Le Saint-Siège entre dans le débat à l’ONU

Confiner l’expression religieuse à la sphère privée relève de l’ignorance et de la négation

Rome, 27 octobre 2004 (Apic) Confiner l’expression religieuse à la simple sphère privée relève d’une attitude «d’ignorance et de négation» de la nature même des convictions religieuses authentiques, a estimé Mgr Celestino Migliore, observateur du Saint-Siège auprès de l’ONU.

Au cours de son intervention à New York, devant la Commission sur «l’élimination de toutes les formes d’intolérance religieuse», le 26 octobre 2004, Mgr Celestino Migliore a relevé que le Vatican continuerait de «défendre fermement» la liberté de conscience et la liberté religieuse, aussi bien au niveau individuel qu’au niveau social.

«D’un plus grand exercice des libertés individuelles peut résulter une plus grande intolérance et de plus fortes contraintes légales sur les expressions publiques des croyances des peuples», a regretté l’archevêque italien devant les membres de la Commission. En effet, pour Mgr Migliore, à l’heure de la mondialisation, même si cela peut sembler «paradoxal», «de nouvelles formes d’intolérance religieuse ont émergé».

«L’attitude de ceux qui souhaiteraient confiner l’expression religieuse à la simple sphère privée ignore et nie la nature des convictions religieuses authentiques», a critiqué le prélat. Pour lui, «le droit des communautés religieuses à s’exprimer en public» est malheureusement trop souvent remis en cause, alors que «d’autres forces sociales» y sont autorisées. De plus, ces derniers temps, «l’approche juridique et légale de la liberté religieuse» tend de plus en plus souvent «à la vider de sa substance», a-t-il encore dénoncé.

«La reconnaissance de la primauté de la conscience individuelle, ouverte à la vérité, est fondamentale pour la dignité de la personne humaine», a lancé l’archevêque, rappelant que le Saint-Siège continuait de défendre «vigoureusement les libertés de conscience et de religion, aux niveaux individuel et social». «Une telle défense, alors que des sites religieux sont détruits, que du personnel religieux est maltraité et même tué, et que des communautés sont persécutées, est encore nécessaire aujourd’hui», a-t-il ajouté.

Mise en garde

Rappelant que la liberté de religion était «une condition pour la poursuite du bien et du vrai bonheur», le représentant du Saint-Siège a souligné que les croyances et la liberté religieuses ne devaient pas être «manipulées ou considérées comme une menace à la coexistence pacifique et à la tolérance mutuelle». Au contraire, «c’est une valeur conséquente sur les autres libertés qui sert aussi à soutenir leur existence», a-t-il expliqué.

Le diplomate a toutefois insisté sur la responsabilité particulière incombant aux chefs religieux devant empêcher «tout mauvais usage ou toute mauvaise interprétation des convictions et de la liberté religieuses». Il les a appelés «à créer et à répandre une sensibilité religieuse, culturelle et sociale» ne pouvant jamais mener à «des actes de terreur», véritables «profanation religieuse». Pour le prélat, les chefs religieux ont encore «entre leurs mains une ressource puissante et durable pour la lutte contre le terrorisme».

De la même façon, les autorités publiques, les législateurs, les juges et les administrateurs ne doivent pas «étouffer l’identité des groupes religieux, ni les restreindre, notamment quand il s’agit de leurs efforts en faveur des plus pauvres», a poursuivi le prélat. Les gouvernants portent au contraire «la responsabilité grave et évidente de favoriser la paisible coexistence des groupes religieux et de favoriser leur collaboration dans la construction de la société», a-t-il ajouté.

Une atteinte

Tenter «de séculariser ou d’interférer dans les affaires internes aux institutions religieuses», porterait atteinte à «leur raison d’être» et nierait «la réalité du tissu social», a mis en garde Mgr Migliore. Pour lui, l’acceptation de la diversité religieuse dans le cadre du service effectué dans la sphère publique, respecte «un aspect spécifique du droit à la liberté de religion», «enrichit la culture innocente du pluralisme» et permet aussi «un service nécessaire» envers les pauvres et les plus vulnérables. (apic/imedia/ar/pr)

27 octobre 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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