La foule des pauvres continue d’être méprisée
Colombie-Pérou: une religieuse témoigne
Namur, 8 mars 1998 (APIC) En Colombie et au Pérou, la foule des pauvres continue d’être tenue pour quantité négligeable. Le périodique mensuel «Communications», du diocèse de Namur, livre dans son numéro de mars les impressions d’une religieuse qui connaît bien l’Amérique latine. Alors que les combats entre la guérilla et l’armée en Colombie – où l’on vote en ce dimanche – laissent chaque jour son nouveau lot de morts, elle témoigne d’une violence intolérable.
Participant à une journée d’information et de réflexion pour les responsables des communautés religieuses, «Communications» a entendu le témoignage de religieuses qui travaillent dans des endroits où la violence est très forte.
«On est en train de vider de ses habitants, par la force, toute la région proche de la frontière avec le Panama. Les groupes paramilitaires, la guérilla et l’armée ont fait de cette région leur champ de bataille. Ils forcent les familles paysannes à quitter leurs terres en 24 heures. Ceux qui osent résister sont tués et leurs villages brûlés. Des dizaines de familles sont ainsi obligées de tout abandonner. Selon les organismes de défense des droits de l’homme, quatre familles par jour vivent l’exode le plus cruel de ces dernières années».
Les violents respectent les religieuses
Les causes? Il paraît qu’on veut transformer la région en grands prés pour y élever du bétail. L’explication la plus proche de la vérité, selon la religieuse, est le projet de construction du grand canal qui doit remplacer le Canal de Panama, qui ne répond plus aux exigences du commerce mondial. «L’avenir dira la vérité, dit-elle, mais ce qui est vrai aujourd’hui, c’est qu’une fois de plus ce sont les pauvres qui doivent laisser la place pour que les projets des puissants se réalisent».
Ce qui rend la situation plus dramatique, c’est que tout se passe en toute impunité: «Il y a un manque total de volonté politique pour faire la lumière sur les auteurs des crimes et pour résoudre les problèmes du peuple».
L’Eglise, de son côté, «fait des petits pas très timides». Tandis que le peuple se sent abandonné, les congrégations religieuses, surtout féminines, s’organisent pour assurer une présence dans des camps de réfugiés. «Elles jouissent encore d’un peu de crédibilité face à la population, note la religieuse, et les violents les respectent».
Situation presque semblable au Pérou
La situation est à peu près la même au Pérou, mais la violence y est moins visible. Les inégalités entre la petite poignée de privilégiés dont la richesse augmente et la foule des pauvres qui attendent toujours leur part de bénéfices de la croissance économique prônée par les politiciens, grandissent sans arrêt, témoigne la religieuse.
Elle observe: «Le Pérou vit une euphorie trompeuse. Les villes affichent une prospérité apparente, surtout dans le secteur touristique et les quartiers résidentiels, tandis que le gouvernement prêche la patience au peuple en l’assurant que la prospérité viendra bientôt». Selon la religieuse, les communautés populaires sont très affaiblies, les communautés de base aussi, «on a le sentiment que tout est à recommencer». La religieuse corrige cependant: «Il existe malgré tout des petits groupes qui n’ont pas laissé tomber les bras. Ils sont là comme des pierres d’attente, en train d’évaluer la situation et de chercher le chemin à suivre pour répondre aux nouvelles données de notre réalité. Je pense que les temps sont mûrs. La faiblesse du système est évidente et les conditions sont présentes pour relancer la lutte libératrice. (apic/cip/pr)



