Genève: Le Père Jean-Michel Poffet parle de la vérité de la Bible
Conférence à la paroisse de Vésenaz à l’invitation de l’Ecole de la Parole
Genève, 11 juin 2011 (Apic) Le dominicain fribourgeois Jean-Michel Poffet était invité vendredi 10 juin à donner quelques éclairages sur la manière de concilier une lecture historique et critique de la Bible, avec une approche priante. Il était l’hôte, à la paroisse genevoise de Vésenaz, de l’Ecole de la Parole, une initiative œcuménique active en Suisse romande depuis une quinzaine d’années. Il y a parlé de la vérité de la Bible.
Le Père Jean-Michel Poffet, exégète du Nouveau testament et ancien maître-assistant à la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg, a été de 1999 à 2008.directeur de l’Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem, la prestigieuse institution fondée en 1890 par le Père Marie-Joseph Lagrange.
Sus au travers fondamentaliste de la lecture de la Bible
Le dominicain a enchanté la quarantaine de «grands élèves» présents. Avec des exemples percutants, il s’est attaqué au travers fondamentaliste de la lecture de la Bible. Il a soutenu la nécessité d’une double approche de foi et d’érudition. «La foi du charbonnier n’est excellente que pour le charbonnier. L’homme cultivé ne peut pas s’en satisfaire sans risquer des heurts entre les jugements de son intelligence et la pauvreté de sa foi; l’étude du texte biblique lui permettra alors de mieux prier».
L’étude est un instrument critique qui évite aussi de borner la parole de Dieu à des projections personnelles. On se contente trop rapidement de ce qui répond à nos dadas, de ce qui nous frappe à la première lecture; que fait-on alors de tout ce qui ne frappe pas?, s’est-il demandé.
Du rire de Voltaire et du prix des fleurs
Voltaire se gaussait du texte de la Genèse qui sépare la lumière et les ténèbres au premier jour de la création et qui ne voit apparaître le soleil qu’au quatrième. Quel défaut de raison ridicule que se devait de condamner l’esprit des Lumières! Il oubliait cependant qu’en Mésopotamie le soleil était identifié à Dieu. En le rétrogradant trois jours plus tard, les Hébreux ont simplement voulu faire de lui une «loupiote».
Et que dire de Adam et de Eve? En naissant de la terre ou de la côte, ne devraient-ils pas être dépourvus de nombrils? Ou encore, comment Noé a-t-il pu éviter dans son arche que les oiseaux ne mangent tous les moustiques? Quand le Cantique des Cantiques écrit «Que tu es belle, ma bien-aimée, que tu es belle! Tes yeux sont des colombes», s’agit-il de zoologie? Les exemples abondent d’une lecture fondamentale de la Bible, qui se perd en sottes interrogations: «Le fondamentalisme constitue le suicide de la pensée», met en garde le Père Poffet.
Chaque texte biblique appelle la lecture qui lui convient, poétique et liturgique, rarement historique voire jamais scientifique. La Bible a été écrite afin de transmettre un contenu de foi, le reste étant secondaire. Le Père Poffet l’illustre d’une image parlante. Si l’on vous offre des fleurs, vous pouvez légitimement les recevoir comme une marque d’affection; il serait toutefois incongru d’en mesurer la taille des feuilles ou de s’inquiéter du prix du bouquet. De même, ce sont des communautés de croyants qui ont écrit à la lumière de l’Esprit Saint une parole prenant sens dans le présent de leurs vies. Ils la transmettent comme un bouquet d’amour aux générations futures : «ce serait indélicat d’en attendre un exposé scientifique ou un récit chronologique de l’histoire du monde ! «
Il y a une familiarité humaine du récit divin. L’approche critique le relève et facilite ainsi la prière. Le Nouveau Testament a été écrit à l’encre de l’Ancien, avec le langage d’un autre temps le précédant, c’est pourquoi sa lecture nécessite une préparation. Le Père Poffet s’est alors réjoui de la vocation des Ecoles de la Parole: «Votre démarche est juste», a-t-il lancé, soulignant l’importance d’une lecture éclairée, communautaire et priante de la bible.
Programme 2011-2012 : «Où demeures-tu? La maison dans l’Evangile de Jean»
L’Ecole de la Parole est née il y a une trentaine d’années, à Milan, sous l’impulsion du cardinal Martini. Elle a été introduite en Suisse romande par des responsables de jeunes de différentes Eglises, avec le soutien de la Société biblique suisse. L’Ecole de la Parole se donne pour but d’apprendre à se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu, face au texte de la Bible, en apprenant à prier à partir de ce texte, selon la méthode millénaire de la lectio divina.
Depuis plus de quinze ans, un comité œcuménique pilote son fonctionnement en Suisse romande. Pour l’année 2011-2012, il propose 7 rencontres pour vivre la lectio divina, dans l’Evangile de Jean, sous le thème de l’interrogation faite à Jésus et de sa réponse: «Où demeures-tu? – Venez et voyez».
A Genève, quatre groupes d’une dizaine de personnes ont pris goût à la parole et reviennent avec assiduité aux rencontres. Car à l’Ecole de la Parole, l’on apprend à écouter d’abord le texte, puis les résonances qu’il produit dans nos vies et enfin ce que les autres en disent. Sœur Marie-Bosco, organisatrice et membre du comité romand confie que, «de la sorte, l’on finit par entendre la présence de Dieu».
Encadré
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#L’»Ecole de la Parole» est active depuis 1996 en Suisse romande
L’»Ecole de la Parole» est active depuis 1996 en Suisse romande. Elle allie prière et lecture de la Bible. La Société biblique – présente en Suisse à travers quelque 50 Eglises et communautés missionnaires – y est associée de près. La première étape est l’écoute de la Parole. Elle est suivie d’une réflexion personnelle et collective sur le texte – que signifie-t-il aujourd’hui pour nous ? Cela conduit à la prière et à la communion avec Dieu. Au cœur de cette démarche: la communauté, les relations entre ses membres, avec Dieu et en Dieu. «L’Ecole de la Parole» œuvre pour l’œcuménisme et affermit les hommes dans leur conviction. «A partir de là, il devient facile de partager la foi plutôt que d’adopter une attitude défensive vis-à-vis de l’autre», notent ses initiateurs. Contact: Sœur Marie-Bosco Berclaz; mb.berclaz@ste-ursule.org
Une journée romande de formation à l’Ecole de la Parole se tiendra le mardi 20 septembre 2011, de 9h00 à 17h00, à la salle de paroisse du Sacré-Cœur, à Lausanne-Ouchy. Avec Sœur Isabelle Donegani, bibliste et formatrice: «Où demeures-tu? – La maison dans l’Evangile de Jean».
Informations: www.ecole-de-la-parole.ch (apic/paf/be)




