Pour un dialogue juifs – chrétiens qui n’occulte pas les différences

Cologne: Benoît XVI, deuxième pape à visiter une synagogue

Antoine-Marie Izoard, agence I.Media

Cologne, 19 août 2005 (Apic) Deuxième pape de l’histoire à entrer dans un lieu de culte juif, Benoît XVI a encouragé un dialogue judéo-chrétien qui ne passe pas sous silence les différences entre les deux religions, lors de sa visite à la synagogue de Cologne, le 19 août 2005. Le pape allemand a appelé au «respect mutuel» et à l’amour entre juifs et chrétiens pour l’amélioration de leurs relations, a évoqué le «crime inouï» de la Shoah et demandé que «jamais plus les forces du mal n’arrivent au pouvoir».

C’est par une salutation en hébreu que Benoît XVI a entamé son intervention dans la synagogue de Cologne : «Schalom lêchém»; avant d’affirmer qu’il s’agissait de son «profond désir» (.) de rencontrer la communauté juive de Cologne et les représentants du judaïsme allemand. «Je veux aussi confirmer mon désir de poursuivre le chemin en vue d’une amélioration des relations et de l’amitié avec le peuple juif, chemin sur lequel le pape Jean Paul II a fait des pas décisifs», a-t-il encore expliqué.

Au cours de son allocution, le pape a ensuite encouragé «un dialogue sincère et confiant entre juifs et chrétiens», ajoutant que «c’est seulement ainsi qu’il sera possible de parvenir à une interprétation commune des questions historiques encore discutées et, surtout, de faire des pas en avant dans l’évaluation, du point de vue théologique, du rapport entre judaïsme et christianisme». «Ce dialogue, a expliqué le pape, s’il veut être sincère, ne doit pas passer sous silence les différences existantes ou les minimiser: précisément dans ce qui nous distingue les uns des autres à cause de notre intime conviction de foi, et en raison même de cela, nous devons nous nous respecter mutuellement».

Après avoir souligné les «nouvelles perspectives» ouvertes par la déclaration conciliaire Nostra aetate de 1965, qui rappelle les «racines communes et le très riche patrimoine spirituel que partagent juifs et chrétiens», Benoît XVI a noté qu’elle a aussi déploré «les haines, les persécutions, les manifestations d’antisémitisme dirigées contre les juifs, quels que soient leur époque et leurs auteurs». Une déclaration, a affirmé le pape, qui «parle aussi avec grande estime des musulmans et des personnes qui appartiennent aux autres religions». Ainsi, a-t-il soutenu, «devant Dieu, tous les hommes ont la même valeur et la même dignité, quels que soient le peuple, la culture ou la religion auxquels ils appartiennent».

Des signes d’antisémitisme surgissent à nouveau

«L’Eglise est consciente de son devoir de transmettre, dans la catéchèse comme dans tous les aspects de sa vie, cette doctrine aux nouvelles générations qui n’ont pas été témoins des événements terribles survenus avant et durant la seconde guerre mondiale», a encore déclaré le souverain pontife. Et d’ajouter que «c’est un devoir d’importance particulière dans la mesure où aujourd’hui, malheureusement, émergent de nouveau des signes d’antisémitisme et où se manifestent diverses formes d’hostilité généralisée envers les étrangers».

Devant la communauté juive de Cologne, Benoît XVI a rappelé l’histoire «complexe et souvent douloureuse» des relations judéo- chrétiennes. Puis, il a évoqué le «temps le plus sombre de l’histoire allemande et européenne» où, au 20e siècle, «une folle idéologie raciste, de conception néo-païenne, fut à l’origine de la tentative, projetée et systématiquement mise en oeuvre par le régime, d’exterminer le judaïsme européen». Le pape a alors qualifié la Shoah de «crime inouï».

Benoît XVI a ensuite rappelé que l’année 2005 marque le 60e anniversaire de la libération des camps de concentration nazis, «où des millions de juifs – hommes, femmes et enfants – ont été tués dans les chambres à gaz et brûlés dans les fours crématoires». «Je fais miennes, a-t- il dit, les paroles écrites par mon vénéré prédécesseur à l’occasion du 60e anniversaire de la libération d’Auschwitz et je dis moi aussi: ’Je m’incline devant tous ceux qui ont eu à subir cette manifestation du mysterium iniquitatis’».

Les dix commandements, pour le chemin d’une vie réussie

Le riche patrimoine commun et les relations fraternelles, a insisté encore le pape, doit inciter juifs et chrétiens à «donner ensemble un témoignage encore plus unanime, collaborant sur le plan pratique pour la défense et la promotion des droits de l’homme et du caractère sacré de la vie humaine, pour les valeurs de la famille, pour la justice sociale et pour la paix dans le monde». Dans ce patrimoine commun, Benoît XVI a présenté les dix commandements non comme «un poids» mais comme «la direction donnée sur le chemin d’une vie réussie». «Ils le sont, a-t-il souligné, en particulier pour les jeunes que je rencontre ces jours-ci et qui me tiennent tant à coeur», souhaitant «qu’ils sachent reconnaître dans le Décalogue la lampe de leurs pas, la lumière de leur route».

En conclusion, le souverain pontife a assuré que «les adultes ont la responsabilité de transmettre aux jeunes le flambeau de l’espérance qui a été donnée par Dieu aux juifs comme aux chrétiens, pour que jamais plus les forces du mal n’arrivent au pouvoir». Il a encore souhaité que «les générations futures, avec l’aide de Dieu, puissent construire un monde plus juste et plus pacifique dans lequel tous les hommes aient un droit égal de citoyen». L’intervention de Benoît XVI a été saluée par des applaudissements nourris des centaines de participants debout.

Un shofar en cadeau au pape

Avant le pape, sont intervenus l’un des présidents de la communauté juive de Cologne, Abraham Leher, et le rabbin de la synagogue, Netanel Teitelbaum. Le pape a suivi les interventions des membres de la communauté juive depuis un trône en bois, placé au centre de la synagogue, entre deux grands chandeliers à sept branches. Au cours de la cérémonie, un troisième rabbin a sonné le shofar, un instrument à vent creusé dans une corne de d’antilope ou bélier, faisant partie de la tradition liturgique juive. A son tour, Benoît XVI a offert un exemplaire très précieux d’une Bible conservée à la Bibliothèque vaticane. Arrivé un peu avant 12h à la synagogue, il en est sorti, comme prévu, à 13h, pour rejoindre l’archevêché de Cologne où il devait déjeuner avec une dizaine de jeunes venus des cinq continents et qui participent aux Journées mondiales de la jeunesse.

En visitant la synagogue de Cologne, ce 19 août, Benoît XVI est ainsi le deuxième pape de l’histoire à être entré dans un lieu de culte juif, après la visite historique de Jean Paul II à la synagogue de Rome le 13 avril 1986. C’est la première fois que ce geste était accompli lors d’un déplacement pontifical à l’étranger. Par ailleurs, c’est un pape allemand qui a fait cette démarche, dans son propre pays natal, un pays responsable de la déportation et de l’extermination de millions de juifs. La synagogue de Cologne a été détruite par les nazis en novembre 1938, lors du pogrom de la ’Nuit de cristal’, et reconstruite dans les années 50. (apic/imedia/ami/bb)

19 août 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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