Colombie: L’»Industrie» de l’assassinat des syndicalistes a à nouveau frappé

77% d’augmentation des meurtres dans ce pays par rapport à 2007

Bogota, 27 avril 2008 (Apic) La «chasse» aux syndicalistes continue en Colombie. Avec l’assassinat de Jesús Caballero, dirigeant du syndicat «Service national d’apprentissage» (Sena, étatique), dont le corps a été retrouvé lundi avec de flagrantes marques de torture, sur une route de la commune de Sabanalarga, à un millier de kilomètres au nord de Bogotá, le nombre de syndicalistes assassinés depuis le début de l’année se monte désormais à 22.

Selon le principal syndicat colombien, la «Centrale unitaire des travailleurs» (Cut), le syndicaliste assassiné faisait partie des promoteurs de la mobilisation nationale du 6 mars contre les paramilitaires d’extrême droite et pour dénoncer les crimes d’État.

«L’augmentation des meurtres en Colombie par rapport aux premiers mois de 2007 est de 77%. Les menaces dont nous continuons d’être l’objet méritent l’attention de la communauté internationale», a dit Carlos Rodríguez, responsable de la Cut.

Jesús Caballero a été enlevé dans des circonstances encore inconnues le 16 avril dernier. Comme d’habitude, relèvent-on dans les milieux syndicaux en Colombie, le président Uribe tente de noyer le poisson, offrant jusqu’à 52’000 dollars de récompense à quiconque sera à même de fournir des informations utiles pour retrouver les auteurs de ce meurtre. Uribe soutient que ces derniers essaient de «jeter le discrédit sur le pays face au monde entier et d’empêcher l’approbation du Traité de libre échange (Tlc, Ndlr) avec les États-Unis».

Le président colombien est actuellement éclaboussé par le scandale de l’un des membres de sa famille. Accusé de liens avec les «escadrons de la mort» d’extrême droite, l’ex-sénateur Mario Uribe, cousin du président Alvaro Uribe, s’est en effet livré mardi soir au Parquet. Le Costa Rica avait auparavant rejeté sa demande d’asile politique. L’ex-président du parlement s’était réfugié dans l’ambassade costaricaine à Bogotá dès l’annonce de l’ordre d’arrestation donné par la Cour suprême, dans le cadre de l’enquête sur ladite «para-politique».

Selon la Cut, depuis qu’elle a été formée en 1986, 2597 syndicalistes ont été tués en Colombie : des meurtres restés impunis, dans 97% des cas. Dans un bilan dressé fin 2007 par la Confédération syndicale internationale (Csi), le nombre de syndicalistes assassinés entre 2005 et 2006 est passé de 115 à 144, soit une augmentation de 25%.

Dans une interview accordée récemment à l’Apic, César Carrillo, alors membre des travailleurs de l’industrie du pétrole en Colombie, regroupés au sein de l’Union syndicale ouvrière, affirmait que les syndicalistes colombiens étaient devenus des «objectifs militaires» déclarés, au nom des intérêts du gouvernement et des multinationales. Lui aussi avançait le chiffre de 3’000 syndicalistes colombiens massacrés ces 12 dernières années par les agents des forces dites de sécurité ou par les paramilitaires. (apic/misna/pr)

27 avril 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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