Claude-Inga Barbey a raconté, à Delémont, "ce qu'elle croit" (Photo: Pascal Tissier/SIC)
Suisse

Claude-Inga Barbey: «Je suis en paix, je n’ai pas peur de la mort»

La comédienne et humoriste genevoise Claude-Inga Barbey est décédée le 3 janvier 2026 à l’âge de 64 ans des suites d’un cancer. «Je suis en paix, je n’ai pas peur de la mort, je l’ai acceptée.» avait-elle témoigné il y a quelques semaines.

Se sachant condamnée, Claude Inga Barbey avait livré une interview au journal 24h  ou elle revient sur sa vie et sa carrière. Interrogée sur sa foi chrétienne, la comédienne répond avec son humour un peu grinçant: «Vu la gueule du monde, Dieu pourrait faire un effort. Mais oui, ça m’aide, j’ai eu la preuve qu’il me fallait en ce qui concerne son existence il y a déjà longtemps.» 

«Je suis en paix, je n’ai pas peur de la mort, je l’ai acceptée. (…)  J’espère pouvoir suivre tous mes enfants depuis là où je serai, qui sait? Et je leur ai dit à tous: pensez à moi en regardant la nature, en voyant les fleurs naître au printemps, en sentant les odeurs du mois de mars, en entendant les oiseaux chanter.», poursuit-elle.

Une conversion inattendue

Claude-Inga Barbey ne faisait pas mystère de sa conversion qui l’avait conduite au baptême. Elle en avait en particulier témoigné en 2016 au Centre Saint-François à Delémont. Elle était revenue sur l’une des périodes les plus difficiles de sa vie, lorsque le père de ses quatre enfants est parti… «ça devait être en 2010, j’ai plongé dans un grand désarroi et je n’étais vraiment pas bien… J’avais acheté une maison pas loin de chez sa mère en pensant qu’il allait revenir… j’y croyais. Mais il n’est jamais revenu… évidemment ».

«Un truc s’est déroulé dans ma chambre à coucher»

Issue d’une famille athée, la comédienne, a toujours vécu éloignée de la religion, jusqu’au jour elle a eu une vision chez elle, un phénomène extraordinaire qui a bouleversé le cours de sa vie: « un truc de fou qui s’est déroulé dans ma chambre à coucher. Je me suis réveillée au beau milieu de la nuit et là, entre la cheminée et la fenêtre, il y avait une silhouette… un mec avec qui je pouvais parler sans ouvrir la bouche, mentalement… par télépathie. Je me suis dit que j’étais en train de virer cinglée. Je me suis levée, je suis descendue aux toilettes, boire un verre d’eau et fumer une cigarette et, quand je suis revenue dans ma chambre, ce type était toujours là. Il m’a dit que je ne devais pas douter de lui, qu’il allait me protéger. Je me suis rendormie et, le lendemain, alors que je regardais par la fenêtre le tilleul qui faisait de l’ombre sur un temple, j’ai senti un truc en moi, comme de l’eau chaude qui descendait dans mon corps ».

«J’ai vraiment pensé que je devenais folle»

« J’ai vraiment pensé que je devenais folle. Je me suis rassurée en me disant que c’était probablement un signe. C’est que Dieu est un dramaturge extraordinaire! » Troublée par cet événement, l’humoriste s’est persuadée qu’elle devait se faire baptiser et, quand on lui demande pourquoi elle est allée chez les catholiques, sa réponse fait à nouveau rire: « De chez moi, l’église était plus près que le temple ». Pendant deux ans elle fait son catéchuménat en participant à des séances hebdomadaires de caté jusqu’au baptême: «C’était chiant, mais je l’ai fait! »

Une image enfantine du paradis

« Chaque jour est une vie. J’ai une confiance absolue en la vie et je n’ai pas peur de mourir! J’espère juste ne pas avoir à subir la mort de l’un de mes enfants. Je ne le supporterais pas! ». «je me fais une image très enfantine du paradis: je me vois courir dans un champ de fleurs au bord de l’océan et retrouver plein de gens », expliquait-elle.

Un pardon autodidacte

Au gré des échanges avec le public, Claude-Inga Barbey confie qu’elle « aimerait savoir pardonner », mais que c’est une notion qu’elle ne maîtrise pas. Les premières années de sa vie n’ont rien de comique: née à Genève en 1961, abandonnée par ses parents, elle est finalement adoptée. «Toute mon enfance, j’ai pensé que ma mère allait venir me chercher… en vain. Un jour je l’ai croisée dans la rue, il y a longtemps que j’attendais ce moment: « Bonjour maman ». Elle m’a répondu « Bonjour Madame » et a continué son chemin.

Quelques années plus tard, mes demi-frères et sœurs m’ont contactée pour me signaler que ma mère était hospitalisée et qu’elle allait probablement mourir. «Je suis allée la voir, elle était intubée par tous les trous: j’aurais pu hurler ma peine d’avoir été abandonnée, j’aurais pu lui cracher dessus. Au lieu de cela, je suis retournée la voir tous les jours, je la coiffais, je m’occupais de ses pieds, je la promenais. Je n’ai pas eu à lui pardonner. Ça s’est imposé tacitement… comme si elle m’avait offert ce pardon. C’était un pardon autodidacte. J’ai juste saisi l’occasion… c’est aussi ça la foi!» (cath.ch/arch/mp)

Claude-Inga Barbey a raconté, à Delémont, «ce qu'elle croit»
8 janvier 2026 | 11:37
par Maurice Page
Temps de lecture : env. 3  min.
Claude-Inga Barbey (2), Décès (286), humour (14), pardon (71)
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