Russie: Le Patriarcat de Moscou recherche une alliance avec les musulmans modérés
Combattre les extrémistes wahhabites et salafistes
Moscou, 15 décembre 2012 (Apic) L’Eglise orthodoxe russe met en garde contre la montée de l’islam fondamentaliste dans le Nord-Caucase et au Moyen-Orient. Lors d’une récente émission du programme «L’Eglise et le Monde» sur la chaîne Rossiya 24, où était également invité le célèbre théologien islamique Farid Salman, le métropolite Hilarion de Volokolamsk a appelé les chrétiens orthodoxes et les musulmans à s’unir dans la lutte contre les extrémistes wahhabites et salafistes en plein expansion.
Le métropolite Hilarion, chef du Département des relations ecclésiastiques externes du Patriarcat de Moscou, a rappelé que le wahhabisme et le salafisme sont devenus aujourd’hui «une très grave menace pour notre vie». Pour le responsable orthodoxe russe, une guerre non déclarée est en cours contre l’islam traditionnel dans le Nord-Caucase et contre la chrétienté au Moyen-Orient, dont la cause est la même: «l’intolérance religieuse». Il existe un islam traditionnel en Russie, qui est l’une des composantes de la société, mais il est de plus en plus menacé par des mouvements fondamentalistes influencés par l’étranger.
«Poussés par le diable»
Selon un rapport publié en 2011 par la Parquet général de Russie, un nombre croissant de jeunes musulmans rentrant de séjours d’étude en Arabie saoudite, en Egypte, en Turquie, en Syrie, en Iran et au Pakistan, reviennent avec une idéologie souvent extrémiste voire terroriste.
Pour le responsable du Patriarcat de Moscou, cette menace fondamentaliste est un problème commun pour les chrétiens et les musulmans modérés. «Bien sûr, nous devons combattre ensemble pour être en mesure de vivre dans la paix et la concorde», a-t-il déclaré sur les ondes de la chaîne Rossiya 24. Pour le métropolite Hilarion, les wahhabites sont poussés «par le diable et non pas des croyances religieuses».
Assassinats de muftis et de théologiens musulmans en vue
Le responsable orthodoxe s’est dit profondément attristé par les nouvelles parvenant de diverses régions de la Fédération de Russie – en particulier du Daghestan et de la Tchétchénie – à propos des assassinats de muftis et de théologiens musulmans en vue. «Il est tout à fait évident que ces gens sont inspirés par une idéologie diabolique qui a la haine des gens. Les terroristes prennent pour cibles des personnes qui, comme Farid Salman, témoignent sans crainte que ces gens sont poussés par le diable». Ils commettent ces actes illégaux et immoraux dans le but de diviser notre société et de détruire la paix religieuse pour la création de laquelle il a fallu s’engager pendant des siècles».
Farid Salman a appelé à son tour à mettre en place «une union stratégique de la foi orthodoxe et de l’islam traditionnel en Russie», soulignant que les efforts conjoints de l’Etat et des institutions religieuses traditionnelles sont nécessaires pour lutter contre le wahhabisme, qui est le faux enseignement d’une «secte totalitaire».
Encadré
L’islam fait partie des religions traditionnelles du territoire actuel de la Fédération de Russie. C’est la deuxième religion en Russie par le nombre de ses adeptes, mais il est difficile d’avoir des chiffres fiables. En effet, la question concernant l’appartenance religieuse n’était pas posée au cours du Recensement de 2002. Selon diverses évaluations, 11 à 22 millions de musulmans vivent sur le territoire de la Fédération de Russie, soit 8 à 15 % de la population du pays.
On rencontre dans le pays plusieurs «islams russes». Ainsi l’islam des Tatars et des Bachkirs, qui est un islam «eurasiatique», fait partie, historiquement, de la culture russe. L’islam est implanté dans certaines régions comme le Caucase du Nord depuis plus de 1’300 ans.
Le contentieux entre l’islam du Caucase et la Russie, outre ses composantes claniques, est ancien. A cela s’ajoute, depuis des décennies, une guérilla plus ou moins larvée, qui a attiré des combattants islamistes venus de l’étranger. Il ne faut pas oublier l’islam des migrants venus d’Asie centrale pour travailler dans les villes russes. Ces divers courants, issus d’ethnies et de traditions culturelles très diverses, ont peu de choses en commun. On note de grandes divergences de positions, par exemple entre le Conseil des muftis de Russie (CMR) et la Direction spirituelle des musulmans de Russie (DSMR).
Ce qui inspire la crainte des leaders religieux traditionnels est la pénétration de plus en plus visible de courants fondamentalistes venus du Moyen-Orient, notamment dans les régions du Caucase. Les attaques contre des imams de mosquées et les nombreux assassinats ciblés de personnalités musulmanes modérées sont le fait de terroristes d’obédience salafiste, selon les analystes. Seraient visés des représentants de l’islam traditionnel, notamment soufi et hanafi, note le grand spécialiste russe de l’islam Roman Silantiev, professeur au Centre de géographie des religions à Moscou. (apic/interfax/ria/be)



