Suisse: Le pasteur Stückelberger et Futur CH surfent sur les tendances islamophobes
Christian Solidarity International CSI se distancie de son fondateur
Winterthur, 3 décembre 2014 (Apic) Le pasteur Hansjürg Stückelberger et sa fondation «Futur CH», basée à Winterthur, surfent sur les tendances islamophobes, entend-on du côté de Christian Solidarity International (CSI). Cette organisation chrétienne de défense des droits de l’homme et de la liberté de religion, fondée en 1977 par le pasteur Stückelberger, dénonce avec vigueur les exactions des jihadistes en Irak et en Syrie, mais refuse d’emboucher les trompettes alarmistes du pasteur évangélique zurichois sur l’islamisation rampante des pays européens.
Hansjürg Stückelberger, qui a quitté les rênes de CSI en 2006 et n’est plus dans son conseil d’administration, milite notamment contre la reconnaissance officielle des communautés religieuses musulmanes en Suisse. Dans le dernier numéro du magazine de promotion de «Futur CH», le pasteur évangélique, arguant des crimes commis par l’organisation terroriste «Etat islamique» (EI) et du recrutement dans ses rangs de jeunes Occidentaux, espère dans son éditorial que les gens vont «ouvrir les yeux» sur la nature de l’islam. Et de mettre en garde contre l’aspiration des musulmans, à l’heure actuelle un peu partout en Suisse (par ex. dans les cantons de Bâle, Lucerne et Vaud), de faire reconnaître officiellement leur communauté religieuse, au même titre que les Eglises chrétiennes.
Contre la reconnaissance officielle des communautés religieuses musulmanes
«Beaucoup pensent que cela permettrait aux musulmans de mieux s’intégrer en Suisse», écrit-il, «mais la radicalisation de jeunes musulmans, qui sont nés et ont grandi en Occident, prouve malheureusement le contraire (…) On ne peut invoquer la liberté de religion s’il s’ensuit à long terme une suppression de cette liberté».
«Nous sommes profondément inquiets, la population musulmane a considérablement augmenté au cours de ces dernières années. Mais qui nous garantit que nous n’assisterons pas à une radicalisation de cette communauté d’ici 30 ou 50 ans ? (…) Trop de médias, de responsables politiques et même de représentants d’Eglises passent sous silence les penchants totalitaires de l’islam et trahissent ainsi les valeurs qui font la force de notre pays», écrit-il dans la lettre d’accompagnement de son magazine.
Des représentants d’Eglises silencieux face aux «penchants totalitaires de l’islam»
Pour le pasteur évangélique, la faiblesse de l’Occident vient du fait qu’il a oublié ce que le christianisme a apporté à la Suisse: «La preuve est que bon nombre de personnes prônent la dissolution du mariage et de la famille au travers de l’introduction de l’idéologie du genre. Cette idéologie, qui doit être imposée à long terme dans les institutions de l’Etat, les écoles, les universités et la société toute entière, nie les différences naturelles et complémentaires entre l’homme et la femme (…) Une telle idéologie menace notre société, car elle détruit ses principaux piliers: des mariages sains et des familles saines».
Distribué en Suisse romande à 24’000 exemplaires, le magazine n’a pour le moment qu’un millier de lecteurs intéressés dans cette région du pays, contre 8’000 en Suisse alémanique. Les sympathisants de «Futur CH» se recrutent en bonne partie dans les milieux de la droite conservatrice. Interrogées par l’Apic, plusieurs sources au siège de CSI, à Binz, près de Zurich, et à la représentation pour la Suisse romande de CSI-Suisse, à Liebefeld, près de Berne, se distancient clairement du discours de «Futur CH». Il est qualifié d’incompatible avec le message de CSI.
«Des donateurs de CSI ont cessé leurs versements, nous ont envoyé des lettres, écrit des courriels, disant qu’ils ne pouvaient plus suivre la ligne du fondateur», confirme Ayivi Amakoué, comptable de l’œuvre d’entraide. Laurent Schlatter, responsable de la représentation Suisse romande de CSI-Suisse, abonde: «Il ne faut pas amalgamer musulmans et islamistes extrémistes! «
«Contre l’introduction de la charia»
Du côté de «Futur CH», une fondation qui prend position «contre l’introduction insidieuse de la charia» en Suisse et en faveur d’une «revalorisation de la famille en tant que pilier de la société», son chargé d’information Dominik Lusser affirme n’avoir rien contre les musulmans en tant que tels. Il refuse que «Futur CH» puisse être qualifié d’islamophobe. Son organisation dispose du concours de spécialistes de l’islam. «On ne fait que donner une information objective sur cette religion. Il ne faut pas parler d’un islam tel qu’on le souhaiterait, mais de la réalité de ce qui est écrit dans le Coran et dans la Sunna. Si beaucoup de musulmans sont pacifiques et veulent vivre en paix, il faut cependant connaître l’islam tel qu’il est et ne pas se faire d’illusion sur son potentiel de violence».
«A CSI, on se désolidarise de la ligne de ‘Futur CH’, et si notre organisation se concentre en priorité sur l’aide aux victimes chrétiennes, nous sommes aussi engagés en faveur des Ahmadis, une minorité religieuse du Pakistan, des chiites pakistanais, des Yézidis en Irak, sans parler des Baha’is en Iran ou des musulmanes en Inde…», insiste Laurent Schlatter. «Nous militons pour les droits de toutes les victimes de persécutions religieuses». (apic/be)



