Colombie: La libération des otages n’est pas pour demain. Ni pour après-demain
«Uribe n’a pas intérêt à la libération d’Ingrid Betancourt»
Bogota/Paris, 7 avril 2008 (Apic) La libération des otages en mains des Farc n’est pas pour demain en Colombie, estime Adair Lemprea, qui était responsable «logistique» lors de la campagne présidentielle de 2002 d’Ingrid Betancourt, elle-même candidate avant sa détention par les Farc dans la jungle colombienne.
Lemprea, réfugié en France, est l’auteur du livre «Parce qu’ils l’ont trahie». Il avait été séquestré en même temps que la Franco-colombienne, avant d’être relâché le lendemain.
Dans une interview accordée à «La Liberté», Adair Lemprea dit pourquoi la situation est dans l’impasse, après la mort de Raoul Reyes, en territoire équatorien, le seul interlocuteur des Farc qui gênait sans doute le président colombien Uribe. Lequel, assure Lemprea, n’a aucun intérêt à la libération de Betancourt. L’implication de nombreux députés et sénateurs avec les groupes paramilitaires en Colombie ajoute au malaise politique, qui laisse clairement apparaître que l’Etat colombien veut une réponse militaire aux questions humanitaires.
Il y a deux mois, explique Lemprea dans les colonnes de «La Liberté» – et c’était une première depuis 10 ans -, les Farc ont accompli un geste politique en libérant sans condition sept otages. «Et quelle a été la réponse du gouvernement colombien? Il a tué le 1er mars dernier l’interlocuteur des Farc, Raoul Reyes. Après cela, je ne vois pas comment les otages pourraient être libérés dans quelques jours ou quelques semaines».
Les Farc, rappelle Lemprera, exigent au préalable la démilitarisation d’une zone de 800km2, dite de Florida, où l’échange pourrait s’opérer dans des conditions de plus grande sécurité pour elles. Les exigences des Farc n’ont pas varié depuis 10 ans. Or, ajoute l’interlocuteur de «La Liberté», le gouvernement ne veut pas entendre parler de cette démilitarisation. «Il ne connaît qu’un seul langage, celui de la force». En 2003, rappelle-t-il, une intervention armée pour libérer des otages retenus par les Farc s’était conclue par la mort de deux d’entre eux. «Pour moi, cela veut dire que l’Etat colombien joue avec la vie des otages».
Le président de la guerre contre les Farc
Uribe, dit encore Lemprera, a été élu comme le président de la guerre contre les Farc, alors que son prédécesseur, Andrès Pastrana, avait été élu pour faire la paix. Ce dernier avait du reste entamé des négociations avancée pour la démilitarisation du territoire en question. «Uribe, martèle-t-il, n’a pas intérêt à une libération d’Ingrid Betancourt. Elle est la première personne dans l’histoire de la Colombie qui a dénoncé les corrupteurs et les corrompus. Des intérêts politiques plaident selon moi pour le maintien de Betancourt dans la jungle ou sa mort dans la jungle».
Une partie de la solution en Europe?
Selon Lemprera, la mort de Reyes marque sans doute la volonté du pouvoir de montrer à l’opinion publique colombienne qu’il est capable de résultats militaires face à la guérilla. Et d’enchaîner: «Une partie de la solution du problème réside peut-être en Europe, comme l’a préconisé le président vénézuélien Chavez, qui jouit de la confiance des Farc. L’Union européenne, dit-il, devrait envisager de sortir les Farc de la liste des groupes terroristes afin de les classer comme groupe belligérant. L’UE pourrait aussi dire que la Colombie vit un conflit armé ou une guerre civile.
«Le choix des termes a son importance. Je ne dis pas que les Farc ne sont pas des terroristes. Leur manière de tuer montre que ce sont des terroristes». Reste, estime encore Lemprera, qu’un changement d’attitude de l’UE obligerait le président Uribe à conclure un accord humanitaire d’échange de prisonniers. «Or, Uribe ne veut pas de ce changement de classification des Farc. D’où sa venue précipitée en France, en Suisse et en Espagne pour y réaffirmer le caractère terroriste de la guérilla». (apic/lib/am/pr)



