Droits de l’homme plus bafoués que jamais
Colombie: Nouvelles arrestations de militaires pour exécutions de civils
Bogota, 23 novembre 2008 (Apic) Quatre officiers, six sous-officiers et trois soldats de l’armée ont été destitués pour le meurtre de 11 jeunes, qu’ils ont ensuite fait passer pour des guérilléros morts aux combats: Il s’agit de la seconde «épuration» en l’espace de quelques jours au sein de l’armée pour l’assassinat de dizaines de civils présentés comme des rebelles.
Fin octobre, l’affaire des «faux positifs», en fait des exécutions extrajudiciaires et des disparitions forcées, a éclaté dans le pays, entraînant à ce jour la démission forcée d’une quarantaine d’officiers. Le terme «positif» est une expression convenue en Colombie pour dire que l’armée a abattu un guérillero. Les «faux positifs» – 530 seulement pour cette année, des milliers depuis l’arrivée au pouvoir du président Alvaro Uribe en 2002 et le lancement de son programme de «Sécurité démocratique» en juin 2002 – sont en fait des civils, de simples paysans, des jeunes des bidonvilles, des leaders de mouvements sociaux, que l’armée veut faire passer pour des guérilleros tués au combat.
Cette épuration au sein de l’armée a notamment abouti à la démission du commandant en chef des forces armées, le général Mario Montoya. Le ministère de la Défense a indiqué pour sa part que les derniers militaires destitués appartenaient à une unité en garnison dans le département septentrional de Sucre.
Les meurtres qui leur sont reprochés ont eu lieu entre décembre 2007 et janvier dernier dans le Nord, dans la région de Córdoba où prolifèrent par ailleurs de nouveaux groupes de combattants d’extrême droite, depuis le désarmement des paramilitaires des Autodéfenses Unies de Colombie (Auc) dans le cadre d’un controversé processus de paix avec le gouvernement.
Quinze policiers en service à Córdoba ont par ailleurs été suspendus de leurs fonctions sous l’accusation d’avoir formé une alliance avec une organisation criminelle rattachée au trafic de drogue et responsable du meurtre de cinq ex-paramilitaires début novembre.
Le Parquet colombien enquête actuellement sur 700 assassinats au moins attribués aux forces de sécurité nationales. Le président Uribe fait actuellement l’objet de vives critiques de la part des ONG colombiennes et internationales, y compris d’Amnesty International. Uribe est accusé de manipuler les chiffres et les informations sur les droits de l’homme et les exactions de l’armée et des paramilitaires colombiens.
Deux semaines avant ces nouvelles destitution au sein des forces armées, le parquet de l’Unité nationale des droits humains de Villavicencio, dans le centre-est de Colombie, avait ordonné l’arrestation de six militaires du commando anti-enlèvement de l’armée, accusés d’avoir assassiné deux civils, puis de les avoir fait passer pour des guérilleros morts au combat.
Du travail pour les enquêteurs
Il s’agissait du dernier épisode en date d’une longue série de cas analogues baptisés en Colombie «faux positifs», termes utilisés par les forces armées pour les rebelles tués lors d’opération militaire.
Les enquêteurs sont au travail depuis plusieurs semaines, analysant les corps d’au moins 23 jeunes tués dans des circonstances obscures en début d’année à leur domicile à Soacha, un faubourg pauvre de la capitale Bogotá, dont les noms sont apparus plusieurs mois plus tard sur les listes de victimes des combats rédigées par l’armée. D’après leurs familles, avant de perdre leurs traces, les jeunes disparus avaient été engagés pour travailler dans des exploitations agricoles dans le nord du pays. (apic/misna/pr)



