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CONFLIT DU CHIAPAS: LE ROLE-CLE DE L’EVEQUE RUIZ DANS LE DIALOGUE
Berne et Mexico, le 5 avril (ENIçSergio Ferrari) – Durant la troisième
semaine du mois de mars, de nouvelles perspectives de dialogue entre la
guérilla zapatiste et le gouvernement se sont ouvertes lorsque les parties
en conflit ont accepté une nouvelle phase de «contacts épistolaires».
Les zapatistes ont répondu positivement à la décision du Congrès (pouvoir
législatif), qui a approuvé le 7 mars à la quasi-unanimité la loi sur le
dialogue au Chiapas.
Cette décision des parties en conflit confirme le rôle de médiateur exercé
par Samuel Ruiz, évêque catholique de l’Etat du Chiapas et président de la
Commission nationale de médiation (CONAI). D’autre part, ce dernier vient
de démentir que le Vatican ait demandé sa démission.
La dernière initiative d’»urgence» pour désamorcer le conflit avait été
présentée par la CONAI à l’armée zapatiste de libération nationale (AZLN)
et au gouvernement mexicain, le 17 février; cela quelques jours après le
début d’une offensive militaire gouvernementale massive qui a fait craindre
la recrudescence de la violence dans le Sud-Est du Mexique.
«Un genocidio evitable» (Un génocide évitable), ainsi s’intitule une
réflexion que l’évêque Ruiz a rendue publique récemment. «Nous avons
toujours pensé et nous garderons la certitude que la voie du dialogue est
possible … et nous devons nous efforcer de trouver une issue négociée qui
mette fin à la confrontation armée», affirme l’évêque, pour qui «on ne peut
parler de paix au Chiapas sans parler de justice».
Pour atteindre cet objectif, le prélat catholique propose «la séparation
des forces en présence» (en évacuant l’armée des communautés situées dans
les zones en conflit); la pression «de la société civile pour demander aux
deux parties de faire preuve de flexibilité» et «le dialogue dans lequel
doivent intervenir les nombreuses forces vives qui ont surgi lors de ce
conflit…»
Les médiateurs voient avec angoisse le temps passer sans solution du
conflit, souligne Samuel Ruiz, «parce que cela signifie davantage de morts,
victimes de la faim, parmi les autochtones qui ont abandonné les
communautés après l’entrée de l’armée dans la zone du conflit et se sont
réfugiés dans la forêt».
Depuis le 1er janvier 1994, la forêt Lacandona (600 000 hectares de
surface) sert de cadre à la mobilisation autochtone et paysanne la plus
surprenante et la plus explosive du continent latino-américain.
De nombreuses organisations humanitaires ont rendu compte de la violence de
la dernière offensive gouvernementale au mois de février; parmi celles-ci,
la Croix-Rouge internationale a prouvé l’existence de violations flagrantes
des droits de la personne, telles que les mitraillages et les bombardements
perpétrés au hasard contre les populations civiles.
Il y a toujours des forces hostiles à la paix, poursuit Samuel Ruiz, qui
explique ainsi la mobilisation le 19 février d’un petit groupe de
«personnes excitées qui a attaqué le diocèse … en exigeant que je
démissionne de mes fonctions d’évêque». Ce n’est pas le premier signe
d’hostilité des secteurs les plus réactionnaires du Chiapas envers
l’évêque, accusé par le «Front civique de San Cristobal» d’être à l’origine
de l’insurrection zapatiste. Cependant, le 26 mars, à l’occasion du 450e
anniversaire de l’intronisation de Bartolomé de Las Casas, défenseur des
Indiens et premier évêque de San Cristobal, plus de 20 000 personnes,
venues en majorité de 40 paroisses du Chiapas ont manifesté leur soutien à
Mgr Ruiz.
Pratiquement au même moment, des rumeurs ont circulé, selon lesquelles le
Vatican aurait demandé «ma démission de l’évêché». Il est certain, admet S.
Ruiz, que plusieurs accusations à mon encontre sont arrivées à Rome. «Mais
il est absolument faux que le Vatican m’ait demandé de démissionner ou que
j’ai rec,u des instructions pour quitter le diocèse de San Cristobal»,
confirme l’évêque.
«Par-dessus tout, nous nous trouvons, poursuit-il, dans une situation de
dialogue et de clarification et dans un effort d’examen de notre conduite.
Bien que nous soyons tous impliqués dans un processus visant à obtenir la
paix, il ne fait aucun doute que les pauvres paient le co#t le plus élevé»,
souligne-t-il.
Le Chiapas est l’Etat le plus pauvre du pays. Selon les statistiques
officielles, 70 % de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté, la
moitié ne termine pas l’école primaire, et l’analphabétisme est quasi total
parmi les populations les plus isolées. Toujours selon les mêmes chiffres
officiels, 40 % de la population n’a pas accès aux services de santé et 80
% ne dispose pas d’eau potable.
Il y a quelques semaines, lors d’un entretien accordé au correspondant
d’ENI, Gerardo Gonzalez, dirigeant populaire connu du Chiapas, signalait
que 30 millions de Mexicains (sur une population totale de 80 millions)
«vivaient dans une situation de pauvreté totale» et spécifiait que les
zapatistes «contrôlaient presque la moitié du territoire du Chiapas». (805
mots)



