Non aux luttes ethniques importées et à l’occupation étrangère

Congo: L’évêque de Bukavu lance un appel à la paix aux autorités militaires et politiques

Bukavu, 6 décembre 1998 (APIC) La sécurité, le bien-être et la paix durable auxquels aspirent tous les Congolais ne peuvent être obtenus par la seule domination des armes, affirme Mgr Emmanuel Kataliko, archevêque de Bukavu, dans une lettre pastorale rendue publique dimanche. Il dénonce également les luttes ethniques importées et l’occupation étrangère de certaines régions du Congo.

Le prélat du Sud-Kivu souligne que sa région souffre des luttes entre Hutus et Tutsis importées au Congo, de l’occupation étrangère et de tentatives de redécoupage des frontières orchestrées par des grandes puissances.

Dans son «Message aux fidèles de Bukavu et aux hommes de bonne volonté», Mgr Kataliko rappel que le temps liturgique de l’Avent prépare à la venue messianique de Jésus et qu’il nécessite une «attitude de conversion qui demande le passage de l’état de défiance – où l’homme, livré à lui-même, se trouve dans la déchéance consécutive à ses œuvres – à l’état de confiance – où l’homme, animé part le souffle et la grâce de Dieu, s’attelle à retrouver sa dignité et sa nature originelle».

Et l’archevêque de Bukavu de constater qu’au Congo, dans la situation actuelle, tous aspirent au bien-être, à la sécurité, à l’éducation et à la scolarité, à une alimentation saine et suffisante, à des soins de santéé appropriés et accessibles, à des salaires justes et équitables, à la dignité de tout un chacun et, pour tout dire, à la paix. «Ceux qui se battent et ceux qui sont combattus aspirent tous à ce même idéal. Malheureusement, certains veulent y parvenir par les armes, au détriment des autres. Ils croient que par la seule domination, ils peuvent s’assurer, à eux tout seuls, une paix durable».

Le danger d’exacerber les extrémismes ethniques

Mgr Kataliko, qui se demande pourquoi, fatalement, l’on devrait croire qu’en Afrique Centrale l’accentuation des extrémismes ethniques constitue une solution, pose un diagnostic sur les causes de cette situation «extrêmement complexe». Il en relève cinq: «La lutte ethnique du Rwanda et du Burundi déversée sur le Congo; Une dynamique d’occupation (reconnue par toutes les forces en présence) sous prétexte de protéger leurs frontières; L’émergence des mouvements autochtones de résistance armée à l’occupation étrangère; Les luttes intestines entre Congolais pour le ouvoir, sous le couvert de mouvements de ; La tentative d’un redécoupage géopolitique des frontières, orchestré par des grands et exécuté par procuration, au mépris de la Charte de l’ONU, de l’OUA, et de la détresse des peuples.»

Tous ces acteurs en conflit prétendent agir au nom du peuple, pour le peuple et pour la liberté. «Mais quelle est la place du peuple dans leurs débats, dans leurs initiatives et dans leurs négociations ?Tout cela se fait en général sur le dos de la population, sans qu’on lui demande son avis!», déplore-t-il.

«Heureusement, poursuit-il, à côté de ces démarches nocives, nous en percevons d’autres, qui sont autant de signes d’espoir de la part des personnes physiques ou morale lesquelles essayent d’assumer les aspirations de notre population.» Ces signes d’espoir sont les messages des évêques du Kivu (CEPKi) d’octobre dernier, de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENC), le 6 novembre, du pape Jean Paul II, à l’occasion de la visite du président Kabila au Vatican, le 26 novembre, ainsi que «l’accord de principe» de Paris pour une cessation immédiate des combats, du 28 novembre.

Sur le terrain, au Congo même, la «société civile» du Sud-Kivu, «véritable expression de l’opinion du peuple», vient de publier une proposition de plan de paix qui implique que les armes se taisent, que les forces étrangères d’occupation se retirent, que la communauté internationale prévoie un mécanisme qui sécurise les populations locales des territoires occupés. Cette force devrait également procéder au désarmement des milices présentes sur le territoire congolais ainsi qu’à l’évacuation des réfugiés venus des pays voisins, en direction de leur pays ou d’autres pays d’accueil. Sa tâche serait encore de superviser le retrait rapide des troupes alliées au gouvernement central du président Kabila.

Cette «société civile» s’était déjà illustrée à la Conférence nationale souveraine pour ses prises de position en faveur de l’établissement d’un Etat de droit au Congo. L’archevêque de Bukavu encourage les aspirations légitimes du peuple que sont la réconciliation nationale, la démocratie et la «bonne gouvernance». Mgr Kataliko lance enfin un appel pressant aux autorités locales pour qu’elles exercent leur autorité afin d’empêcher les militaires de piller villages et paroisses de l’intérieur et qu’elles cessent de traquer la population par la vaste campagne d’arrestations en cours. «Ces pratiques ne sont pas propres à ramener un climat de sérénité.» (apic/com/be)

6 décembre 1998 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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