La solution ne viendra pas de l’extérieur

Congo: L’évêque de Bunia met la priorité sur la réinsertion des ex- combattants

Kinshasa, 1er juin 2005 (Apic) «La solution réside dans le dialogue: il faut se dire la vérité, franchement. La solution ne viendra pas de l’extérieur. Bien que nous sachions que l’extérieur a tiré les ficelles chez nous, nous devons trouver nous mêmes nos propres solutions, en évitant de nous faire manipuler». C’est ce qu’a déclaré, lors d’un entretien avec l’agence MISNA dans sa rédaction romaine, Mgr Dieudonné Uringi, fraîchement nommé évêque de Bunia en Ituri.

Le prélat congolais, âgé de 48 ans, sera solennellement ordonné le 24 juin à la tête de son diocèse qui sort ainsi de 3 années de vacance épiscopale. La région nord-orientale congolaise a été le théâtre pendant entre 1996 et 2003 d’âpres combats liés à la convoitise des richesses naturelles et soldés selon les Nations Unies par 50’000 morts et 500’000 déplacés. L’évêque de Bunia se dit confiant face à l’avenir: «la masse veut vraiment en finir avec la guerre. En Ituri, hormis un petit groupe radical encore présent entre Bunia et Drodro, la majorité des miliciens disent avoir déposé les armes. Ils vivent désormais parmi la population».

«Ils ont aujourd’hui un problème énorme: celui du chômage. Peu de ces anciens combattants ont accepté d’entrer dans les rangs de l’armée réunifiée et la plupart de ces jeunes se retrouvent sans emploi. Pour eux, l’avenir est une inconnue. Et l’on regrette qu’après le ’désarmement’, rien ne soit fait pour la ’réinsertion’ des ex-miliciens dans la vie civile» dit encore Mgr Uringi, alors que le programme de DDR (Désarmement, démobilisation et réinsertion) promu par le gouvernement congolais et les Nations Unies se trouve dans une phase décisive. Selon la MONUC (Mission onusienne dans le pays), environ 13’000 des 15’000 combattants de l’Ituri ont désarmé, de gré ou de force. Après l’assassinat de 9 casques bleus en février dernier, la MONUC a en effet durci les mesures à l’encontre des formations armées ituriennes, dont les commandants ont presque tous été arrêtés.

Pas de programme pour la réhabilitation des ex-combattants

«Mais pour l’instant» reprend Mgr Uringi, jusque là vicaire général à Bunia «on constate qu’aucun programme d’encadrement n’est mis en oeuvre pour la réhabilitation dans la vie civile des ex-combattants. Pourtant, les chantiers ne manqueraient pas. Pourquoi ne pas mettre les gens au travail pour la réhabilitation de la route Bunia-Mahagi? Ce serait certainement en outre une belle base d’agrégation sociale». Quant à l’Eglise, qui a été totalement pillée en ses sièges et dans les nombreuses structures médicales qu’elle gère dans la région, «elle continuera, comme elle l’a fait jusqu’à présent, de faire prendre conscience aux citoyens de leur fraternité. Elle continuera de mener des actions concrètes de sensibilisation et de dialogue sur le terrain, dans les paroisses, grâce aussi au travail de la commission Justice et Paix et de la plate-forme locale rassemblant plusieurs confessions religieuses, des ONG et des représentants de la société civile. La population de l’Ituri a trop souvent été prise en otage. Il est temps pour elle de s’en sortir». (apic/misna/bb)

1 juin 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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