Le combat du Saint-Siège a porté des fruits

Conférence du Caire: Le Vatican fait une nouvelle fois le point (080894)

Rome, 8août(APIC) Le Saint-Siège, faisant le point lundi sur les travaux

préparatoires de la Conférence sur la «Population et le Développement» qui

se tiendra au Caire du 5 au 13 septembre prochain, voit avec satisfaction

que son combat contre certaines tendances apparues lors de la conférence

préparatoire de New York, a porté des fruits. Même si certains concepts

restent ambigus, comme l’a rappelé le porte-parole du Saint-Siège, Joaquin

Navarro Valls.

Le Saint-Siège, qui prête une grande attention à l’analyse démographique, sociologique et sociale des données concernant l’évolution démographique, a fourni un important apport à la discussion, notamment en participant

à toutes les rencontres préparatoires régionales en vue de la Conférence

mondiale du Caire.

Ce qui intéresse le Saint-Siège, indique la note vaticane, c’est d’obtenir un «consensus sur le bien-être et le progrès de la famille humaine», et

non pas un point de vue «sectoriel et idéologique de stratégie démographique» – qu’il juge par ailleurs «inacceptable» – qui ne tiendrait pas compte

comme il se doit des questions fondamentales qui regardent la famille et le

développement moral et matériel de la société, les droits de la femme et la

dignité des parents. Il ne peut accepter en outre que soient complètement

ignorés «les droits des enfants à naître comme si ces droits n’existaient

pas en réalité».

Ce qui intéresse le Saint- Siège, précise son porte-parole, c’est «un

consensus sur le bien-être réel de l’homme et de la femme, non un consensus

sur les mots et encore moins sur des «slogans». Le Saint-Siège est bien

conscient que ce qui est en débat, «c’est l’avenir de l’humanité.» La note

vaticane renvoie au message remis par Jean-Paul II le 18 mars dernier à Madame Nafis Sadik, secrétaire générale de la Conférence du Caire et directeur exécutif du Fonds des Nations-Unies pour les activités concernant la

population, qu’il recevait en audience.

«Le Saint-Siège, écrivait le pape, veut attirer l’attention sur certains vérités fondamentales» qui donnent «la mesure de toute réponse aux

données démographiques» : la dignité «inconditionnelle et inaliénable» de

chaque personne, le caractère sacré de «la vie humaine depuis la conception

jusqu’à la mort naturelle, les droits humains, qui sont innés et transcendent tout ordre légal, l’unité fondamentale de la race humaine, qui exige

l’édification d’une communauté libérée des injustices et qui s’efforce de

promouvoir et de protéger le bien commun».

Pas d’accord sur 10% des textes

Le Saint-Siège rappelle que le projet de document final de la Conférence

du Caire a été établi lors d’une réunion préparatoire qui s’est conclue à

New York le 22 avril. On y a révisé un document de 83 pages. Si une partie

considérable n’a pas donné lieu à révision, «10% des textes restent entre

parenthèses, faute d’accord», ce qui est «une preuve évidente» d’un manque

de consensus sur quelques idées fondamentales qui traversent tout le

document.

Deux concepts en question: la santé reproductive et la santé sexuelle

Concrètement, deux chapitres sont en cause: les chapitres 7 (sur la planification familiale) et 8 (sur la santé, la maladie et la mortalité). On

trouve dans le chapitre 7 le noyau fondamental des concepts que la Conférence du Caire se propose de promouvoir, que l’on retrouve plus de cent

fois dans le document. Déjà à New York fut évidente la grande difficulté de

traiter ce chapitre. A la base de cette difficulté, explique le Saint-Siège, on trouve les deux concepts de santé reproductive et de santé sexuelle.

Tous deux proviennent de documents de travail de l’Organisation Mondiale de

la Santé (OMS), qui, pourtant, «n’ont pas été approuvés formellement et définitivement» par cette organisation.

Ainsi, à propos de la «santé reproductive», on y trouve, à côté d’éléments positifs, le terme «régulation de la fécondité» qui, selon les textes

mis à la disposition de la réunion de New York inclut l’avortement, considéré comme «une composante essentielle de la «santé reproductive»«. Au paragraphe 7, 4, on propose à tous les individus de tous les âges (et donc

aussi aux adolescents) l’accès aux services de «santé reproductive», en y

incluant l’avortement. «Il n’est évidemment pas possible de maintenir des

positions qui acceptent l’avortement comme une dimension essentielle de la

politique de santé, que ce soit au niveau national ou international, et encore moins comme une partie de la politique internationale de développement.»

Droits illimités des adolescents en matière sexuelle ?

Selon le Vatican, certaines références aux jeunes, dans ce chapitre, ont

soulevé «une grande perplexité parmi diverses délégations à la Conférence

de New York». On y affirme par exemple que «les services de «santé reproductive» pour adolescents doivent «garantir leurs droits à la vie privée et

à l’intimité, le caractère confidentiel de l’information…». Ces efforts

pour affirmer des droits illimités des adolescents, ainsi que des enfants à

avoir une activité sexuelle et à recevoir une assistance dans des centres

administrés par l’Etat, sans aucune référence aux parents, caractérisent

une bonne partie de tout le projet de document final. Bien entendu, ce langage y figure entre parenthèses.»

Pour le Saint-Siège, les deux idées clés de ce chapitre – «santé reproductive» et «santé sexuelle», sont «terriblement ambigus». «Faute d’une

clarification, le concept de «santé sexuelle» pourrait par exemple être appliqué à tout une série d’activités sexuelles qui par leur nature ne sont

pas reproductives, en particulier les rapports homosexuels». Cette ambiguïté est inacceptable «non seulement pour des raisons éthiques, mais aussi

par une simple exigence de sérieux scientifique».

Toujours l’avortement

Quant à l’avortement, le projet de document le considère sous différents

aspects. Le Saint-Siège les regroupe en deux points principaux:

1) L’avortement comme risque pour la santé de la mère: Il est souvent affirmé que le Conférence du Caire traite l’avortement uniquement pour exprimer sa préoccupation pour les nombreuses femmes qui sont victimes de pratiques douteuses, qu’elles soient ou non légales. Le par. 8.25 traite de cette question en soulignant que devrait être fait tout effort pour décourager

l’avortement.

Mais le texte invite ensuite les gouvernements à revoir leur législation

en matière d’avortement et de fournir les soins médicaux appropriés à toute

femme qui déciderait d’interrompre sa grossesse. L’Union Européenne a proposé un texte alternatif soulignant que «dans les circonstances où l’avortement est légal… il devrait être sûr»; «affirmation intéressante, note

le Saint-Siège, puisqu’elle admet clairement que la légalisation de l’avortement ne le rend pas plus sûr.» «Nous pensons, a ajouté le porte-parole du

Vatican, que les risques pour la santé de la femme seraient mieux évités en

investissant davantage pour augmenter le niveau d’attention médicale qu’en

multipliant le recours à l’avortement.»

2). Le droit à l’avortement. Pour le Saint-Siège, le projet de document

final, lorsqu’il traite du droit à l’avortement, fait bien plus qu’exprimer

une préoccupation pour les problèmes qui regardent la santé de la femme.

La définition de «santé reproductive» se trouve au par. 7.1 et inclut la

phrase: «le droit… à des méthodes de régulation de la fertilité de leur

choix, sûrs, efficaces, accessibles et acceptables». Selon les définitions

de l’O.M.S., le terme «régulation de la fertilité» inclut aussi bien le

concept de planification des naissances que l’avortement. Cependant, chaque

fois que dans le texte apparaît l’expression «santé reproductive», cela signifie «le droit à l’avortement sûr, efficace, accessible et acceptable».

«Accessible», note le Saint-Siège, cela signifie que les gouvernements

devront subventionner l’avortement. Et de conclure: «Dans le texte, ce

«droit» est présenté de façon tout à fait floue, acceptant ainsi l’avortement pour n’importe quel motif et à tout moment de la grossesse. Le seul

critère indiqué pour autoriser l’avortement est le choix de la femme. Naturellement, dans cette expression, certains entendront avortement à la demande.» (apic/cip/be)

8 août 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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