Au bord du gouffre humanitaire: la ville aux mains de l’UPC

Congo RDC: Les combats à Bunia entre factions ennemies ont redoublé d’intensité

Bunia, 12 mai 2003 (Apic) La ville de Bunia, chef-lieu de l’Ituri, dans la province nord orientale de la République Démocratique du Congo (RDC), est tombée aux mains des hommes de l’Union des Patriotes Congolais (UPC), le groupe armé emmené par Thomas Lubanga», a confirmé à l’Agence missionnaire Misna Patricia Tomé, porte-parole de la Mission des Nations Unies dans la République Démocratique du Congo (MONUC).

Patricia Tomé se trouve depuis plusieurs jours dans le quartier général de la MONUC basée à Bunia, bloquée par les violences et les combats qui ont totalement déstabilisé la ville après le retrait des troupes ougandaises. «La bataille a débuté ce matin», déclare la porte-parole de la MONUC. «Les hommes de l’UPC ont mis moins d’une heure pour conquérir Bunia. Les combats les plus durs ont été enregistrés dans la zone de l’aéroport et dans le centre de la ville» poursuit-elle.

Selon les informations recueillies, les milices Lendu qui sont entrés dans la ville après le retrait, mercredi, des soldats ougandais chargés par l’ONU de garantir la sécurité se sont maintenant retirés, n’ayant pu résister à l’avancée de l’UPC, dotée d’une artillerie lourde, et ont quitté la ville pour se replier dans ses environs. «Lubanga et les siens ont désormais pris le contrôle de Bunia et continuent à lancer des appels à la population pour l’inviter au calme».

Vers un retour des réfugiés

La porte-parole de la MONUC estime qu’après ce retrait, un grand nombre de civils en fuite dans les campagnes pour se mettre à l’abri des représailles ethniques lancées par les Lendu contre l’ethnie rivale des Hema, n’allaient pas tarder à regagner Bunia.

Selon Misna, présente sur les lieux, la bataille pour la possession de Bunia a commencé tôt lundi matin. La ville a été ces jours le théâtre de durs affrontements et de violences en tous genres. Dimanche les corps de 12 personnes dont trois enfants en bas âges ont été retrouvés.

Les habitants de la ville et de la région de Bunia sont victimes de pillages, des terribles combats, et des pires exactions, rapportent les témoins. Des sources de la MONUC, la mission de l’ONU en RDC, confirment la dureté des combats que se livrent les milices Hema et Lendu.

«Nous ne sommes pas encore en mesure de fournir un bilan», a déclaré dimanche Patricia Tomé, porte-parole de la MONUC à Bunia, «mais nous savons que samedi matin les milices de l’Union des Patriotes Congolais (UPC) de Thomas Lunbanga ont attaqué la zone des environs de l’hôpital, qui a été saccagée, à environ 2 kilomètres de notre base. Des centaines de personnes fuient ces zones de la ville où l’on fait feu et cherchent abri dans nos structures. Quelques témoignages parlent de cadavres dans les rues, mais nous n’avons pas encore de confirmation directe».

Selon Misna des hommes de l’Union des Patriotes Congolais (UPC), le mouvement rebelle emmené par Thomas Lubanga, ont engagé une violente attaque tôt lundi matin pour prendre le contrôle de la ville. Des coups d’artillerie lourde se sont fait entendre en provenance du centre de Bunia. Un peu plus tard, les affrontements entre les miliciens d’ethnie Lendu et les rebelles de l’UPC se seraient déplacés dans la zone de l’aéroport. Les saccages et les violences indiscriminées commises ces derniers jours par les Lendu ont contraint les principales organisations non gouvernementales (ONG) qui se trouvaient à Bunia à abandonner la ville, où sont restés les hommes de la MONUC, comme l’a confirmé à l’Agence MISNA un opérateur humanitaire désireux de garder l’anonymat.

Foule affamée

Le groupe armé conduit par Thomas Lubanga entend profiter du retrait des soldats ougandais – qui ont quitté Bunia la semaine dernière après l’avoir contrôlée pendant des mois – pour tenter de reprendre le contrôle de la ville que les soldats de Kampala leur avaient repris.

Déjà il y a quelques jours des milliers de civils sont arrivés au siège de la MONUC, situé au centre de la ville, pour demander assistance et protection. Vendredi, une foule affamée et en colère a protesté contre les responsables des Nations Unies, les accusant de ne pas faire assez pour garantir leur sécurité. Dans les rangs des manifestants figuraient aussi des étudiants et quelques miliciens, qui ont blessé légèrement avec une machette le commandant militaire du secteur de la MONUC. L’épisode a été condamné samedi par le Conseil de sécurité de l’ONU.

Selon le vice-secrétaire général Jean-Marie Guehenno, Bunia «est au bord de la catastrophe humanitaire». La population est exténuée par l’incessante violence entre les bandes armées. Ces derniers jours, la ville et les habitants ont été soumise à un saccage systématique. Environ 3’000 civils ont demandé hospitalité dans des établissements religieux, tandis que des milliers de familles ont abandonné Bunia. Dans les jours à venir, la MONUC devrait déployer 800 militaires sur le terrain.

48 morts dans une paroisse ayant recueilli des déplacés

L’agence d’information sur l’Afrique ANB, basée à Bruxelles, a annoncé samedi que deux prêtres de Bunia figuraient parmi les victimes des affrontements. Il s’agit de Aimé Ndjabu et François Xavier Mateso (curé de Nyakasanza), alors qu’un troisième, l’abbé Chrisante Kidja, est porté disparu. Tous trois se trouvaient chez eux en compagnie de nombreux déplacés. 48 d’entre eux ont été tués. L’abbé Aimé Ndjabu a été égorgé dans sa chambre et François Xavier tué devant la maison.

«Les anciens soldats de l’UPC-RP sont en train d’essayer de gagner la bataille sur les Lendu… ce qui semble être la seule planche de salut pour les hema qui sont encore nombreux à avoir trouvé refuge à la MONUC ou dans les environs», écrit ANB.

Moyens dérisoires

Le drame de Bunia devrait faire lundi l’objet d’un débat au Conseil de sécurité de l’ONU, alors que les ” peacekeepers» de l’ONU, tentent de ramener un peu de calme dans la ville, en rencontrant notamment les représentants des ethnies ennemies Hema et Lendu. Pas plus de 625 casques bleus, dont 500 sont de nationalité uruguayenne, tentent de «contrôler» environ 30’000 Lendu et Hema qui, après le massacre d’avril dernier à Drodro (quelques dizaines de kilomètres plus au nord) ont aujourd’hui choisi Bunia comme lieu d’affrontement et pour agresser la population locale.

Des sources religieuses rapportent enfin à Misna avoir perdu la trace de deux prêtres diocésains d’ethnie Hema, Jean Lojunga et Djangu Chrysande. Quelques détails ont en outre été recueillis au sujet de l’assaut à la paroisse au cours duquel les deux prêtres cités plus haut ont perdu la vie.

L’ultime témoignage

«Moi aussi je ne me sens plus en sécurité ici dans la paroisse avec les autres. D’ici peu nous tenterons de nous soustraire au danger de la mort en trouvant refuge dans un lieu secret. Nous sommes toujours plus menacés par les milices droguées et en état d’hystérie». Telles sont les dernières dramatiques paroles de Père Aimé rapportées à l’Agence missionnaire par le biais d’un membre de sa famille avec lequel il était en contact par téléphone 12 heures avant d’avoir été tué.

Selon ce que le Père Aimé a raconté à des amis quelques heures avant que le contact ne puisse plus être établi, les hommes de la sécurité qui auraient dû protéger la paroisse avaient semblé ce jour-là plutôt agités et gagnés par la peur, lui demandant avec insistance de les accompagner en voiture à l’aéroport. C’est à son retour que le drame l’a frappé. (apic/misna/pr)

12 mai 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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