Nouvelle tempête sur l’Eglise de Bukavu
Congo: Attaque du séminaire de théologie de Murhesa, un séminariste tué
Murhesa, 2 juin 2000 (APIC) Une foule imposante a participé jeudi à Murhesa, à 25 kilomètres au nord de Bukavu, en République démocratique du Congo (RDC), aux obsèques du séminariste Claude Amzati Kasuya, abattu dans la nuit de mercredi lors de l’attaque du séminaire de théologie Saint Pie X de Murhesa. Environ 50 hommes armés ont attaqué le Séminaire Majeur de Murhesa, dans le Sud Kivu, pour le piller. Au même moment, le village voisin de Murhesa était saccagé par deux autres groupes agissant sous la coordination des assaillants du séminaire.
La messe d’enterrement de Claude Amzati Kasuya, un séminariste âgé de 28 ans originaire de Kindu, a été concélébrée par 80 prêtres diocésains et missionnaires, sous la présidence de Mgr Joseph Gwamuhanya Birindwa, vicaire général de l’archidiocèse de Bukavu. L’archevêque lui-même, Mgr Emmanuel Kataliko, n’a pu participer, parce qu’il a été déporté par les rebelles pro-rwandais du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD). Il se trouve depuis le 12 février dernier en exil à Butembo, dans le Nord Kivu.
S’adressant à un bon millier de personnes présentes, Mgr Gwamuhanya a une nouvelle fois condamné la violence absurde dont sont victimes les habitants de cette région de la RDC. Tandis que l’on cherche toujours à connaître l’identité réelle des assaillants du séminaire de Murhesa, le bilan de l’attaque se monte actuellement à quatre morts.
Quand les «ennemis naturels» s’entendent pour piller et tuer
Selon le Collège des consulteurs qui gère l’archidiocèse en l’absence de Mgr Kataliko, les actes de violence et de vandalisme se sont multipliés de façon alarmante ces dernières semaines contre l’Eglise de Bukavu. Des familles en ont été victimes – plusieurs morts sont à déplorer -, et les centres de santé de plusieurs localités ont été mis à sac. Le Collège des consulteurs dénonce ces attaques dans un appel daté du 1er juin et s’étonne que des «ennemis naturels» comme les groupes armés hutus «interahamwe» et les militaires du RCD, appuyés par les troupes rwandaises (à dominante tutsie, ndr.) ne se combattent pas. «Apparemment, la bande qui opère est sortie de la forêt de Kalonge, mais elle s’en prend à certaines cibles bien identifiées et jamais n’attaque les soldats du RCD ni leurs ennemis naturels. Nous nous demandons à qui tout cela profite et ce qui se cache derrière toute cette insécurité et cette stratégie qui sème la terreur.»
L’Eglise catholique dans le collimateur des bandes armées de tous bords
Le Collège des consulteurs fait état de rumeurs selon lesquelles les prochaines cibles seraient l’hôpital de Mukongola (Kabare) et des couvents environnants. «La population, très inquiète, a commencé à se déplacer pour échapper à de nouvelles attaques. L’hôpital lui-même voit les malades vider les lieux et le personnel vit dans la peur», précise l’appel. Le Collège des consulteurs ne cache pas son inquiétude: «Visiblement, l’Eglise catholique continue à être visée, mais cette fois-ci à deux titres: elle est persécutée dans sa hiérarchie par le RCD et ses alliés qui ont exilé Mgr Kataliko jusqu’à aujourd’hui; dans ses œuvres sociales et médicales, par les «interahamwe». Si tel est le cas, les deux ennemis étrangers ne s’entendent que sur une chose: il faut détruire l’Eglise catholique et ce qui reste des œuvres sociales qui soutiennent la population. Peut-être qu’ensuite s’en retourneront-ils chez eux. Qui sait !» (apic/misna/cip/bia/be)



