Afrique du Nord: Les évêques appellent au discernement
Confiants sur la situation en Tunisie, ils sont plus prudents sur la Libye et la Syrie
Tunis, 17 novembre 2011 (Apic) A l’issue de leur rencontre à Tunis, le 16 novembre 2011, les évêques de la région nord de l’Afrique ont salué le «printemps arabe». Les bouleversements en cours au Maghreb permettent «la libération de la parole, la volonté d’échanger à propos de tous les sujets qui structurent la vie sociale et politique dans un respect grandissant pour les opinions diverses», lit-on dans leur communiqué final.
Les communautés chrétiennes «sentent leur responsabilité d’encourager cette volonté de liberté, de citoyenneté, d’ouverture qui s’exprime toujours plus clairement dans ce ’printemps arabe’. Elles cherchent à le faire en accompagnant le discernement, mais aussi en témoignant de leur espérance», écrivent les évêques. «L’Église, dans le monde arabe, est au service des peuples avec lesquels elle vit», confie Mgr Maroun Lahham, archevêque de Tunis. «Nous devons prendre la mesure des évolutions qui traversent ces sociétés pour les accompagner au mieux».
Sérénité en Tunisie
Mgr Vincent Landel, archevêque de Rabat et président de la Conférence des évêques de la région nord de l’Afrique (Cerna), observe la montée en puissance de partis politiques d’obédience islamiste dans la région, y compris au Maroc, où des élections législatives auront lieu le 25 novembre. «L’Église ne veut pas avoir peur de l’islamisme», a-t-il dit le 16 novembre.
Mgr Maroun Lahham accepte la victoire du parti islamiste Ennahda aux élections du 23 octobre en Tunisie, «le premier scrutin libre et démocratique de l’histoire du pays». «Ennahda va exercer le pouvoir et je serai vigilant au respect de leurs engagements à tous les niveaux», assure-t-il. L’archevêque de Tunis se dit «certain que le respect mutuel entre les communautés religieuses va perdurer.»
La future Constitution de la Libye divise
Mgr Giovanni Martinelli, vicaire apostolique de Tripoli, admet que «la Libye n’a jamais été un pays fondamentaliste, et les Libyens ne sont pas hostiles aux chrétiens». Il ressent, au contraire, le désir d’une présence chrétienne dans le pays. Comptant établir des relations avec le gouvernement de transition, le prélat évite de commenter la volonté du Conseil national de transition (CNT) de fonder la future législation du pays sur la loi islamique.
Mgr Maroun Lahham, au contraire, n’hésite pas à se dire scandalisé par cette annonce. Il constate que la situation des chrétiens en Libye est dramatique. Le camp de réfugiés de Choucha, dans le sud de la Tunisie, accueille encore 3’800 réfugiés du conflit libyen, la plupart originaires d’Afrique subsaharienne. «Certains ont peur de rentrer chez eux en Libye, explique encore l’archevêque. Ils ne savent pas pour combien de temps ils sont là.»
Les évêques de la Cerna n’oublient pas les chrétiens en Syrie, alors que la répression contre les manifestants hostiles au régime de Bachar Al Assad se poursuit. La Cerna est «attentive aux difficultés et souffrances» actuelles dans ces pays et «prie pour que les fidèles du Christ puissent être reconnus comme des citoyens à part entière». (apic/ag/kna/job/js)



