Congo RDC: Formation d’animateurs en vue de «s’écouter pour s’entendre»
Les communautés de base face aux jeunes
Michel Bavarel, Action de Carême, de retour de Kinshasa
Kinshasa, 12 mars 2003 (Apic) «Les jeunes disent que les vieux à cheveux blancs sont des sorciers. Et quand un de leurs camarades décède, c’est de la faute de ces sorciers. Ils ont brûlé la maison d’un vieux. Il a été obligé de quitter la paroisse». En cercle sous un arbre, les vingt-quatre étudiants de l’Institut de formation d’animateurs de Kikwit (IFAK), partenaire de l’Action de Carême, suivent un cours de pastorale.
Kikwit, une ville d’un demi million d’habitants, à 500 kilomètres à l’est de Kinshasa, dans la province du Bandundu. On en a parlé en Europe, en avril 1995, quand le virus Ebola a causé la mort de 160 personnes. L’IFAK offre deux ans d’études à de futurs animateurs choisis par leur communauté. Au programme, trois domaines. La religion, avec la Bible, l’histoire de l’Eglise, la spiritualité, l’évangélisation, la morale, etc. L’épanouissement de la personnalité, avec la culture locale, le civisme, le droit, le règlement pacifique des conflits ou la santé. Et le développement, avec «l’autopromotion rurale», le jardinage, l’agriculture: on dispose d’une ferme à une vingtaine de kilomètres d’ici.
Les épouses des étudiants mariés – elles sont dix-sept en ce moment – assistent à certaines leçons avec leur mari et, pour le reste, bénéficient d’un enseignement spécifique, comme la couture, la nutrition ou l’économie domestique. Les classes ont lieu le matin. L’après-midi, tous rejoignent les diverses paroisses de Kikwit où ils sont logés. Là, ils mettent en pratique ce qu’ils apprennent. Le cours de pastorale auquel nous assistons porte sur la redynamisation des communautés ecclésiales de base (CEB). Les participants sont invités à évoquer les problèmes qui se posent dans les lieux où ils vivent, comme cela se pratique dans une CEB.
Le chanvre, les diamants et les ravins
Les uns parlent de l’érosion: des maisons s’effondrent dans les ravins creusés par les pluies. Ou des difficultés des veuves dont le mari est mort du sida ou du virus d’Ebola. Cependant, la discussion se focalise sur les jeunes. «Ils se désintéressent de leurs études et partent pour l’Angola chercher le diamant.» «Ceux qui fument le chanvre menacent la tranquillité du quartier». «A la suite de la mort d’un enfant, certains ont accusé à un ’papa’ et l’ont tué. La police a tenté d’intervenir, mais elle a dû rebrousser chemin, car ces jeunes étaient armés.» «Quand des fillettes vont chercher de l’eau, des enfants de la rue s’en prennent à elles. On est obligé d’aller à la source à deux heures du matin». On constate aussi que les jeunes restent souvent en dehors des communautés ecclésiales de base.
On lit, en français et en kikongo, le passage de l’Evangile où Jésus accueille des enfants (Mt 19,13-15). «Qui d’entre vous a tenté de parler avec ces jeunes?», demande celui qui mène le débat. «Je l’ai fait. Ils disent que les adultes ne veulent pas les écouter.» «Ils disent que les vieux s’accrochent et ne leur laissent pas de place». Un participant fait remarquer qu’il importe de distinguer diverses catégories de jeunes: ils ne sont pas tous pareils. Un autre comprend que les jeunes n’aient plus le goût d’étudier quand ils voient des camarades diplômés de l’Université sans emploi. Un étudiant se lève: «Je suis jeune. Vous ne donnez jamais de responsabilités aux jeunes dans les communautés de base». «Les jeunes se plaignent d’un manque de créativité, c’est toujours la prière et c’est tout», ajoute l’un de ses camarades.
Trente ans de dictature de Mobutu, puis une guerre qui a fait deux millions de victimes laissent de graves séquelles. Cependant, ne sommes-nous pas aux prises avec de semblables problèmes, même s’ils n’ont pas la même acuité? MBA
Les illustrations de cet article sont à commander à l’agence CIRIC, Chemin des Mouettes 4, CP 405, CH-1001 Lausanne. Tél. ++41 21 613 23 83 Fax. ++41 21 613 23 84 E-Mail: ciric@cath.ch
(apic/adc/mba/bb)



