Un professeur dénonce ce vieux rêve des politiques
Congo RDC: Faire mourir les tribus pour faire croire à une homogénéité du pays
Kinshasa, 5 juillet 2004 Espérer la mort des tribus et croire à une homogénéité absolue du peuple congolais (République Démocratique du Congo, RDC) constituent «un rêve» pour les hommes du pouvoir, martèle Célestin Kabuya Lumuna, professeur de sociologie à l’université de Kinshasa, qui dénonce les politiques et leurs mensonges pour y parvenir.
Même les Français, souligne ce professeur, n’ont pas réalisé ce rêve, eux qui ont longtemps été les champions de l’Etat-Nation, centralisé, uniforme et homogène. Pour le professeur Kabuya Lumuna, interviewé par le bimensuel chrétien d’information et d’opinion «Renaître», il est temps aujourd’hui de «gérer la tribu». Il faut la révolutionner et l’ouvrir, dit- il, à travers le développement, «quitte à ce que cette révolution génère d’autres lieux de solidarité provinciale, religieuse, ou autres.»
La tribu, relève le sociologue congolais, n’est pas une intruse, mais une réalité, sur laquelle «nous devons travailler parce qu’elle représente l’ensemble de nos populations et la diversité des besoins de développement.»
«Ma vraie peur, avoue cet universitaire, est celle de la fausse représentation des intérêts, du mensonge idéologique qui consiste à faire croire que la bonne position de quelques frères de tribu donne avantage pour le développement de tout le territoire tribal et pour l’épanouissement de tous les frères de tribu ! Ce message idéologique m’exaspère car il entretient l’obscurantisme et les germes de conflits!»
Des solutions?
Le sociologue préconise: «Si on reconnaissait à chaque gros village de plus de 500 habitants ou à chaque groupe de petits villages totalisant ce chiffre, le statut d’unité politico-administrative du pays, avec rang de commune, et si, en plus, en acceptant une vision politique mettant le cadre du développement au départ de cette commune, la tribu serait mieux prise en mains et mieux conduite à la fois à une révolution sur elle-même et à l’ouverture aux autres». Pour lui, il y aurait moins de risque que des politiciens viennent mentir à Kinshasa «sur le souci qu’ils auraient de représenter au sommet telle ou telle tribu».
En tous les cas, pense le professeur Kabuya Lumuna, le sentiment d’appartenance tribale restera politiquement déterminant pour deux grandes raisons au moins: la tribu reste encore le principal corps intermédiaire entre l’Etat et le citoyen; elle reste encore, avec ses villages, la principale demandeuse de développement». (apic/dia/pr)



