Sévère critique d’un prêtre contre le copinage entre AUC et pouvoir
Colombie: Le para militarisme érigé en politique d’Etat
Bogota, 3 décembre 2004 (Apic) La société civile dénonce le para militarisme en Colombie, adopté comme politique d’Etat par le pouvoir. Selon un prêtre impliqué dans la défense des droits de l’homme, le président Uribe a encore renforcé cet état de fait. Il lance enfin une sévère critique contre processus de paix en cours entre l’exécutif de Bogotá et les Autodéfenses Unies de Colombie (AUC): «On négocie avec des amis, pas avec des ennemis».
«Le problème le plus grave qui afflige la Colombie est le para militarisme, adopté comme politique d’Etat en 1962 et visant l’élimination des sympathisants du communisme et de la société paysanne. Une stratégie que l’actuel président Uribe entend non seulement maintenir, mais renforcer dans le temps» a déclaré Père Javier Giraldo Moreno, jésuite, fondateur de la Commission inter congrégationnelle de Justice et Paix colombienne
Intervenant devant le Parlement Européen dans le débat «Droits de l’Homme en Colombie», le jésuite, qui se bat depuis 30 ans pour défendre les droits humains, pointe le doigt sur le président Alvaro Uribe: «Comme il annoncé il y a deux ans lors de sa campagne électorale, il met tout en oeuvre pour que la société civile collabore avec les forces armées». Le jésuite se réfère au «programme de sécurité démocratique» voulu par Uribe et qui compte le Réseau de coopérants civils et les soldats-paysans, pour renforcer la lutte contre la guérilla.
«Depuis deux ans et demi, plus de 2,5 millions de Colombiens sont devenus collaborateurs de l’armée en échange d’une récompense économique. Le para militarisme exerce de fait encore aujourd’hui le pouvoir politique, économique et social en Colombie et il continue d’avancer avec une extrême violence, surtout dans les zones les plus riches du pays» a ajouté Père Giraldo.
Le bras clandestin de l’Etat
Réfugié politique en Europe depuis 1999 à cause de menaces de mort, le jésuite a critiqué le processus de paix en cours entre l’exécutif de Bogotá et les Autodéfenses Unies de Colombie (AUC). «On négocie avec des amis, pas avec des ennemis. Ces groupes ont toujours constitué le bras clandestin de l’Etat et jusqu’à ce jour, ils n’ont pas respecté le cessez- le-feu» a commenté le prêtre, membre de la Ligue pour la défense des droits et la libération des peuples, et fondateur du Tribunal colombien contre les crimes de lèse humanité.
Le prêtre rappelle en conclusion que la pauvreté en Colombie est passée en 2 ans de 55% à 66%, «à cause de la privatisation de la terre et des services publics et sociaux». Pour Hildebrando Vélez, de «Censat-Amigos de la Tierra», une ONG affiliée à la «Plataforma colombiana de derechos humanos, democracia y desarrollo», «la redistribution des revenus est basée sur une stratégie de la violence» et «le patrimoine naturel est réparti en fonction des intérêts politiques des entreprises européennes et des stratégies économiques américaines».
La moitié des terres colombiennes sont possédées par 1% de Colombiens seulement. (apic/misna/pr)



