Benoît XVI vendredi à la synagogue de Cologne

Cologne: Les grandes étapes du dialogue de l’Eglise avec les juifs

Rome, 12 août 2005 (Apic) Deuxième pape de l’histoire à entrer dans un lieu de culte juif, Benoît XVI visitera, vendredi 19 août à 12h, la synagogue de Cologne, marquant ainsi sa volonté de marcher dans les pas de ses derniers prédécesseurs dans le dialogue avec le peuple hébreu. Un réel début de rapprochement entre le christianisme et le judaïsme, dont les relations chaotiques remontent à la naissance du Christ il y a 2000 ans, n’a eu lieu qu’à la moitié du XXe siècle.

Succédant au controversé pape Pie XII (1939-1958), le pape de la seconde guerre mondiale, Jean XXIII (1958-1963), décida au mois de mars 1958, quelques semaines seulement après son élection, de retirer de la liturgie du Vendredi Saint toutes les paroles «offensant» le peuple juif.

Le 17 octobre 1960, il reçut en audience une délégation de 130 dirigeants juifs américains venus à Rome pour le remercier d’avoir sauvé près de 24’000 juifs de la persécution nazie durant la seconde guerre mondiale, alors qu’il était délégué apostolique en Turquie. C’était alors la première fois que des juifs se rendaient chez le pape.

L’historien français Jules Isaac

Quelques jours plus tôt, il avait accueilli au Vatican l’historien français Jules Isaac à qui il avait affirmé : «vous avez droit à plus que l’espérance». Répondant par ailleurs à la demande de l’historien de créer une commission pour étudier les problèmes existant entre juifs et catholiques, Jean XXIII déclarait : «j’y pense depuis le début de notre rencontre». Le Secrétariat pour les relations avec les non-catholiques était créé le 5 juin 1960.

La visite de Paul VI à Jérusalem

La visite de Paul VI (1963-1978) à Jérusalem, en janvier 1964, fut pour sa part plus marquée par sa rencontre avec le patriarche orthodoxe grec Athénagoras que par son attention au peuple juif. Durant son pontificat, l’ouverture la plus importante envers les juifs fut la déclaration conciliaire Nostra Aetate du 28 octobre 1965.

Dans ce document du Concile Vatican II, l’Eglise a reconnu le «lien qui unit spirituellement» chrétiens et juifs, ainsi que le «grand patrimoine spirituel, commun aux uns et aux autres». Les juifs n’y sont plus qualifiés de ’déicides’, mais considérés comme les «frères aînés» des catholiques.

En 1967, Paul VI institua, dans le cadre du Secrétariat pour l’unité des chrétiens, une commission chargée des rapports avec les juifs. Depuis 1974, elle est appelée «Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme».

La béatification d’Edith Stein mal acceptée

Lors du pontificat de Jean Paul II (1978-2005), plusieurs de ses gestes furent mal compris et définis comme ambigus par la communauté juive. En juin 1979, durant son premier voyage en Pologne, son pays natal, il se rendit à Auschwitz qu’il qualifia de «Golgotha du monde contemporain». Les juifs y virent une récupération chrétienne de la souffrance juive. Une accusation répétée aussi quand, en visite à Cologne (Allemagne), en 1987, il béatifia la carmélite Edith Stein, philosophe allemande d’origine juive, morte en 1942 à Auschwitz. De même lors de sa canonisation en 1999.

Par ailleurs, en 1985, lorsque des carmélites polonaises s’installèrent à l’intérieur des limites du camp d’Auschwitz, dans l’ancien dépôt de gaz qui servait à l’extermination, la polémique reprit de plus belle. Il fallut plusieurs années de négociations pour que le carmel soit transféré dans un autre bâtiment édifié à 500 mètres du camp.

Pourtant, le 13 avril 1986, l’image d’un pape dans une synagogue, à Rome, ouvrit une nouvelle page dans l’histoire de l’Eglise. Jean Paul II avait pénétré dans le vieux quartier juif de Rome, accompagné seulement de quelques collaborateurs. Le pape fut accueilli par le grand rabbin de l’époque, Elio Toaff, qui dirigeait alors une des plus anciennes communautés juives de la diaspora à travers le monde.

La visite à la synagogue de Rome fut suivie, en octobre 1986, d’une journée mondiale de prière pour la paix à Assise, à l’invitation de Jean Paul II, à laquelle participèrent plus de 200 représentants des différentes religions.

Cérémonie de «demande de pardon»

Le 12 mars 2000, au coeur de l’année du grand jubilé, Jean Paul II présida la cérémonie de «demande de pardon» et énuméra les fautes pour lesquelles il souhaitait le repentir de l’ensemble de l’Eglise. Il reprit les termes déjà utilisés dans un document sur la Shoah intitulé Nous nous souvenons, publié par le Saint-Siège en mars 1998, évoquant le «mépris», les «actes d’hostilité» et les «silences» concernant les relations avec le peuple juif.

L’image la plus significative qui restera gravée dans l’histoire du dialogue entre Jean Paul II et les juifs – après sa visite dans la synagogue de Rome -, est sûrement celle de ce pape priant devant le Mur des Lamentations à Jérusalem, le 26 mars 2000.

Après 22 ans de pontificat passés à travers le monde pour proclamer la paix et l’unité, Jean Paul II put enfin réaliser un de ses rêves les plus chers, se rendre en Terre Sainte, malgré sa fatigue et la situation tendue au Proche-Orient. Il y visita aussi Yad Vashem, le mémorial de la Shoah. Dans son testament, Jean Paul II consacra une mention explicite à l’ancien rabbin de Rome. Elio Toaff l’avait accueilli en 1983 dans la synagogue de Rome. (apic/ami/imedia/be)

12 août 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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