Colombie: Les FARC démentent la version du pouvoir: une «vérité» contre une «vérité»

Télégramme du pape après le massacre de Bojayá

Rome/Bogota, 6 mai 2002 (APIC) Le pape Jean Paul II fait part de sa «tristesse» suite à la terrible attaque attribuée aux FARC dans ou aux abords d’une église de Bojayá Choco) en Colombie, dans un télégramme envoyé à l’évêque du lieu, Mgr Fidel Cadavid Marin. L’attaque aurait fait au moins 108 morts parmi les civils, et laissé plus de 100 blessés.

Selon l’Agence missionnaire Misna, les FARC ont lancé jeudi un cylindre rempli de dynamite sur les habitants rassemblés sur la place principale jouxtant l’église, gravement endommagée. Un grand nombre des victimes a été retrouvé sous les décombres du lieu de culte. Pour le moment, 68 cadavres ont été identifiés et 40 autres sont dans des conditions exécrables. Le gouvernement, qui parle d’acte terroriste, accuse formellement les FARC du massacre. La guérilla des Forces révolutionnaires colombiennes dément pour sa part être responsable du massacre de Bojayá.

Dans un communiqué, repris par le quotidien de Bogota «El Espectador», le groupe de guérilla relève que pour le moment, «aucun moyen de communication ni aucune organisation humanitaire n’ont été autorités à entrer dans la zone pour confirmer les faits».

Les FARC et les AUC, les forces paramilitaires qui dominent dans la zone s’affrontent depuis plusieurs jours dans plusieurs villages de la région, la «paramilitarisation» semble devenir une proposition d’Etat, et en particulier dans le Choco, sur la côte Pacifique, à la pointe nord de la Colombie.

Les paramilitaires omniprésents

Le Choco? Qui donc en a entendu parler, de ce Chiapas avant l’heure, où les paramilitaires appuyés par l’armée règnent aujourd’hui en maîtres. Pour préserver les intérêts des grands groupes qui extraient les richesses du sol de la région, l’une des plus riches du pays: or, zinc, platine, cuivre, étain, prospection pétrolière plus au sud. Sans parler du bois de cette forêt tropicale plus humide encore que l’Amazonie, peuplée de 400’000 habitants, (90% de noirs et le reste de métisses et d’indiens) répartis sur un territoire grand comme la Suisse et même un peu plus: 45’000 km2.

Le Choco? La province colombienne du non-avoir, «la del no hay», comme la nomment les descendants des esclaves noirs en raison du manque de tout, y compris et surtout de l’essentiel: la santé, l’éducation, la paix… Mais une province devenue stratégique depuis que de gros groupes financiers se sont mis dans la tête d’y construire un canal qui relierait le Pacifique à l’Atlantique. Pour suppléer – ou concurrencer ? – le canal de Panama, engorgé.

«Travaux de nettoyage»

Les «travaux» ont du reste commencé: dans la seule vallée du Rio Atrato, 30’000 des 38’000 habitants ont été chassés ces deux dernières années par les paramilitaires. Ils sont allés rejoindre les 30’000 à 40’000 réfugiés- déplacés du Choco, aujourd’hui parqués dans de véritables camps de réfugiés. Natifs victimes d’une économie extractive mise en place par des groupes étrangers et nationaux. Déplacés pour donner le champ libre à l’exploitation des richesses naturelles et cédés à un projet mégalo de quelques gros bonnets de la finance soutenus par les narcos-dollars.

Dans la seule ville de Quibdo, plus de 6’000 réfugiés-déplacés sont actuellement parqués dans le Colisée (Stade) de la ville, témoignaient l’an dernier le Père Manuel Garcia. Les «déportations» d’indigènes de la vallée du Rio Atrato ont commencé au premier semestre 1997, expliquait-il. Des centaines d’habitants sont délogés aujourd’hui encore à mesure que les paramilitaires avancent. Ceux-ci ont désormais la main mise sur pratiquement l’ensemble du Département, hormis le terrain encore en main de la guérilla, plutôt présente sur les hauteurs. Selon le prêtre colombien, l’opération «nettoyage» initiée par les milices remonte à novembre 1996. «Une armée de paramilitaires a balayé la zone à partir de Cordoba, sur la côte Atlantique, dans les Caraïbes. Un mois plus tard, des centaines de personnes fuyaient sous les premiers bombardements». Tout cela pour un canal ou plus certainement pour un «pont terrestre interocéanique», le «canal seco» (sec), ainsi populairement surnommé.

A l’époque, les paramilitaires contrôlaient déjà quotidiennement tous les déplacements des indigènes. Les campesinos accourent dans les villages pour y faire leurs achats. Et malheur à qui s’approvisionnerait pour un montant supérieur à 20 dollars. Soit le prix du «coupo», du «ticket» autorisé pour une semaine de vivre par famille.

«On a vu de nombreuses personnes abattues pour deux ou trois livres de riz de plus. Les paras habillés de militaires pour la plupart disent que c’est pour apporter de la nourriture à la guérilla». Ces groupes, fortement armés, s’identifient comme des groupes d’autodéfense, pour une Colombie unie, commentait alors le prêtre, à propos de cette région du Choco.

Pour le président Pastrana, la tuerie de Bojayá est un génocide. «Il ne s’agit nullement d’un affrontement entre les AUC et les FARC». Selon le défenseur du peuple Eduardo Cifuentes, ce massacre est un crime de guerre, une action irrationnelle et barbare, qui fait violence à tous les principes du droit international humanitaire». (apic/imed/mna/pr)

6 mai 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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