L’une des guerres les plus meurtrières est ignorée, selon le COE
Congo RDC: Les élections occultent une tragédie
Genève, 31 juillet 2006 (Apic) Un «silence angoissant» entoure la «guerre la plus meurtrière», a déclaré aux Eglises de la République démocratique du Congo (RDC) le pasteur Samuel Kobia, Secrétaire général du Conseil oecuménique des Eglises (COE), alors que le pays était à la veille des premières élections démocratiques depuis 46 ans.
Dans une lettre pastorale adressée aux Eglises membres de la RDC peu avant les élections du 30 juillet, le pasteur Kobia a appelé les dirigeants congolais – et le monde entier – à fournir les ressources et à engager leur responsabilité, afin de mettre sur la voie du progrès ce pays d’Afrique centrale, toujours sous la houlette de la plus grande force de maintien de la paix des Nations Unies dans le monde.
«Sans argent pour reconstruire, provenant du monde développé, sans augmentation des forces de maintien de la paix pour protéger les innocents, sans l’engagement sincère des responsables que le Congo choisira, quels qu’ils soient, et si les responsables de l’Afrique ne donnent pas du pouvoir au coeur de ce continent, ces élections ne feront rien avancer». Si rien ne bouge, «des millions de personnes seront mortes en vain, et des millions d’autres seront confrontées au même avenir», met en garde la lettre du pasteur Kobia.
Le massacre gratuit de la population
«Les élections vont coûter près de 500 millions de dollars et elles devront se dérouler dans une atmosphère d’unité et de réconciliation nationale, mais il y a bien des chances pour qu’elles provoquent encore plus de division», avait averti le pasteur. Il évoque «la dévastation insensée» qui règne aujourd’hui dans l’ancienne colonie belge et «le massacre gratuit de la population dans l’une des pires guerres de toute l’histoire africaine». La RDC compte 62 millions d’habitants et partage ses frontières avec neuf autres pays, certains d’entre eux étant empêtrés dans leurs propres conflits meurtriers. Le COE est le plus vaste regroupement d’Eglises au monde. Constitué essentiellement d’Eglises anglicanes, orthodoxes et protestantes, il représente 560 millions de chrétiens. Onze Eglises du Congo en sont membres, pays majoritairement chrétien où l’Eglise catholique romaine est la plus grande force religieuse.
La force de l’ONU, la MONUC assure l’organisation de presque tout
«La plus importante et la plus coûteuse des opérations de maintien de la paix dans le monde, qui compte 19’000 soldats, a du mal à rester elle-même intacte, a fortiori à protéger la vie d’une population en proie à la terreur. On a également confié à la MONUC le soin d’organiser les élections et de venir en aide à deux millions de personnes déplacées à la suite du conflit au Congo oriental. La MONUC a eu aussi pour mission d’écarter 20’000 miliciens armés et de protéger les agences humanitaires, ce qui constitue le projet le plus ambitieux que cette institution mondiale ait jamais entrepris».
«Et pourtant, un silence angoissant entoure cette guerre, la plus meurtrière de toutes celles qui existent dans le monde actuel. En février 2006, l’ONU et les agences d’aide humanitaire ont demandé au monde 682 millions de dollars (EU) pour les personnes déplacées, affamées et malades». Mais le pasteur déplore : «Au moment où nous écrivons, elles n’ont reçu que 94 millions, soit 9,40 dollars par personne. En comparaison, l’appel de l’an dernier en faveur des victimes du tsunami avait rapporté 550 dollars par personne».
Le leader du COE exhorte le monde «à se repentir de la conspiration par laquelle il a exploité les ressources du Congo et sa population en vue du profit, à mettre fin à son indifférence et à reconnaître la honte de l’oppression». (apic/eni/vb)




