaliser leurs

relations.

Citant une source bien placée dans les milieux du ministère des Affaires

étrangères de Pékin, le journal de Hongkong rapporte que c’est le Vatican

qui avait initié le dialogue commencé au début des années 80. Ce dialogue

fut interrompu après les événements de Tiananmen en 1989. Selon la même

source, le secrétaire général du Parti communiste, Jiang Zemin, et le ministre des Affaires étrangères, Qian Qichen, seraient favorables à une reconnaissance du Vatican et des relations pourraient être rétablies dès cet automne.

Conditions maintenues

Le 19 août le gouvernement chinois a fait savoir officiellement qu’il

était prêt à améliorer ses relations avec le Vatican. On note cependant que

le communiqué qui fait état de cette volonté chinoise ne comporte aucune

concession par rapport aux conditions exigées du Vatican: rupture des relations diplomatiques avec Taiwan et autonomie de l’Eglise catholique chinoise.

Quant au Saint-Siège, un rétablissement des liens avec Pékin permettrait

sans doute de travailler plus efficacement à unifier l’Eglise de Chine aujourd’hui profondément divisée entre «clandestins» fidèles au pape et «officiels» partisans de l’autonomie. Mais les problèmes qui se posent à

l’Eglise sont tellement nombreux qu’on peut raisonnablement être sceptique

en tous cas sur la possibilité de solutions rapides. De ce point de vue, il

est possible finalement que le Vatican soit moins pressé par le temps que

ne l’est Pékin.

Au lendemain de cette annonce du gouvernement chinois, le 20 août, un

communiqué de la salle de presse du Vatican affirmait que le pape «prenait

acte avec satisfaction de la volonté manifestée par les autorités de Pékin

de normaliser leurs relations avec le Saint-Siège». (apic/eda/ba)

23 août 1993 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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