Colombie: Amnesty International s’inquiète des «projets» du nouveau président Uribe

Les mesures annoncées menacent d’envenimer le conflit, estime AI

Londres, 7août 2002 (APIC) Amnesty International (AI) exprime son inquiétude à la veille de l’investiture, mercredi 7 août à Bogota, du nouveau président colombien Alvaro Uribe. AI fait part de ses craintes pour les «projets» politico-militaires du nouveau président appelé à succéder à Pastrana. Les pouvoirs que pourraient s’arroger l’armée et Uribe menacent d’envenimer le conflit, et la création d’une milice d’un million d’homme renforcera dangereusement l’action des paramilitaires, estime en substance AI.

Dans une lettre adressée le 7 août à Uribe, AI dénonce le projet de création d’une milice civile d’un million d’»informateurs» et qui ’attribue aux forces armées des pouvoirs arbitraires: autorisation de procéder à des perquisitions et à des arrestations sans autorisation judiciaire. Ces projets constituent, aux yeux d’AI une facilitation de violation des droits de l’homme.

Le nouveau mandat présidentiel débute alors que la situation en matière de droits de l’homme en Colombie va s’aggravant et que des millions de Colombiens souffrent quotidiennement des conséquences de la violence politique et des atteintes aux droits fondamentaux.

Nombre de mesures annoncées par Uribe «menacent réellement d’envenimer le conflit, de limiter la protection dont devraient bénéficier les civils et de renforcer les mécanismes qui permettent aux auteurs d’atteintes aux droits fondamentaux de se soustraire à la justice», dénonce d’ores et déjà l’organisation internationale.

L’idée de créer une milice d’un million de personnes risque d’impliquer davantage encore la population civile dans le conflit et ira dans le sens de la stratégie consistant à faire collaborer organisations paramilitaires et forces armées, estime Amnesty International, qui prend à son propre compte les craintes émises par les organismes de défense des droits de l’homme en Colombie.

Pouvoirs démesurés

L’organisation humanitaire s’inquiète enfin de la proposition du nouveau président d’attribuer aux forces armées des pouvoirs démesurés. Ce qui, relève AI, pourrait permettre de couvrir plus facilement les membres des forces armées (ou des formations paramilitaires qui leur sont alliées) et de favoriser l’impunité.

Le projet de rendre au président la possibilité de déclarer le pays ou une région en état de siège, inquiète également AI. «Le contrôle judiciaire et législatif serait alors supprimé et les autorités pourraient passer outre les garanties internationales relatives aux états d’exception».

La communauté internationale et plusieurs organisations de défense des droits de l’homme ont établi une liste des principales mesures que le gouvernement devait adopter pour sortir de l’actuelle crise. Ces mesures, indiquent AI, figurent dans les recommandations formulées à maintes reprises par les Nations Unies. Elles consistent à mettre un terme à l’impunité dont bénéficient les auteurs d’atteintes aux droits humains, à combattre les formations paramilitaires, à rompre les liens qui unissent ces groupes aux forces de sécurité et à protéger les défenseurs des droits de l’homme et les autres membres vulnérables de la société civile.

Contraire aux recommandations des Nations Unies

Or, s’insurge AI, nombre de mesures annoncées par le nouveau président «semblent contraires à l’esprit de ces recommandation et menacent réellement d’envenimer le conflit qui dure depuis près de 40 ans.

Alvaro Uribe a en effet déclaré que la Colombie avait besoin d’une «main ferme» pour résoudre le conflit, assurer la sécurité et faire face à une violence croissante. Ce dont ce pays a réellement besoin, conclut AI, c’est d’un pouvoir politique fermement résolu à protéger et à garantir les droits de tous. (apic/com/cm/pr)

6 août 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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