Les questions du ministère consacré et d’éthique sont des priorités

Cologne: Le pape s’engage en faveur du retour à la pleine unité des chrétiens

Ariane Rollier, agence I.Media

Cologne, 21 août 2005 (Apic) Rappelant son engagement en faveur de l’oecuménisme, Benoît XVI a affirmé qu’il attendait «des nouveaux pas concrets de rapprochement» entre les différentes confessions chrétiennes. A cette fin, il a souligné la nécessité que les chrétiens réfléchissent sur les questions du ministère consacré qui les divisent, mais aussi sur leurs prises de position éthiques pour une cohérence de témoignage.

Le pape s’adressait dans la soirée du 19 août à une trentaine de représentants des différentes confessions chrétiennes d’Allemagne, reçus à l’archevêché de Cologne. Il a insisté sur «l’impératif du moment présent de continuer le dialogue oecuménique de façon convaincue». Il a aussi souligné que l’Allemagne, malheureusement caractérisée par «la rupture de l’unité dans la profession de la foi», revêtait «une importance particulière» dans ce dialogue.

«Provenant moi-même d’Allemagne, je connais bien la situation pénible que la rupture de l’unité dans la profession de la foi a comportée pour tant de personnes et tant de familles», a tout d’abord confié Benoît XVI à ses interlocuteurs allemands. Il a souligne que c’était pour «cette raison que, aussitôt après son élection», le 20 avril, il avait manifesté sa «ferme intention de prendre comme une priorité» de son pontificat «le retour a la pleine unité des chrétiens». Il a aussi redit son désir de poursuivre l’oeuvre de ses prédécesseurs Paul VI et Jean-Paul II.

«La fraternité entre les chrétiens n’est pas un vague sentiment et elle ne naît pas non plus d’une forme d’indifférence envers la vérité», a par ailleurs déclaré le pape dans sa longue allocution prononcée dans sa langue natale. «Elle est fondée sur la réalité surnaturelle de l’unique Baptême, qui nous insère dans l’unique corps du Christ», a-t-il expliqué en se référant à l’Evangile. Il a rappelé le credo commun des chrétiens en Jésus Christ, «Dieu et Seigneur» et leur «appartenance commune» à Lui.

Sur ce fondement commun, le dialogue a porté ses fruits», a poursuivi le pape. Il a ainsi cité le «réexamen, souhaité par Jean Paul II durant sa première visite en Allemagne en 1980, des condamnations réciproques et surtout la Déclaration commune sur la doctrine de la justification» signée par l’Eglise catholique et la Fédération Luthérienne Mondiale le 31 octobre 1999 à Augsbourg. Dans les succès de la collaboration oecuménique, le pape a aussi mentionné «les résultats constitués par les diverses prises de position communes sur d’importants sujets tels que les questions fondamentales sur la défense de la vie et sur la promotion de la justice et de la paix».

Le pape attend aussi des pas de rapprochement

Le pape s’est cependant dit «bien conscient que beaucoup de chrétiens de ce pays, et pas seulement de celui-ci, s’attendent à de nouveaux pas concrets de rapprochement». Après quoi, il a ajouté «je les attends moi aussi». «En effet, c’est le commandement du Seigneur, mais aussi l’impératif du moment présent, de continuer le dialogue de manière convaincue», et ce «à tous les niveaux de la vie de l’Eglise», a-t-il insisté. Il a précisé que cela devait «évidemment se réaliser avec sincérité et réalisme, avec patience et persévérance, dans la pleine fidélité aux préceptes de la conscience». Car pour le pape, «il ne peut y avoir un dialogue au prix de la vérité», mais «le dialogue doit se mener dans la charité et dans la vérité».

Si le pape a précisé qu’il n’entendait «pas développer ici un programme pour les thèmes immédiats du dialogue – cela est une tâche des théologiens en collaboration avec les évêques», il a cependant souligné deux points pour le dialogue oecuménique. «Les questions ecclésiologiques, et spécialement du ministère consacré, c’est-à-dire du sacerdoce, sont inséparablement liées à la question du rapport entre Ecriture et Eglise, c’est-à-dire de l’exigence de la juste interprétation de la Parole de Dieu et de son développement dans la vie de l’Eglise», a-t-il poursuivi. L’Eglise catholique et les Communautés protestantes sont entre autres divisées sur la question de la succession apostolique ainsi que du ’ministère’ des laïcs et des femmes.

Des contradictions dans le domaine éthique

«Une priorité urgente dans le dialogue oecuménique est ensuite constituée par les grandes questions éthiques posées par notre temps; dans ce domaine les hommes d’aujourd’hui en recherche s’attendent à juste titre à une réponse commune de la part des chrétiens, qui grâce à Dieu, en de nombreux cas a été trouvée», a poursuivi le pape. «Mais malheureusement pas toujours», a-t-il regretté. «A cause des contradictions dans ce domaine le témoignage évangélique et l’orientation que nous devons aux fidèles et à la société perdent de leur force, prenant souvent des caractéristiques vagues, et ainsi nous manquons à notre devoir de donner à notre temps le témoignage nécessaire», a-t-il fait remarquer. Certaines communautés protestantes ont des positions différentes de l’Eglise catholique, notamment sur des questions comme l’avortement ou l’homosexualité. «Nos divisions sont en contradiction avec la volonté de Jésus et font que nous ne sommes plus crédibles devant les hommes», a insisté le pape.

«Que signifie rétablir l’unité de tous les chrétiens?», s’est alors interrogé le souverain pontife, ajoutant que «l’Eglise catholique a en vue d’atteindre la pleine unité visible des disciples du Christ selon la définition qu’en a donnée le Concile oecuménique Vatican II». Et «selon notre conviction, cette unité subsiste dans l’Eglise catholique sans possibilité d’être perdue». Il a tenu à préciser que cette unité ne signifiait pas pour autant «uniformité de toutes les expressions de la théologie et de la spiritualité, dans les formes liturgiques et dans la discipline».

«Une condition nécessaire pour que cette coexistence se réalise est que l’engagement pour l’unité se purifie et se renouvelle continuellement, croisse et mûrisse», a poursuivi le pape. «Le dialogue peut apporter sa contribution à cet objectif», a-t-il argumenté, précisant qu’il est «plus qu’un échange de pensées: il est un échange de dons, dans lequel les Eglises et les communautés ecclésiales peuvent mettre leurs trésors à la disposition des uns des autres». Il a à nouveau insisté sur le fait «qu’un tel dialogue ne peut en définitive se développer que dans un contexte de spiritualité sincère et cohérente».

Obtenir l’unité comme un don de l’Esprit

«Nous ne pouvons pas ’faire’ l’unité de nos seules forces. Nous pouvons seulement l’obtenir comme un don de l’Esprit saint», a encore affirmé le pape. Il a mis en valeur «l’oecuménisme spirituel», soit «la prière, la conversion et la sanctification de la vie», qui «constituent le coeur du mouvement oecuménique». «On pourrait dire aussi: la meilleure forme d’oecuménisme consiste en une vie selon l’Evangile».

Le pape a conclu sur une note optimiste, en affirmant «qu’aujourd’hui se développe une sorte de ’réseau’ de liens spirituels entre catholiques et chrétiens des diverses Eglises et Communautés ecclésiales». «Chacun s’engage dans la prière, dans la révision de sa vie, dans la purification de la mémoire, dans l’ouverture de la charité». «Je vous invite tous, avec moi, a parcourir cette route» de l’oecuménisme, a finalement lancé le pape.

Avant que Benoît XVI ne lise son discours, lors de la rencontre, le cardinal Karl Lehmann, président de la Conférence épiscopale allemande et l’évêque luthérien de Berlin, Wolfgang Huber, lui ont chacun adressé un mot de salut.

A l’issue de la rencontre a laquelle les journalistes n’ont pu participer, une conférence de presse était donnée devant l’archevêché par les participants a la rencontre qui en ont donne un écho positif. (apic/imedia/ar/bb)

21 août 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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