COMPLEMENT CORSE POUR l’»IMPARTIAL»
A l’att. de Monsieur Roland Graf, avec mes meilleures salutations
Devenue française au XVIIIe siècle à la suite d’une guerre d’indépendance
menée contre la République de Gênes – la France de l’Ancien Régime ayant
alors mis ces troubles à profit pour s’approprier militairement l’île en
1769 -, la Corse n’en finit pas d’être défavorisée par son état insulaire:
éloignement des grands centres économiques français et européens; pauvreté
des facteurs productifs modernes… Sans parler de l’industrie, jamais
vraiment développée, et de son agriculture traditionnelle qui a plus que
péréclitée dans ses tentatives de transformation.
Si la présence de la France a été plus ou moins acceptée avec le temps,
elle fut et est aujourd’hui encore fortement contestée. Et notamment depuis
l’éclosion du FLNC en 1976. Aujourd’hui divisé en factions rivales sinon
franchement antagonistes.
Le FLNC canal historique ne se fait d’ailleurs pas prier pour avancer
les statistiques plus que défavorables: la population insulaire connaît les
taux d’activité général et féminin les plus faibles de France. Elle ne
comptait en 1990 guère plus de 80’000 actifs: 55’000 dans le tourisme, notamment, et 21’500 dans le secteur public.
Les tergiversations gouvernementales enregistrées depuis une vingtaine
d’années n’ont guère permis de faire évoluer la situation. Ni la décision
prise en 1982 de doter l’île d’un statut particulier de collectivité territoriale, ni la récente proposition de faire de la Corse une zone franche.
Un cadeau fiscal, estime-t-on, mais qui ne permettra en rien à l’économie
locale de s’améliorer. Sans compter que le geste a été plus ou moins mal vu
dans les régions françaises les moins favorisées économiquement.
Les vraies solutions, murmure-t-on tant à l’intérieur qu’à l’extérieur
de l’hexagone, sont encore à trouver. Pour enrayer la violence d’abord. Le
«Fronte ribellu» (rebelle), à d’ores et déjà annoncé qu’il rejettait la
création de cette zone franche. Ce mouvement nationaliste clandestin est du
reste revenu sur ses promesses de trève militaire, lancée en janvier dernier pour une période d’une dizaine de mois. Annonçant début avril son intention d’»intensifier ses actions contre l’Etat français», le «Fronte ribellu» devait en outre revendiquer les quatre attaques ciblées contre des
gendarmeries corses.
Selon le journaliste Guy Benhamou, du quotidien «Libération», un spécialiste de la question corse, les négociations secrètes menées au niveau gouvernemental avec «les hors-la-loi» en Corse relèvent d’une erreur monumentale. Pour lui, cette manière d’agir ne donnera des résultats qu’à court
terme. Mais pas au-delà. Victime début mars d’un attentat – sa maison a été
mitraillée – G. Benhamou constate la très forte divergence sur la question
entre la ligne Juppé et la politique Chirac-Debré.
Une divergence qui se traduit par un double langage, observe-t-on dans
les milieux de la presse en France. Fermeté d’un côté, pour combattre les
criminels avec vigueur. «J’ai donné des instructions» dans ce sens, devait
déclarer en janvier dernier Jean-Louis Debré, ministre de l’Intérieur, lors
de sa visite sur l’ìle de beauté. Complaisance de l’autre avec les nationalistes clandestins pour satisfaire un certain nombre de revendications dûment formulées et acceptées, assure-t-on enfin. (apic/pr)




