Le président Uribe riposte par la répression
Colombie: Les protestations indigènes gagnent de l’ampleur
Cali, 26 octobre 2008 (Apic) Le mouvement de proteste indigéniste en Colombie gagne du terrain. La grogne monte, face à l’attitude du gouvernement Uribe de répondre par le mépris face aux revendications des indigènes du pays. Le président Uribe vient du reste d’admettre publiquement la répression contre les indigènes, qu’il devrait recevoir dimanche à Popayan, conformément à la demande des manifestants.
Deux indigènes ont été tués mardi par la police lors du démarrage d’une marche de milliers d’autochtones vers Cali (sud-ouest de la Colombie), pour réclamer plus de terres, d’autonomie et un dialogue avec le président Alvaro Uribe, aux prises avec une agitation sociale sans précédent depuis 2002.
Bien que l’ayant nié à plusieurs reprises, le président Alvaro Uribe a fini par avouer, dans un message au pays retransmis par les radios et les chaînes de télévision, que la police a ouvert le feu mardi contre un groupe de paysans, métis et indigènes, qui protestaient à Villa Rica, une communauté rurale du département sud-occidental du Cauca. Cela au même moment où débutait une Marche de la Résistance et de la Dignité, organisée par les peuples autochtones de la région pour revendiquer leur accès à la terre et protester contre la violence diffuse à leur encontre.
Entre 10 et 12’000 autochtones étaient partis dans la matinée de ce même mardi d’un autre village à plusieurs dizaines de kilomètres de là, La Maria, où ils s’étaient rassemblés à l’appel de l’Organisation nationale des indigènes de Colombie (Onic). Le groupe parti de La Maria devait rejoindre, mercredi, les autochtones rassemblés à Villarrica.
Le mouvement compte parcourir à pied quelque 120 km pour relier en trois ou quatre jours Cali (500 km au sud-ouest de Bogota) la troisième ville de Colombie. Les indigènes représentent près de 3% de la population colombienne et exigent du gouvernement qu’il leur remette plus de terres et qu’il respecte l’autonomie relative de leurs territoires.
La marche indigène intervient alors que le gouvernement conservateur est aux prises avec une agitation sociale sans précédent par son ampleur depuis l’élection d’Alvaro Uribe en 2002.
Les protestations des indigènes colombiens gagnent de l’ampleur, malgré l’oppression du gouvernement exercée sur eux afin de les faire rentrer dans le rang.
L’Organisation nationale indigène de Colombie (Onic) a du reste rejeté la proposition du président Uribe qui, après avoir réprimé les protestations et les barrages routiers érigés en envoyant policiers et militaires en renfort sous prétexte d’infiltrations de la guérilla au sein des manifestants, envisageait d’acheter des terrains à octroyer aux communautés autochtones.
Double victimes
«1253 indigènes ont été assassinés et 54’000 expulsés de leurs terres ancestrales depuis 2000. 18 communautés natives sont en voie d’extinction, comme les Nukak Maku (dernier peuple nomade colombien, ndlr) dans le Guaviare. Comment se fait-il que le gouvernement ait attendu plus d’un an avant de leur envoyer un médecin ?», s’est interrogé Luis Elevis Andrade, conseiller major de l’Onic, cité par Misna.
Après l’échec d’une tentative de dialogue avec le gouvernement, lundi dernier, les indigènes du Cauca avait convoqué une marche pacifique vers Cali, troisième ville du pays, de même que de nouvelles mobilisations sont prévues à Bogotá et dans d’autres villes colombiennes. L’Onic a par ailleurs annoncé la mise en place d’une campagne internationale destinée à «faire saisir la dimension de nos problèmes».
Dans le cadre de leur mobilisation commencée le 11 octobre dernier, à l’occasion des 516 ans de la découverte des Amériques, lors de la Journée communautaire, 10’000 indigènes Guambianos et Paeces de la région sud-occidentale du Cauca ont participé à la protestation. La journée qui s’est largement étendue, jusqu’à voir la participation d’une grande partie de la population originelle dans 16 départements du pays, a dégénéré en heurts avec la police. Bilan: deux morts et des dizaines de blessés parmi les natifs.
Les peuples autochtones revendiquent non seulement leurs terres ancestrales, que le gouvernement s’est engagé à leur garantir après le massacre du Nilo en 1991 (20 morts dont l’État avait pris la responsabilité devant la Cour interaméricaine des droits de l’homme) par un décret de 1999 ratifié en 2005 par l’administration du président Alvaro Uribe. Les indigènes manifestent en outre contre années d’oubli, de violence, de pauvreté, de famine et de manque d’instruction et d’assistance médicale subies par les peuples natifs de la Colombie, soit 1’350’000 personnes, d’après un recensement réalisé il y a 15 ans.
Les premiers touchés
Les communautés autochtones sont les premières victimes de la sale guerre dans ce pays. Les combats intenses des derniers mois entre les miliciens d’extrême droite des «Aguilas Negras» et des «Los Rastrojos» et la guérilla – qui luttent pour le monopole du trafic de drogue – auraient obligé 90’000 indigènes et Afro-colombiens à abandonner leurs villages dans la région du fleuve San Juan, située dans le département nord-oriental de Chocó, indiquait il y a peu le commissaire pour la Paix du gouvernement de Chocó, Luis Enrique Murillo.
La violence en Colombie provoque en outre toujours plus d’évacués: 300’000 pour la seule année 2007. Un chiffre en augmentation de plus de 38% à cause du conflit, soit 300’000, pour un total de quatre millions de réfugiés internes. De citoyens exilés dans leur propre pays, en raison du conflit armé, mais aussi victimes des intérêts économiques, des multinationales qui n’hésitent pas à chasser les indigènes de leurs terres, afin d’exploiter les richesses naturelles. Avec la bénédiction de l’Etat. (apic/eni/pr)




