90’000 personnes ont abandonné leurs villages
Colombie: Les combats intenses entre paramilitaires font fuir les indigènes
Bogota, 27 avril 2008 (Apic) Les combats intenses des dernières semaines entre les miliciens d’extrême droite des «Aguilas Negras» et des «Los Rastrojos» et la guérilla – qui luttent pour le monopole du trafic de drogue – auraient obligé 90’000 indigènes et Afro-colombiens à abandonner leurs villages dans la région du fleuve San Juan, située dans le département nord-oriental de Chocó, indique le commissaire pour la Paix du gouvernement de Chocó, Luis Enrique Murillo, cité par Misna.
Murillo fait part de sa «forte préoccupation sur la situation de la population civile de la région». Selon lui, des milliers de déplacés ont envahi les agglomérations de Quibdó et Istmina pour chercher refuge chez des proches ou dans des centres d’accueil improvisés aménagés par les organisations non gouvernementales locales et par l’Église colombienne. «Des hommes armés entrent tout à coup dans les villages. Les gens ne se demandent même pas qui ils sont ; terrorisés, ils se mettent à fuir», a raconté Zuria Urrutia, réfugiée à Quibdó.
Selon les enquêteurs, les «Aguilas Negras» sont un groupe formé par d’anciens paramilitaires des Autodéfenses unies de Colombie (Auc) qui ont repris les armes après avoir été démobilisés dans le cadre d’un processus de paix controversé entrepris avec le gouvernement. «Los Rastrojos» sont quant à eux des ex-militaires et tueurs à gages au service du cartel de la drogue de Norte del Valle. Les affrontements contre la guérilla s’étaient intensifiés dès l’automne dernier, suite à la capture de Diego Montoya et le décès, en février au Venezuela, de Wilmer Varela, chef des deux principales factions du cartel de Norte del Valle.
Les affaires dites de «para-politique», autrement dit de paramilitaires, éclabousse depuis plusieurs mois le pouvoir colombien, accusé de liens avec les milices d’extrême-droite. Mario Uribe, cousin du président, a été arrêté mardi. Le président Uribe a révélé mercredi qu’il était lui-même visé par une enquête à la suite d’une dénonciation d’un prévenu l’accusant d’être impliqué dans un massacre de paysans en 1997.
Selon la sénatrice colombienne Piedad Cordoba, qui a joué le rôle de médiatrice entre le gouvernement et la guérilla des Farc, le conflit entre les Farc et Bogota «s’est régionalisé de manière préoccupante». «Beaucoup de paramilitaires colombiens se sont appropriés des régions entières d’Equateur, et certains se sont entraînés en Bolivie, dans la zone de Santa Cruz, pour déstabiliser le gouvernement d’Evo Morales», assure-t-elle dans une déclaration faite qu quotidien madrilène «El Pais», cité par l’Agence France presse. Les pays voisins, assure-t-elle, «commencent à exiger une solution au conflit». «La Colombie, dit-elle, est devenu un voisin embarrassant». (apic/misna/ag/pr)



